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La culture face au monde

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Autrefois considérée comme un secteur marginal, secondaire, la sphère culturelle vit aujourd'hui une mutation radicale. Elle s'est imposée comme un enjeu à part entière de l'économie. La signification même de la culture a changé, cédant la place à une culture-monde, qui investit tous les domaines d'activités, à l'échelle de la planète. Comment en est-on arrivé là?

La Lettre du Cadre Territorial numéro 378 (15 avril 2009)


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Réponse à une société désorientée - Gilles Lipovetsky, Jean Serroy.
La Culture-monde. Odile Jacob, coll. « Penser la société », octobre 2008.

Le monde hypermoderne, disent Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, se structure autour de l'hypercapitalisme (qui s'est imposé, engendrant insécurité, dépolitisation de masse ou perte de foi en l'avenir), l'hypertechnicisation (source de progrès mais aussi d'inquiétude), l'hyperindividualisme (porté par l'hédonisme, l'accomplissement de soi, mais qui génère perte de repères collectifs, replis identitaires, solitude), et enfin l'hyperconsommation (imprévisible, dérégulée, pouvant s'avérer déstabilisante et angoissante). L'individu hypermoderne baigne dans le confort matériel, mais est désorienté et désenchanté.


Un nouveau monde

Un nouveau rapport au monde se dessine et avec lui une nouvelle forme de culture, globalisée, une hyperculture absorbée par l'ordre marchand et qualifiée de capitalisme culturel ! Les auteurs s'intéressent aux fondements de la culture-monde : les industries culturelles (qui diffusent une culture de masse, planétaire, facile d'accès, divertissante), les écrans (omniprésents, favorisant les réseaux et le virtuel), le star system ou l'univers des marques. L'art aussi acquiert un statut marchand, le tourisme culturel se développe, les villes cèdent aux sirènes du marketing urbain. La culture-monde est-elle vraiment Culture, puisqu'elle brouille les hiérarchies culturelles, valorise la consommation de masse, obéit aux logiques de la médiatisation et du marketing ? Pour les auteurs, la culture globalisée ne porte pas en elle le relativisme culturel. C'est plutôt l'uniformisation des comportements culturels des individus qui pose problème.


Vrais dangers ou fausses peurs ?

Les auteurs démontent certains clichés. La culture-monde n'est pas synonyme de standardisation planétaire : les cultures particulières n'ont rien perdu de leur vitalité (langues, modes, habitudes alimentaires), on assiste même à une diversification des marchés et des goûts, à une « glocalisation » ­intégrant les différences des nations. Certes, la culture transnationale est massivement consommée, mais elle laisse la place à l'hétérogénéisation, à la personnalisation. La ­diversité culturelle est bien vivante, même si les industries culturelles américaines dominent le marché. Une « world culture » émerge, faite de métissage, à l'image de la world music. La culture-monde n'est pas un matérialisme pur et dur, comme en témoignent la ­reviviscence des spiritualités, la montée en puissance des mouvements humanitaires et des comportements solidaires : il existe aussi un individualisme responsable, autolimité !


La revanche de la culture ?

Même si la culture est convertie aux logiques marchandes et si l'hypermodernité génère la désorientation généralisée, elles portent en elles un potentiel important. Gilles Lipovetsky et Jean Serroy proposent des ­solutions concrètes pour tirer le meilleur parti de la ­situation. En commençant par la base : restaurer la place de l'école en l'ouvrant au monde et à la réalité, avec une pédagogie active et innovante, en accord avec l'individu hypermoderne. Les auteurs conseillent de ­réexaminer la ­politique culturelle, en limitant les investissements publics aux seuls projets à intérêt véritablement collectif, en soutenant l'accès à la formation et aux pratiques artistiques, ou en favorisant l'apprentissage de la lecture. Ils concluent en fixant des objectifs politiques : réhabiliter la culture du travail et du mérite, renforcer la cohésion sociale, ­investir dans le capital humain, l'éducation et la recherche. Quel est alors le rôle de la culture ? « Limiter la désorientation et permettre l'estime de soi par des activités mobilisant la passion des hommes à se surpasser, à être acteurs de leur vie. »


 

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