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Leçons de crise

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Dans notre société de consommation, nous sommes priés d'aider à la relance en remplissant notre « devoir de consommateur ». Là serait la solution à la crise. Et si au contraire, il y a là une opportunité inédite d'imaginer un autre modèle de développement?

La Lettre du Cadre Territorial numéro 378 (15 avril 2009)


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Bernard Lorreyte - Bernard Lorreyte Conseil - bernardlorreyte@wanadoo.fr

La crise qui ébranle la planète révèle à quel point une économie de plus en plus virtuelle peut s'écarter dangereusement de l'économie réelle. Les flux financiers ne correspondent plus avec celle-ci mais sont de plus en plus le résultat de la spéculation financière, des calculs à court terme des agents économiques.


L'idéologie du bonheur consumériste

Où est la rationalité économique quand on constate que 40 % des profits de l'industrie automobile américaine sont des revenus ­financiers et non des ventes de voitures ? Plus on analyse les tenants et aboutissants de la crise actuelle (1) et plus notre monde ressemble à ces canards à qui on a coupé la tête et qui continuent à courir. Notre société de consommation, sous-­tendue par une idéologie du bonheur où « l'avoir » a supplanté « l'être », où le « plus » est devenu synonyme du « mieux », a vicié profondément notre rapport au temps et aux autres, car elle exacerbe l'individualisme et la recherche à tout prix de la satisfaction immédiate. Cette fuite en avant dans une ­logique de développement qui ne connaît que la croissance techno-économique et qui ignore tout ce qui n'est ni calculable ni ­mesurable, est à terme suicidaire. On sait aujourd'hui qu'il faudrait cinq planètes Terre pour permettre à l'ensemble de l'humanité d'accéder à notre niveau de consommation. Quelques mois après le Grenelle de l'environnement et tandis que les cris d'alarme sur la destruction de la biosphère se multiplient, l'enjeu est-il vraiment de relancer la croissance en boostant par tous les moyens la vente de voitures ? Nous sommes tous priés d'accomplir notre « devoir de consommateur », le bonheur consumériste enfin accessible à tous, voilà la solution à la crise. Autant dire que nous plongeons frénétiquement dans la schizophrénie.


Imaginer autre chose

Et si la crise était une opportunité inédite d'imaginer un autre modèle de développement à la hauteur des enjeux de la société-monde, plus respectueux des ressources ­naturelles et de notre environnement, plus soucieux du sort des générations futures, de ce patrimoine commun que nous n'héritons pas de nos aïeux mais que nous empruntons à nos enfants, selon la belle formule de Saint-Exupéry ?


Pour cela, il faudrait que nous puissions ­lever le nez pour tenter de penser la globalité et le long terme, ce qui n'est rien d'autre aujourd'hui que de penser l'intérêt général, le bien commun. Ceci devrait être la préoccupation première de nos responsables ­politiques. Malheureusement, les calculs à court terme qui nourrissent la spéculation financière et la recherche du profit immédiat ont leur pendant dans les conduites des acteurs politiques dont le seul horizon stratégique n'est souvent que la prochaine échéance électorale. Où sont ces « hommes d'État », ces responsables ­politiques animés par la vocation de servir et non de se servir, porteurs de visées à long terme, capables de courage et de parler vrai et qui, dans leur souci de faire valoir l'intérêt général, ne craignent pas d'affronter l'impopularité ? La crise actuelle est sans doute beaucoup plus qu'une crise, qu'un grave accident de parcours. Si rupture il doit y avoir, elle est moins économique ou politique qu'anthropologique car le dérèglement économique et financier actuel est aussi le symptôme d'une perturbation profonde de notre système de valeurs. Nous revoilà au c½ur de cette fameuse « politique de civilisation » (2) évoquée par un certain président de la ­République, il y a quelques mois. On a l'impression aujourd'hui que cela fait déjà des siècles !

1. Lire, entre autres, Jacques Attali, « La crise et après ? », Fayard, 2008.
2. Notion en fait dérobée à Edgar Morin : « Pour une politique de civilisation », Éditions Arléa, 2002 et « Vers l'abîme ? », Éditions de l'Herne, 2007.


 

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