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L'épreuve du « descenseur » social

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La « panne de l'ascenseur social" est une question désormais connue. Un autre phénomène du même ordre l'est moins : c'est la multiplication des trajectoires descendantes d'une génération à l'autre, le déclassement.

La Lettre du Cadre Territorial numéro 379 (1er mai 2009)


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Camille Peugny donne une image nuancée de cette nouvelle réalité qu'est le ­déclassement : la mobilité ascendante est toujours supérieure à la mobilité descendante, mais l'écart entre les deux se réduit fortement. Les déclassés - personnes occupant une position sociale de niveau inférieur à celle de leurs parents - sont de plus en plus nombreux. Ce sont aussi bien des « héritiers », de lignées familiales où l'appartenance aux catégories supérieures était acquise de longue date, que des enfants de cadres bénéficiaires récents de l'ascenseur social.


Une épreuve

Le diplôme n'offre plus qu'une protection ­relative par rapport au déclassement. Il est plus que jamais nécessaire : la probabilité du déclassement est élevée chez ceux qui ne font pas d'études supérieures, voire même chez ceux qui s'arrêtent à Bac + 2. Mais il n'est en rien suffisant : nombreux sont ceux qui, bien qu'ayant réussi un 3e ­cycle universitaire, ne parviennent pas à maintenir la position de leurs parents dans la hiérarchie sociale. Ils cumulent alors un double déclassement : scolaire et social. Le déclassement est dans tous les cas une épreuve. Il est cependant vécu de deux ­manières différentes. Pour certains, plutôt ceux qui appartiennent à une lignée dans ­laquelle l'accès au statut de cadre est récent, il est vécu sur le mode de la rébellion : imputation du problème aux dérèglements économiques et sociaux, engagement plus ou moins actif dans la recherche d'alternatives globales... Pour les autres, les « héritiers », pour lesquels la réussite allait de soi du fait de la tradition familiale, l'échec revêt une dimension plus personnelle ; la culpabilité tend à l'emporter, générant une sorte de retrait de la vie collective...


Notre modèle social touché au c½ur

Nous n'avons pas encore pris toute la ­mesure des impacts de ce dérèglement de la mobilité sociale. Il touche au c½ur notre modèle social car il rompt l'équilibre dynamique qui en assurait la stabilité. Il interrompt la diffusion du « salariat aisé » et du modèle de consommation et d'habitat qui était le socle de notre mode de vie des dernières décennies. Il accentue la tendance à l'individualisation des comportements, qui deviennent moins prévisibles car moins structurés par des ­appartenances stables : les personnes touchées par le déclassement empruntent leurs valeurs et références tantôt à leur milieu d'origine, tantôt à leur nouvel environnement social, renforçant ainsi la volatilité des options politiques et le risque des embardées protestataires. Le problème que pose à l'action publique cette explosion des déclassements appelle selon l'auteur deux grandes réponses. D'abord réhabiliter la redistribution et les protections collectives, faute de quoi les personnes concernées resteront dépendantes des solidarités familiales et s'enfermeront de plus en plus dans la sphère privée. Ensuite, prendre à bras-le-corps la question du lien formation/emploi, qui est au c½ur du problème. La montée du déclassement survient au croisement de deux phénomènes : réussite sans précédent de la démocratisation scolaire, échec dans la valorisation professionnelle et sociale des formations. C'est que la structure des emplois - la part qu'y occupent les postes de cadres - n'a pas suivi l'explosion scolaire. Que faire à partir de ce constat ? L'auteur s'en tient sur ce point à des préconisations plutôt convenues. La question reste ouverte.


Le déclassement

Camille Peugny, éditions Grasset
Retrouvez des extraits de cet ouvrage sur le complément rédactionnel n° 916.


 

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