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Mutualiser les emplois ?

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Les groupements d'employeurs sont l'avenir de l'emploi. En inventant une "flexisécurité" à la française, ils permettront à des employeurs de se partager des compétences qu'ils ne peuvent financer seuls.

La Lettre du Cadre Territorial numéro 380 (15 mai 2009)


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Hervé Sérieyx - hserieyx@libertysurf.fr

Au c½ur de la tourmente, personne ne peut prédire le type d'économie qu'engendreront les remises en cause à l'½uvre dans la mondialisation : ni le ­dosage entre rôle du marché et rôle de l'État, ni les inévitables mutations des régulations ­financières, des systèmes fiscaux, des modes d'actionnariat et sans doute des formes de syndicalisme. Mais on peut s'accorder sur un constat : les modalités d'adaptation de l'emploi aux aléas de conjonctures peu prévisibles - auxquelles on donne le nom terriblement chosifiant de « flexibilité » - devront être repensées. Bien sûr, l'intérim continuera à jouer son ­important rôle d'ajustement des effectifs aux variations de charge. Mais à travers la colossale réduction des contrats d'intérim, on ­mesure aujourd'hui les effets ravageurs sur l'emploi d'un système qui s'était écarté de ce qui le légitimait initialement. Car il s'agissait bien de permettre à des organisations de faire face à des pics d'activité non ­récurrents ou remplacer des absences ­momentanées, et non devenir une masse de man½uvre permanente, susceptible en ­période de crise de faciliter d'énormes cures d'amaigrissement sans toucher aux personnels titulaires. Revenant à sa mission première, l'intérim poursuivra sa mission ­essentielle : aider les ­entreprises à faire face à l'imprévu.


Partage des compétences

Va dès lors se poser en des termes nouveaux le problème délicat mais incontournable de la « flexisécurité » : faire en sorte que les ­organisations productives (entreprises, collectivités, administrations) d'un même bassin d'emploi puissent se partager, « en part time », des compétences indispensables, mais qu'elles ne peuvent financer à plein-temps, et sur lesquelles elles puissent compter comme sur leur propre personnel. Cette mutualisation de ressources doit en outre permettre à ces salariés de bénéficier d'un employeur stable, d'un véritable CDI et de tous ses avantages sociaux. C'est précisément la fonction riche et originale des groupements d'employeurs. Nul doute que cette formule, initialement ­inven­tée en France et dorénavant plébiscitée dans l'Union européenne, connaisse dans les mois qui viennent, au c½ur du nouveau paysage économique, un essor encore ­supérieur à celui des dix dernières années. Un rapport sur « les tiers employeurs » a été remis en mars à Brice Hortefeux par Thomas Chaudron (ancien président du CJD). Il évoque les ajustements législatifs et réglementaires qui favoriseraient un développement plus rapide des GE, cette flexisécurité à la française qui évite le détestable piège social des emplois précaires, fatal pour l'économie et pour la société.


Un nouvel âge du travail

Les préconisations de ce rapport ont été identifiées et défendues par le mouvement ­national qui promeut les GE en France, l'Union des groupements d'employeurs de France, et relayées en région par de dynamiques structures territoriales comme les Centres de ressources de groupements d'employeurs (CRGE). Leur mise en ½uvre facilitera la généralisation dans toute l'économie française d'un dispositif qui conjugue - via des emplois mutualisés - l'amélioration de la ­nécessaire souplesse des entreprises, l'élévation de leur niveau de compétence et l'élimination de l'insupportable précarité de l'emploi. Parmi toutes les mutations nécessaires pour que l'économie française réussisse à prendre le virage difficile de la nouvelle donne mondiale tout en renforçant un Contrat social menacé, la promotion, sur une vaste échelle, des emplois mutualisés marquera l'entrée de notre société dans un nouvel âge du travail.


 

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