![]() |
Idées
L'analyse des conceptions anglo-saxonnes des politiques sociales change nos repères. Mais elle permet aussi de revenir à des notions utiles comme celle de l'investissement social. |
|
|
Questions sociales : analyses anglo-saxonnes
Julien Damon, Presses universitaires de France
www.puf.com
Retrouvez des extraits de cet ouvrage, complément rédactionnel n° 927.
L'immersion dans un univers intellectuel riche de décalages est stimulante pour notre réflexion. Angles de vision et lignes de réponse diffèrent, mais sur fond de préoccupations communes : lutte contre les inégalités, effectivité des droits...
La place accordée à l'action publique dans ces approches est pour nous inhabituelle. Elle n'a pas le rôle central, voire exclusif, que notre tradition lui attribue. Elle n'est convoquée qu'en complémentarité à l'implication des acteurs privés, dont la contribution au bien commun est reconnue de plein droit, à commencer par les personnes destinataires des politiques sociales. Leur rôle, notamment dans le cadre de la vie familiale, est présenté comme fondamental pour poser les bases d'une insertion sociale réussie. L'action publique se voit dès lors assigner comme priorité le soutien à la cohésion familiale (au mariage, selon certains), à l'instar des préoccupations émergentes chez nous quant à la « parentalité ».
Un autre décalage touche aux finalités de l'action sociale, avec deux partis pris omniprésents. Celui, d'abord, de l'investissement social : il s'agit de remonter en amont des difficultés sociales, d'en finir autant que possible avec les logiques de réparation et de compensation au profit d'interventions qui « préparent » à trouver sa place dans la collectivité, qui dotent chaque personne dès l'enfance, du « capital social » requis pour entrer dans le jeu avec succès.
Le second surprend, dans cet univers où fut inventée « l'affirmative action ». Pour nombre d'auteurs cités ici, l'heure est à un retour critique sur toutes les politiques ciblées, réservées à une catégorie de destinataires : leurs effets pervers de stigmatisation des bénéficiaires sont manifestes, et leur acceptabilité par les autres, qui en sont exclus, est problématique, en particulier lorsque le ciblage se fait sur critères ethniques. L'avenir serait plutôt à la redécouverte des politiques universalistes, qui font lien entre les composantes d'un corps social menacé de fragmentation. Ainsi trouverait réponse une autre question très présente aussi dans ces analyses : celle des classes moyennes, largement oubliées dans les politiques sociales actuelles, alors que leur contribution à la stabilité sociale est essentielle.
L'ouvrage est riche de propositions d'outils novateurs, car les auteurs anglo-saxons ont le souci de l'action. Très critiques quant aux effets et prestations monétaires, caractéristiques de l'assistance, ils déclinent d'autres modalités à leurs yeux plus fécondes. Ils appellent ainsi à « mettre le paquet » sur l'offre de services collectifs, en particulier pour l'enfance et le soutien à la parentalité. Ils cherchent aussi d'autres modalités d'intervention que les allocations répétitives, par exemple l'idée d'une dotation à l'entrée dans la vie active, laissée au libre usage des bénéficiaires, ou l'attribution de chèques (vouchers) permettant aux usagers d'agir sur l'offre par le choix des prestataires. Ces réflexions très diverses ont un dénominateur commun : une nouvelle donne se dessine quant à l'articulation public-privé dans la poursuite du bien commun ; le temps de l'autarcie publique est révolu, de nouvelles hybridations sont à inventer.
Flash info |
| Envoyez-nous un message pour rectifier cet article. |
