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Repères
On aurait voulu le record d'abstention des élections européennes qu'on ne s'y serait pas pris autrement. En cause : un mode de scrutin abracadabrantesque et une campagne d'une grande pauvreté. |
Un article de M Bruno Rémond
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Un sans-faute : 60 % d'abstention aux élections européennes et, pire encore, plus de 80 % parmi les jeunes !Il aurait été explicitement souhaité aboutir au résultat catastrophique enregistré le 7 juin dernier qu'il n'aurait pas été réellement possible de mieux organiser le déroulement de ces élections dans cette perspective.
À croire que chaque élément de la procédure a été conçu et concrétisé afin de servir au mieux cet objectif : faire en sorte que ces élections européennes soient le moins possible des élections et soient le moins possible européennes. Faisons-en la monnaie :
- Dans des circonscriptions électorales créées ex nihilo sur des espaces sans réalité géographique ni identité culturelle.
- Un mode de scrutin fondé sur la proportionnelle - choix acceptable voire souhaitable - qui n'est ancré ni dans l'un, ni dans l'autre des deux découpages spatiaux logiques - l'État ou l'Europe - mais qui se trouve démembré entre ces zones géographiques sans fondement ni signification.
- Des listes de candidats nationales, reflétant les divisions partisanes ou idéologiques internes, sans relations claires - qu'il s'agisse des programmes des hommes ou des structures - avec les répartitions partisanes au sein du Parlement européen.
- Des candidats qui, pour nombre d'entre eux, soit le sont à reculons, soit sont des recalés de la vie politique nationale.
- Des affrontements plus idéologiques que programmatiques, d'une part, et, d'autre part, essentiellement obsédés et obérés par une rhétorique simpliste et inadéquate d'approbation ou de désapprobation du pouvoir politique en place.
- Une dichotomie presque totale entre la reconnaissance de l'importance croissante du parlement européen (80 % des textes normatifs en sont issus), et le discours éculé, pervers et faux, suivant lequel l'Europe est pilotée et dirigée par les « technocrates » de Bruxelles.
- Une campagne d'une pauvreté informative confondante, incapable de récapituler et d'analyser tout ce que chaque nation membre de l'Union européenne lui doit.
- Une critique sévère des insuffisances institutionnelles, politiques, économiques ou sociales qui marquent le fonctionnement et les orientations de l'UE en partant du postulat qu'elles lui sont consubstantielles, en oubliant ainsi la litanie des critiques du même ordre formulées à l'encontre de toute structure politique, nationale ou internationale, toujours en mutation et souvent en progrès.
- Un discours démagogique prétendant que le traité de Lisbonne bafoue la volonté populaire ayant rejeté en 2005 le projet de traité constitutionnel alors qu'il ne comporte que son volet institutionnel, qui n'appelait pas de critique à l'époque.
Face à l'Europe, le système politique national a finalement le même comportement que face à la décentralisation et la régionalisation. Braqué, arc-bouté sur son passé, inquiet pour son avenir, il allume des contre-feux : procédures aberrantes, fausses allégations, demi-vérités, omissions d'importance. Et, pour paraphraser Jacques Brel, « on voudrait que (le citoyen) soit heureux » d'être européen !
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