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Musiques actuelles : pour une troisième voie associative

Culture

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Entre la gestion directe par les collectivités et le tout marché, il existe une troisième voie pour les lieux de diffusion des musiques actuelles. Des collectivités ont fait le choix d'en confier la gestion à de associations. Ces « très petites entreprises non lucratives » permettent d'échapper au tout commercial et de garantir une vraie dynamique culturelle locale.

La Lettre du Cadre Territorial numéro 387 (1er octobre 2009)

Un article de M Bertrand Furic


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Même si elles n'ont que tardivement bénéficié d'une reconnaissance institutionnelle, les musiques ­actuel­les ont depuis des années anticipé et provoqué des changements. Le développement de nouveaux lieux de diffusion et de création s'est accompagné d'une structuration des acteurs (réseaux, fédérations, syndicats...) et d'une évolution des modes de gestion, avec des conséquences directes sur le fonctionnement du lieu et surtout sur son projet artistique et culturel.


La gestion directe pour mieux contrôler

Le souci de garder le contrôle sur leur politique culturelle amène certaines collectivités à intégrer les personnels culturels dans leurs services. Elles peuvent aussi montrer un ­intérêt marqué pour les régies personnalisées et les établissements publics de coopération culturelle. Mais la gestion directe l'emporte encore trop souvent, même si elle génère des problèmes de gestion des personnels, de cohabitation des statuts (fonction publique, CDD de trois ans, vacataires, intermittents...), des parcours et des ­attentes des professionnels des musiques actuelles.
À l'opposé du service public, certains voient ces musiques uniquement sous l'angle de l'industrie du divertissement, dans le giron du seul secteur marchand. Ces élus refusent de s'y investir autrement que par le jeu de l'appel d'offres et de la mise en concurrence entre des acteurs commerciaux de plus en plus concentrés. Ces dernières années ont en effet vu l'accélération des fusions entre maisons de disques, producteurs, tourneurs et intérêts financiers, à l'exemple de Live Nation, avec des conséquences qu'il nous faut prendre en compte sur la diversité culturelle.


Une troisième voie

Heureusement, une troisième voie reste ­ouverte et mérite d'être défendue tant elle permet de répondre aux attentes et enjeux de ce secteur.
Le Florida à Agen, le Brise Glace à Annecy, le Chabada à Angers, le Confort Moderne à Poitiers... Ces associations loi 1901 se sont vues confier la gestion d'équipements ­emblématiques d'une politique culturelle ­locale. Ils s'inscrivent dans un champ commercial. La nature même de leur activité du spectacle vivant les amène à négocier, à compter, à rechercher l'équilibre financier et donc de nouvelles recettes propres pour pérenniser l'entreprise et ses emplois. Soutenus par les pouvoirs publics, par le biais de conventions avec des collectivités (région, département, intercos et/ou villes) et avec l'État, ces lieux et leurs équipes portent un projet artistique et culturel d'intérêt général dans un cadre de service public : prise en compte de la réalité territoriale, politique tarifaire adaptée, action culturelle, actions éducatives...


Vitalité associative

Enfin, ces « très petites entreprises non ­lucratives » associent étroitement les populations, les publics et les acteurs locaux à leur projet. Elles évitent ainsi qu'une poignée d'experts autodésignés décident de tout et pour tous.
Leur vitalité associative est d'ailleurs frappante. Dans ces périodes de repli et d'individualisme, comment expliquer autrement le succès des assemblées générales de ces lieux où, chaque année, il y a toujours plus de candidats que de postes à pourvoir dans les conseils d'administration ? Comment expliquer le nombre d'associations partenaires de ces équipements ou, à l'exemple du Fil à Saint-Etienne, le nombre d'associations co-gestionnaires et impliquées dans le fonctionnement quotidien de l'établissement ?
À l'heure où l'État privatise même l'expertise avec la création d'un « Conseil pour la création artistique », à l'heure où les musiques amplifiées sont toujours vues à travers le prisme de l'industrie musicale, il est essentiel de rappeler où se situent ces scènes de musiques actuelles et en quoi le choix de leur mode de gestion impactera sensiblement sur leur projet artistique et culturel.


À Annecy, le Brise Glace a onze ans

Marie Noëlle Provent,
Premier maire adjoint chargé de l'urbanisme, de l'aménagement de l'espace public et du patrimoine

« Onze ans après son ouverture, le Brise Glace est un équipement référence du paysage national des ­musiques amplifiées. Pour une élue, c'est un motif d'intense satisfaction, d'autant qu'au lancement de ce projet en 1993, les soutiens étaient rares... Avec le recul, cette réussite tient autant à la qualité ­architecturale et fonctionnelle du lieu, au professionnalisme de son équipe, qu'au mode de gestion choisi : l'association loi 1901 conventionnée avec la ville, puis avec l'agglo. Cette question, loin d'être un simple élément juridique (même si c'était une préoccupation, la loi instituant les DSP venait juste à cette époque de rentrer en application), relevait d'un véritable choix politique, au sens noble du terme.
Nous voulions que le Brise Glace, installé dans un des sites les plus symboliques d'Annecy, aux Marquisats, remplisse toutes les missions nécessaires à la réponse à de besoins réels mais souvent non ­exprimés, notamment des jeunes : la formation, le soutien aux pratiques amateurs, la fonction « première scène » pour les groupes, et bien sûr une diffusion privilégiant la découverte des nouveaux talents, en dehors des circuits commerciaux traditionnels. La gestion par une véritable association s'est imposée : elle est aujourd'hui une des plus dynamiques du bassin annécien par sa vitalité, son nombre d'adhérents, et par le rôle déterminant de son chiffre d'affaires dans la gestion du lieu. »


Pour une économie plurielle de la culture

Philippe Berthelot


« L'économie sociale et solidaire, le « tiers secteur », constituent un ensemble de manière de faire, de finalités de vie et de choix d'organisation qui se différencient de la seule recherche du profit d'une part, ou de l'exécution d'un service public dans un cadre administré d'autre part. C'est une économie plurielle, où se côtoient le marché, une redistribution publique et des processus de réciprocité non monétaire.
Il s'agit de mobiliser des énergies aussi bien salariées que bénévoles sur des enjeux artistiques et culturels de partage et de mieux vivre ensemble, dans une logique participative, en allant au plus près des populations, pour agir en coopération plutôt qu'en concurrence, et en fixant des limites à son développement propre.
Même si l'assise principale des politiques culturelles des collectivités a été pendant très longtemps le soutien à des projets associatifs, on voit maintenant poindre la tendance qui consiste, soit à les intégrer dans le secteur administré, soit à les abandonner au marché et au règne du moins-disant.
La friction entre l'artistique et l'économique, entre la logique oligopolistique de l'industrie et celles de bien commun, nécessitent que des analyses plus claires soient énoncées par les collectivités. Or, pour le moment, les discours restent très flous et abandonnent la gestion de l'intérêt général et du service public de la culture à l'application mécanique des directives européennes et des instructions de la Cour des comptes. »

Propos extraits d'une interview parue dans le magazine de l'Observatoire des politiques culturelles : « Économie sociale et solidaire : un terrain d'innovation pour les musiques actuelles », Grenoble, 2009, p. 49, ISSN : 1165-2675


Pour aller plus loin
- « Diriger un service des affaires culturelles », un ouvrage de Territorial Éditions. Sommaire et commande sur http://librairie.territorial.fr rubrique « Classeurs ».
Plusieurs associations travaillent au développement de structures, associatives ou non, et des pratiques artistiques dans le secteur des musiques actuelles et amplifiées :
- La Fédurok, qui rassemble 75 équipements en France http://www.la-fedurok.org
- L'Ufisc, Union fédérale d'intervention des structures culturelles - http://www.ufisc.org/
- Opale, http://www.culture-proximite.org/
- L'Observatoire des politiques culturelles est un lieu d'études et de ressource essentiel dans le domaine des politiques culturelles décentralisée. www.observatoire-culture.net/

À lire
Pour une autre économie de l'art et de la culture,  dir. : Bruno Colin, Arthur Gautier, 2008, Éditions Eres.


 

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