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Tribune libre
La crise est là et la culture souffre dans les territoires. Le ministère comme les collectivités y contribuent plus ou moins volontairement. Mais dans cette crise, il y a des ressorts que les responsables culturels auraient tort de ne pas voir. |
Un article de M François Deschamps
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François Deschamps
président de Culture & Départements, membre du CLIDAC
fr.deschamps@free.fr
Franchement, à quoi bon se battre, ne vaudrait-il pas mieux changer de secteur ? Il est vrai que beaucoup de signaux sont au rouge. Au niveau de l'Europe, la règle générale reste la prohibition des aides publiques, la culture ne bénéficiant que de dérogations qui sont prorogées : un sursis en quelque sorte.
En France, le budget du ministère de la Culture stagne. Plus grave, il se recentre sur les grandes institutions labellisées, renvoyant sur les collectivités la question des structures moins importantes et généralement éloignées des métropoles. Ce ministère se cherche une boussole, notamment pour (re) trouver un mode de partenariat avec les collectivités « non uniformisant », adapté aux spécificités des territoires (banlieues, rural...).
De leur côté, les collectivités, qui furent longtemps en pointe, n'en mènent pas large aujourd'hui, notamment les départements. La situation économique, la réforme fiscale, l'étranglement financier programmé se conjuguent à la crainte d'une réforme territoriale qui doit redéfinir les compétences et les cofinancements. D'ores et déjà, les compétences dites « facultatives » portent le chapeau bien que leur diminution même brutale ne puisse suffire à régler les difficultés. Arrêtons de dire facultatif pour des missions qui ne sont obligatoires pour quiconque, au risque de ne plus voir personne soutenir le spectacle vivant, les arts visuels ou encore l'éducation artistique...
Pour autant, si l'émotion qui se manifeste au sein du monde de la culture est légitime, on ne peut s'en contenter. D'une part parce que les populations, en temps de crise, expriment encore plus leur désir de culture et d'échange, ce qui est réconfortant et doit inciter à ne pas laisser s'affadir nos politiques publiques. D'autre part parce que les professionnels doivent être force de proposition pour redéfinir le sens et les finalités d'un service public de la culture indispensable dans une société disloquée par les particularismes et le repli sur soi, et rechercher ensemble les modalités de développement d'une action culturelle diverse, ouverte, innovante.
Quelle nouvelle gouvernance culturelle entre régions et départements ou entre villes-centre et leur intercommunalité, et quel nouveau partenariat avec l'État ? À cet égard, le rapport que doit remettre sur cette question Jérôme Bouët au ministre de la Culture fin septembre peut constituer un espace permettant d'exprimer deux ou trois choses importantes résultant de « l'intelligence territoriale ».
Comment travaille-t-on avec d'autres secteurs de l'action publique, comment invente-t-on des modalités de travail nouvelles avec les forces économiques, comment associe-t-on les habitants à la vie culturelle, comment se nourrit-on de l'expérience de nos voisins européens, comment prend-on en compte la révolution numérique qui a boosté les pratiques artistiques en amateur ?
L'État, autant que les élus, a besoin d'être nourri de ces réflexions, que le Comité de liaison des directeurs d'affaires culturelles (CLIDAC) avait mises à l'ordre du jour des 2es Assises des DAC à Toulouse : 400 d'entre eux se sont dits bien déterminés à jouer ce rôle d'aiguillon !
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