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Dé-goû-té !

Par Laurent Roturier Le 17/03/2010 - 3 commentaires

Absolument débordé - Figaro - Zoé Shepard

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Reconnaissons au moins un mérite au livre de Zoé Shepard ("Absolument dé-bor-dée", Albin Michel, qui raconte les désillusions d'un cadre territorial A+) : il fait réagir dans les collectivités ! Depuis le temps que les fonctionnaires sont au bout du doigt pointé, des cadres territoriaux sortent de leur réserve pour clamer que leur métier est un vrai choix, porteur de sens. A lire donc la réaction de Laurent Roturier, DGS de la Ville de Bron.

Difficile de commenter un « livre » que l'on n'a pas lu, et que d'ailleurs je ne lirai pas, préférant consacrer mes rares plages de temps libre à des ouvrages écrits par des auteurs dont la sensibilité et le talent permettent de s'évader de temps à autre de la pression d'un quotidien prégnant.
Et pour dire le fond de ma pensée, je pense que le mieux eût été de s'abstenir de tout commentaire, tant l'aspect outrancier des extraits diffusés par la presse n'aurait vraiment pas mérité autre chose.

Ceci étant dit, ayant dû m'intéresser quand même au sujet après que plusieurs collègues m'en aient parlé, il me semble qu'un premier étonnement devrait quand même provenir de l'ampleur d'un « plan média », qui du Figaro à Europe 1, est venu donner une audience nationale, à quelques jours du 1er tour des élections régionales et en plein débat sur la réforme territoriale, à une compilation de pages de blog, comme il en existe des milliers, sans que j'aie décelé dans les extraits dont j'ai eu connaissance un talent littéraire hors du commun (mais je ne suis pas spécialiste...). Ne soyons quand même pas totalement naïfs !

Mon deuxième questionnement a surgi de la coïncidence entre le moment où j'ai entendu parler de « Zoé », alors que le jour même nous accueillions à Bron pour notre grande Fête du Livre Mme Florence Aubenas autour de son livre "Le quai de Ouistreham" qui raconte elle sans se cacher, avec son véritable nom, "ni comme sociologue ni comme économiste, mais à hauteur d'hommes"(ou de femme !), concrètement, précisément, comment on vit aujourd'hui en France avec moins de 700 euros par mois, comment par exemple des lycéens sont obligés de travailler pour survivre. Et comment la solidarité, chez les démunis, n'est pas un vain mot.
Un véritable ouvrage de témoignage, sans concession, mais d'une honnêteté exemplaire.
L'écart intellectuel entre ces deux démarches m'est apparu tellement flagrant qu'il m'a conduit à un sentiment d'écoeurement, car on voit bien que dans notre monde de communication instantanée, aujourd'hui n'importe qui peut raconter n'importe quoi et rencontrer une audience importante, pour peu que quelques ingrédients soient réunis, que ce soit bien « trash », bien gras, rendant un bien amer hommage posthume à Andy Wharol et à son « quart d'heure de célébrité »...

Car au fond, de quoi s'agit-il ici ? Apparemment d'une personne qui a passé la plus grande partie de son jeune parcours personnel à s'enfermer dans une voie dans laquelle elle ne croyait absolument pas, en mentant avec un talent certain et de manière apparemment très convaincante à un jury, (pour se rassurer ( !), cela arrive aussi à la CIA de se faire piéger...) à mettre cette forme d'intelligence au service d'un dénigrement d'une vulgarité remarquable envers celles et ceux qui l'ont côtoyée professionnellement. J'en suis aussi bien triste pour elle, car nos métiers font partie aujourd'hui de ceux qui sont les plus porteurs de sens, favorisant l'épanouissement de celles et ceux qui en ont fait le choix.
Qu'il y ait encore dans nos collectivités des comportements individuels dans l'encadrement supérieur (loin d'être systématiquement issu, notamment dans les plus grandes collectivités, de « l'ETA ») inacceptables sur le plan éthique, c'est malheureusement statistiquement probable, et ils doivent être combattus.
Les moyens légaux existent bel et bien, il s'agit même d'une obligation au titre de l'article 40 du code de procédure pénale pour tous les fonctionnaires qui ont connaissance de faits réellement délictueux.

Sinon, la porte est grande ouverte à la calomnie et à la rumeur de caniveau.
De là à jeter en pâture publique toute la fonction publique territoriale...
Pour autant, je pense qu'une leçon devrait être tirée de tout cela : les fonctionnaires territoriaux, les administra(trices)teurs sont par définition et par fonction soumis à la discrétion, à la non-médiatisation, alors que leur rôle quotidien pour servir au mieux une population souvent en grande difficulté avec dévouement, passion et engagement souvent bien au-delà du temps de travail légal, devrait faire l'objet d'une nouvelle stratégie de communication, au-delà des cercles habituels.

Laurent Roturier, Administrateur Territorial
Directeur Général des Services, Ville de BRON
laurent.roturier@ville-bron.fr

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Et les contribuables trinquent... - lire

Envoyé par ASVP | 01/05/2011 à 17:14

Bsr,

Après avoir travaillé quelques années dans le privé puis dans le public, je constate que nombre de fonctionnaires municipaux tournent largement au ralenti.

Tellement c'est lent je me demande en riant s'ils ne marchent pas en reculant vu la lenteur.

Je suis indigné de ce retard à l'action...une Honte car pendant ce temps le contribuable paie et trinque!!!

Je sais qui me paie, par le biais des impôts, j'ai au moins le respect de travailler normalement et non pas à la vitesse d'un gastéropode.

Dans le privé, nombre de fonctionnaires ne tiendraient pas longtemps et seraient vite licenciés pour inaptitude au travail.

Pendant ce temps, les contribuables paient & subissent...

@+

N.B.:alors bravo pour le livre de Zoé !

de l'art de juger sans avoir lu - lire

Envoyé par Jean-François | 19/03/2010 à 14:47

Effectivement, peut-être faudrait-il éviter de "commenter" un livre que l'on a pas lu. Cela vous éviterait de de dire des âneries et d'adopter les indignations de ceux qui savent sans avoir besoin de se renseigner sur le sujet.

Si toute la haute fonction publique territoriale ergotte sur des sujets qu'elle ne connaît pas, c'est inquiétant pour nous citoyens.

Dernier conseil : surtout, ne vous remettez pas en question. Calomniez ce livre (excellent et fort drôle au demeurant. Mais peut-être ne souhaitez-vous à lire un livre qui se moque  du clientélisme, de la surembauche, ou des élus pas toujours très compétents? Mieux vaut lire un livre bien consensuel  : "vivre avec 700¤ par mois, c'est pas facile"), les rapports des juridictions financières et la presse : ils mentent tous, il n'y a pas de déficit (et si oui, c'est "la faute à l'Etat"), les collectivités territoriales vont très bien, Madame la Marquise et ceux qui disent le contraire sont des méchants menteurs, c'est ça?

Effrayant de lire ça de la part de ceux qui se proclament comme des élites au service du peuple.

 

Merci - lire

Envoyé par bouchage | 18/03/2010 à 08:42

 Merci à Laurent Roturier. Je ne suis pas administrateur, mais j'ai eu l'honneur de servir sous les ordres de plusieurs d'entre eux, et je suis vraiment heureux de lire ce commentaire. J'espère pouvoir consacrer le temps de service qu'il me reste à accomplir en satisfaisant au mieux de mes capacités les besoins de mes collègues (je travaille dans une direction transversale) et, en facilitant leur action, au service de tous les publics. 


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