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Les écoquartiers au défi de la mixité sociale

Environnement

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Beaux et propres, les écoquartiers semblent être devenus la coqueluche des centres-villes. Mais les expériences étrangères nous montrent que parmi leurs objectifs, celui de la mixité sociale est plus difficile à remplir que le long terme. Le pari est-il pour autant perdu d'avance ?

La Lettre du Cadre Territorial numéro 425 (1er juillet 2011)

Un article de Sébastien Michalski

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Récupération des eaux pluviales pour les circuits domestiques, aspiration mécanique pour la collecte des déchets, chaufferies locales alimentées par l'incinération des ordures et l'épuration des eaux... Les performances environnementales de l'écoquartier Hammarby Sjöstad à Stockholm ne font pas mentir sa réputation internationale. Une visite de cet ensemble urbain permet d'apprécier l'ampleur de la transformation écologique du site, autrefois gravement pollué.

Néanmoins, un bilan moins flatteur se fait jour quand une interrogation sur la mixité sociale du quartier survient. Les guides du quartier doivent reconnaître que seule une population assez aisée réside à Hammarby, qui est aussi handicapé par une mixité fonctionnelle insuffisante, notamment pour les commerces de proximité. Ce constat est a priori valable pour les principaux écoquartiers de Suède, un des pays phares en la matière.


La France en avance ?

Pourtant, lorsqu'on se dirige vers la France, et la Seine-Saint-Denis en particulier, les élus locaux vantent l'intégration des écoquartiers à leur modèle de « vivre ensemble » urbain. L'Hexagone aurait-il une longueur d'avance pour cette diversité sociale, partie intégrante de la philosophie générale des écoquartiers ? Cyria Emelianoff, enseignante-chercheuse au laboratoire Espaces et sociétés (ESO, CNRS), insiste sur la dimension nationale : « les pays où les écoquartiers sont plus mixtes sont ceux dont les politiques ont favorisé le logement social. Il n'est donc pas surprenant que la France, pays de la question sociale, enrichisse socialement ce modèle » eu égard notamment aux normes SRU. Les principaux projets français affichent des taux de logements socialement accessibles plus forts que la moyenne urbaine nationale : en règle générale, au moins trente pour cent des logements sont des logements sociaux ou bénéficient de l'accession sociale à la propriété.

Annie Archimbaud, adjointe au maire de Pantin et vice-présidente d'Est Ensemble, met aussi en avant la nécessité de préserver l'intégration urbaine et sociale du quartier dans la ville : « Pour notre projet d'écoquartier, en bordure de zones à population modeste, nous avons voulu fixer d'emblée un objectif d'un tiers de logements sociaux, mais aussi une diversité de formules d'accession à la propriété (PLAI, PLUS, PLS) ». L'élue insiste aussi sur la rencontre des objectifs sociaux et environnementaux, la performance des bâtiments allégeant la précarité énergétique des locataires.


Maîtriser les coûts de construction

Il n'est pas pour autant facile de maîtriser les coûts de construction, élément décisif de la mixité sociale, mais l'implication des collectivités en la matière est essentielle. En Suède, comme le rappelle Cyria Emelianoff, un des péchés originels a été de laisser des marges de man½uvre trop grandes aux partenaires privés dans la réalisation des projets. Le quartier Bo01 de Malmö, superbe marina, « a certes revalorisé l'image dégradée de la ville, mais au prix d'une « surqualité » architecturale et d'un projet de standing excluant les populations à bas revenus ». D'autres pays, comme l'Allemagne, ont favorisé des modes de production plus économiques, allant même jusqu'à l'autopromotion par des groupes de futurs habitants, comme au quartier Vauban à Fribourg.

Pantin compte un groupe d'habitants intéressés par cette formule coopérative, mais Annie Archimbaud insiste surtout sur les cahiers des charges très structurés que la collectivité écrit avant la réalisation du quartier. La commune fixe des objectifs en termes de prix de sortie sur le marché, à charge pour les promoteurs de s'adapter à cette contrainte. « Une des difficultés est que le secteur français de la construction est peu rompu aux écotechnologies, ce qui engendre un surcoût net ».

L'élue reconnaît que les investisseurs doivent être aidés, car ce sont les locataires qui bénéficieront des économies de fonctionnement et la responsabilité sociale des propriétaires n'est que peu encouragée financièrement. La région Ile-de-France soutient ainsi des projets pionniers, par le biais notamment d'appels à projets, et prend en charge les surcoûts avec les communes pilotes des nouveaux écoquartiers. Ce portage public fort est une condition apparente des bénéfices retirés par les écoquartiers sur tous les plans, écologique comme social.


Durer dans le temps

Il est aussi possible de s'interroger sur la capacité des écoquartiers à maintenir leur dimension sociale dans le temps. La population d'un secteur évolue et ces quartiers sont attractifs, notamment auprès de certaines populations aisées. Il existe aussi de véritables dangers de spéculation autour de ces réalisations, notamment autour de Paris et dans les grandes villes. Les entreprises du BTP sont très conscientes des taux alléchants de retour sur investissement et démarchent les collectivités avec des produits parfois éloignés de la philosophie initiale de ces projets.
Les communes tentent, à contre-courant de cette tendance, de créer un projet socialement partagé en concertant autour de ces nouveaux ensembles. Pantin a ainsi associé les habitants à la réflexion sur le cahier des charges du quartier, par une série de dispositifs participatifs. Les citoyens ont été ainsi informés par des réunions de présentation, mais ont pu aussi visiter les sites et participer surtout à des ateliers thématiques portant sur les espaces publics, les énergies, les formes urbaines... Il s'agit pour la commune de favoriser l'appropriation d'un mode de vie un peu différent, à toutes les phases de la réalisation du quartier.

Les écoquartiers luttent donc contre les images déformées de « ghettos verts » en ayant l'ambition de diffuser leur modèle dans tout le périmètre urbain. Si les municipalités reconnaissent des efforts particuliers consentis pour ces ensembles, ils sont au service d'une politique plus complète de conversion au développement urbain durable, définie toujours antérieurement. Cette stratégie locale par quartier prélude dans l'idéal à un essaimage des pratiques écologiques dans la ville.


Témoignage

Annie Archimbaud
adjointe au maire de Pantin

« Construire une démarche participative »


Quelle démarche avez-vous mis en place à Pantin pour favoriser l'association des habitants au projet ?
Il était important pour nous de construire une démarche participative, car il s'agit de préparer les habitants à un autre mode de vie (moins d'automobiles, plus de sobriété énergétique). Tout d'abord, les associations ont été impliquées dans la réflexion sur le cahier des charges du projet. Nous avons cherché aussi à associer plus largement la population via des réunions d'information et des ateliers thématiques. Ceux-ci ont couvert des sujets très variés, portant sur les formes urbaines, la prise en compte de l'environnement et des énergies, sur les espaces publics.

Les habitants ont-ils répondu présents aux propositions de participation ?
Ils se sont vraiment emparés de ces questions : plus de 180 personnes ont participé aux ateliers, ce qui a sensiblement enrichi les débats. Leurs questionnements étaient assez pointus et ont donné lieu à des propositions sur le lien avec les autres quartiers, les équipements et les espaces publics notamment. Ces idées ont permis d'alimenter la ville en apports concrets, dans un esprit de co-écriture du projet. D'ailleurs, nous n'en resterons pas là, il est essentiel pour nous de poursuivre les échanges dans les différentes phases d'appropriation du quartier.



 

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