Date de mise en ligne : 05/01/2010
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Pas assez nombreux, manquant d'indépendance et s'interrogeant sur leurs missions, les médecins du travail ne peuvent pas jouer leur rôle face à la montée des risques psycho-sociaux en entreprises. Une réforme a pourtant été lancée en 2008. Reste à savoir si elle est possible.
Moins de praticiens, plus de risques, une réforme au point mort... la médecine du travail est malade. A l'heure où les risques psychosociaux augmentent, où les suicides en entreprises défrayent la chronique, ceux qui sont aux premières loges pour entendre la souffrance physique et mentale des salariés sont mal en point. Dans les services de santé au travail ils sont environ 6500 aujourd'hui pour couvrir 15 millions de salariés du secteur privé. En moyenne, ils doivent suivre 3000 salariés par an...
Manque de médecins
Certains n'hésitent pas à dénoncer une action délibérée des pouvoirs publics. "Depuis des années il existe une connivence entre les entreprises et le gouvernement pour faire disparaître les médecins du travail", affirme Bernard Salengro médecin du travail et membre de la CFE CGC. Et le constat ne risque pas de s'améliorer. Si rien n'est fait en terme de recrutement, la situation pourrait devenir catastrophique. Dans les cinq ans à venir 1700 médecins partiront à la retraite, quand moins de 300 seront formés chaque année. "Parce que les pouvoir publics l'ont voulu, cette formation a été totalement dévalorisée. Les médecins du travail qui n'ont pas le pouvoir de faire des actes de prescriptions sont mal considérés par leurs pairs et l'attractivité de la profession est aujourd'hui quasiment nulle", explique François Desriaux, rédacteur en chef de Santé et Travail.
L'inefficacité du système aussi est souvent remise en cause. "Les médecins sont inondés par les visites médicales obligatoires et n'ont pas le temps d'être les observateurs de ce qui se passe réellement dans l'entreprise. Les employeurs emploient beaucoup de mi-temps pour ne pas être confronté à la question de la santé au travail", renchérit Bernard Salengro.
Or la souffrance au travail, elle, est en constante augmentation. Qu'elle soit physique - comme le rappellent les drames de l'amiante ou psychologique- comme le démontre l'exemple France Télécom. Dans le rapport rendu mercredi par la commission de réflexion sur la souffrance au travail, réunie par François Copé, le constat est sans appel. L'organisation du travail telle qu'elle est conçue actuellement peut-être à l'origine de souffrance entraînant parfois des actes graves. Comme des suicides. Même la justice l'a accepté. Ce jeudi, le tribunal des affaires de sécurité sociale de Nanterre a condamné Renault pour "faute grave" dans le suicide d'un de ses salarié.
L'indépendance du médecin
Mais la réforme lancée en 2008 peine à se concrétiser. De fait, l'indépendance du médecin par rapport à l'employeur, demandée depuis longtemps, a du mal à être acceptée par un patronat soucieux de préserver sa main mise sur cette activité. Pourtant, de l'avis général, l'indépendance serait "LA" solution pour rendre cette médecine efficace. Conseiller à la fois de la direction, des salariés et de leurs représentants, le médecin du travail est en effet confronté à des fonctions contradictoires qui l'empêchent de mener à bien ses missions. Il doit faire face aux pressions de directions peu enclines à accepter le mal-être des salariés et dompter la confiance des employés. "Tant que la médecine du travail continue d'être gérée par les employeurs, elle ne subira aucune évolution", diagnostique ainsi François Desriaux. En atteste l'exemple France Télécom qui a vu plusieurs de ses médecins démissionner pour cause de pressions inconciliables.
Mais les propositions du Medef présentée en septembre dernier en conclusion de 8 mois de négociation n'envisagent pas cette piste. Bien au contraire. Le médecin du travail, serait selon ce texte, mis sous la tutelle d'un directeur de santé au travail chargé de chapeauter l'ensemble du Service de Santé au Travail (SST) de l'entreprise. Par ailleurs, pour renforcer les effectifs, il serait assisté d'équipes pluridisciplinaires, composées d'infirmières, d'ergonomes de psychothérapeutes... qui viendrait en complément de l'action médicale pour plus d'efficacité."
Les propositions du Medef, reprises par Xavier Darcos début décembre devant le COCT (Conseil d'orientation sur les conditions de travail), visent à démédicaliser la prévention au travail, et à confier aux employeurs, par le biais des directeur de santé au travail, le soin de concevoir, d'organiser et de mettre en oeuvre la prévention des risques professionnels", estime François Guillon, médecin du travail. Avant d'ajouter "Avec la pluridisciplinarité, selon la réforme Medef-Darcos, les tâches des médecins seront déléguées à des personnes non protégées". Car à la différence des médecins du travail une infirmière ou un psychiatre n'est pas un salarié protégé. Pour les contestataires, ils sont nombreux, l'ensemble les syndicats a refusé de signer la convention, cette réforme vise à créer des médecins assistants de la direction dans la mise en place de la gestion des risques.
Source : http://www.lexpansion.com
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