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Le documentaliste est au curator ce que le paysagiste est au jardinier

Date de mise en ligne : 21/02/2011

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Certains viendront peut-être me reprocher de trop fréquentes références à ces philosophes postmodernes que sont les Deschiens, qui, une quinzaine d'années plus tard, restent d'intarissables sources d'inspiration. Il n'empêche que cette phrase définitive, initialement destinée aux visagistes, nous va comme un gant. Je m'étais jusqu'alors employée à souligner que ce que l'on désignait par "curation" n'était guère nouveau et qu'à la manière de M. Jourdain, nous faisions tous jusque là de la curation sans le savoir. Mais on peut aller plus loin.

Et si finalement les curators n'étaient que des sous-documentalistes ? Des demi-portions de veilleurs mal dégrossies ? Allons même plus loin, "Exterminons le curator et réhabilitons le documentaliste !", nous propose carrément Aurélie Duclos sur Trad Online. C'est vrai après tout, allons jusqu'au bout du raisonnement et ne nous contentons pas seulement d'écrire que ce que l'on nomme curation ne constitue qu'une facette de notre métier. Car si ce n'est qu'une facette, c'est que nous sommes capables de bien d'autres choses, et notamment d'aller au-delà du web.

Car n'en déplaise aux buzzworders fous, le papier existe encore. La radio aussi. Et même la télé. Non, tout n'est pas encore numérisé ou podcastable à volonté. C'est même souvent l'information la plus difficile à trouver qui a le plus de valeur. On pourra toujours élaborer de jolis outils, mettre toutes les couches graphiques que l'on voudra, il ne faut pas perdre de vue que l'important reste le contenu et non le contenant. Ne nous leurrons pas, la carrière de la curation et du curator risque bien d'être aussi fulgurante que celle d'une vedette éphémère des yéyés : lancée comme une savonnette dans les médias, diffusée ad libitum pendant 6 mois à la radio, détrônée par une autre inconnue plus jeune, obligée de reprendre son ancien travail d'apprentie coiffeuse à Commercy (amitiés aux collègues de la Meuse) et, dans le meilleur des cas, rappelée 40 ans plus tard pour animer les tournées de radios périphériques dans les Zénith de province.

Montrons donc que nous pouvons apporter bien plus qu'un simple curator. Que nous ne nous bornons pas à extraire du web une information mille fois bookmarkée, "likée" et retweetée. Que nous savons tourner des pages, que nous avons des yeux et des oreilles, et accessoirement un cerveau qui nous permet d'organiser tout ça et de le diffuser aux bonnes personnes, au bon moment.

NB : Pour les nostalgiques et pour ceux qui ne voient pas à quel vignette des Deschiens je faisais référence, séance de rattrapage sur YouTube. S'il y en a que ça lasse, promis, bientôt j'arrête, du moins d'ici 15 jours - ceci n'est pas un teaser ;-)

A lire également :
- "La curation, un terme neuf et à la mode pour un concept déjà ancien", Romain Biard, TypePad Magazine.
- "Curation, piège à cons ?", Eric Léal, atchikservices.
- "Les curators peuvent-ils nous soigner de la contamination marketing ?", Cyrille Franck, Médiaculture.
- "La douleur du curateur", Christophe Benavent, Technologies du Marketing.
- "Non à la « curation »", Titiou Lecoq, Owni.

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