POLITIQUE DE LA VILLE

 

Damien Carême, président de Villes et banlieue : « Nous irons discuter des Cucs avec les directions déconcentrées de l’État »

31/12/2014 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

Damien_Careme-380x760 ©DR

Le président de la République a annoncé un nouveau programme de renouvellement urbain et a dévoilé une liste de 200 « quartiers d'intérêt national », avec une enveloppe de 5 milliards d’euros de financement à la clé. Assez ? Pas assez ? Suffisant pour préserver les services publics et relancer l’emploi ? Entretien avec Damien Carême, président de Villes et banlieue, réalisé avant le déplacement du président de la République.

François Hollande veut relancer la politique du gouvernement en faveur des quartiers défavorisés  et de la politique de la ville. Au total, l’État doit consacrer 5 milliards d’euros sur 10 ans (2014-2024) en faveur de 200 quartiers, dans le cadre du deuxième Programme national de rénovation urbaine (PNRU). Avec un seul – et nouveau – critère : le revenu des habitants, comparé au revenu moyen des Français. Sur place, les acteurs locaux attendent enfin de savoir ce que la Gauche a dans le ventre dans des territoires où elle a suscité une certaine espérance lors de la dernière présidentielle. Qu’en pense Damien Carême, président de Villes et banlieue et maire de Grande-Synthe (Nord-Pas-de-Calais) ?

  

Comment jugez-vous l’action du gouvernement en matière de politique de la ville ?

Nous avions beaucoup travaillé avec François Lamy, l’ex-ministre de la Ville. Puis les remaniements successifs du gouvernement ne sont guère propices à l’instauration d’une politique de fond en matière de politique de la ville, surtout dans ce domaine sensible. Dons, nous attendons. Cette attente se fait sur fond de resserrement des financements spécifiques de la politique de la ville mais dans le cadre d’un lobby fort de l’Etat pour le retour de ces quartiers dans le financement de droit commun. Si ce dernier prend le relais des financements dérogatoires, il n’y aura pas de problème. Dans le cas contraire, la pauvreté et la relégation de ces quartiers se poursuivront irrémédiablement.

 

Le simple fait de parler d’un retour du droit commun dans les quartiers prioritaires, comme si la France était un pays où des situations d’exception territoriales étaient admises, n’est-il pas choquant ?

Des conventions ont été signées par François Lamy, ministre chargé de la politique de la ville dans le gouvernement Ayrault, avec les grands ministères régaliens. Concrètement, nous sommes en pleine renégociation des contrats urbains de cohésion sociale (Cucs), qui devront être finalisés fin juin 2015. J’invite donc tous les maires adhérents de Ville et Banlieue à se rendre dans les directions déconcentrées de l’Etat pour discuter avec elles du contenu des Cucs en question, puisque le droit commun est de retour dans la politique de la ville! Jen ai parlé récemment à la secrétaire d’Etat, Myriam El Khomri, qui m’a assuré qu’elle rencontrerait prochainement les Ars (Agences régionales de santé) pour leur en parler…

 

Le resserrement des quartiers prioritaires permettra-t-il d’éviter le saupoudrage que l’on reproche si souvent aux gouvernements successifs ?

Oui si l’on veille à accompagner en douceur les quartiers qui ne seraient plus dans la liste des 200 quartiers ciblés pour un portage plus fort de l’Etat. Si l’on soigne le mal d’un côté mais qu’il ressurgit de l’autre, nous aurons perdu du temps et de l’argent. En matière de politique de la ville, la notion de « territoire vécue » chargée de définir les communes recevant des publics fragiles et réclamant aussi une attention particulière reste aussi particulièrement floue à nos yeux. Nous attendons que les contours de la géographie prioritaire soient réellement fixés. Je m’étonne de voir que la carte des réseaux prioritaires (Rep +) a été publiée et pas celle de la géographie prioritaire de la politique de la ville. J’ose espérer que les choix se juxtaposeront.

 

Plus que dans d’autres domaines, l’attente, pour les associations de quartier, est un facteur absolu d’incertitude…

Oui, depuis deux ans, les associations ne savent pas vraiment si ce gouvernement entend faire de la politique de la ville un axe prioritaire de son action. Une chose est certaine, les maires, dans certaines communes, n’ont plus les moyens d’agir, même si les budgets de la politique de la ville ont été sanctuarisés ces deux dernières années. La crise réclame des moyens financiers supplémentaires que nous n’avons plus.

 

 

 

 

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