COUPE-FEU

 

Vous avez dit économies ?

29/01/2015 | par Nicolas Braemer | Management

poire © blankstock-fotolia

On entend partout que l’heure est aux économies dans les collectivités. Et tous les exécutifs, et leurs managers, savent qu’ils ne pourront faire face aux temps difficiles qui s’annoncent en se contentant de coupes cosmétiques dans quelques budgets anecdotiques.

Il faudra donc bien s’attaquer à la masse salariale. Mais ce discours de cost-killer est un piège qu’il convient de démonter, pas pour nier la nécessité de choix budgétaires difficiles, mais pour l’éclairer par quelques considérations.

Premier élément : dans ressources humaines, il y a ressources. Une chose est de décider que votre masse salariale doit augmenter selon un indice bien moindre que l’année précédente. Cette politique du taux directeur a sa légitimité, d’autant que les collectivités ont souvent péché par leur souplesse en la matière depuis longtemps. Mais oublier que les agents d’une organisation de travail ne sont pas qu’un chiffre à réduire est un tropisme qui fait des dégâts dans le secteur public comme dans le privé.

Ce discours de cost-killer est un piège qu’il convient de démonter pour l’éclairer par quelques considérations.

On s’en rend compte à écouter les fonctionnaires de l’État qui survivent dans les services dévastés par la logique hypercomptable du « non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux ». Incapacité à remplir les missions, pertes de compétences collectives et individuelles, négation du sens même du service public… Les dégâts sont là, et pour longtemps. Qu’on comprenne bien, l’idée n’est pas de dire qu’on ne doit rien faire, y compris en termes d’effectifs. Bien des collectivités ont vécu longtemps un âge d’or. Et comme on est rarement intelligent quand on est riche, disons qu’elles n’ont pas gagné grand-chose à s’exonérer de réfléchir à l’équation : quel service public rendu pour quel coût ?

Mais il y a des manières idiotes de réduire les coûts. Elles ne sont jamais efficaces et finissent toujours par coûter plus cher qu’elles ne rapportent. Il y a en revanche des manières de faire qui, si elles ne soulagent pas toute la douleur, ont au moins le mérite de respecter les êtres humains. D’abord, tous les agents doivent participer à l’effort. Même si on décide de sanctuariser certaines politiques publiques, l’idée que personne n’est a priori exonéré de la réflexion est essentielle. Ensuite, les meilleurs connaisseurs de leur activité sont les agents eux-mêmes.

Il faut donc impérativement les associer aux décisions, leur demander leur avis, leur permettre de dire où on peut réduire les moyens, où il faut au contraire les revoir à la hausse. Bref, les faire fabriquer une partie d’une « trajectoire de réduction des dépenses ». L’enjeu est au-delà de l’acceptation de cette trajectoire. Il est celui du respect humain et de l’efficacité du service public. Enfin, toute politique de révision des politiques publiques, qui n’est pas critiquable en elle-même, doit s’appuyer sur l’expertise citoyenne. Le passionnant travail fait autour du design des politiques publiques par La 27e région nous montre la voie. Les usagers sont souvent les meilleurs experts de ce qu’ils attendent du service public, du coût et du niveau qu’il doit avoir.

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