SALAUDS DE PAUVRES !

 

Le terrible regard des Français sur les exclus

04/02/2015 | par Stéphane Menu | Actualités

pauvre © Jonathan Stutz - fotolia

Fin décembre 2014, l’association ATD Quart-Monde a fait réaliser un sondage sur « les idées reçues sur les pauvres et la pauvreté ». Une étude passionnante qui montre que les vieux clichés sur l’exclusion ont la vie dure...

À l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère et de la sortie de l’édition 2015 du livre « En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté », ATD Quart-Monde a voulu mesurer la diffusion de ces idées dans l’opinion publique française.

Les résultats de l’étude commandée par l’association humanitaire confirment la puissance des idées reçues en matière d’exclusion sociale. Ces dernières sont entretenues par le fait que les Français ignorent la réalité des dispositifs et des situations prévus pour les exclus. Un exemple parlant parmi tant d’autres : 41 % des sondés pensent, à tort, qu’un couple avec deux enfants bénéficiant du RSA gagnera plus que si l’un des deux parents travaillait et était payé au Smic ; dans les faits, les revenus sont de 1 372 euros par mois pour le couple au RSA et de 1 939 euros dans le second cas.

Dans la même veine, 63 % des sondés pensent que les minima sociaux poussent les gens à l’inactivité, 15 % seulement pensant le contraire. Pis encore, 51 % des Français pensent en leur for intérieur que les pauvres font des enfants pour bénéficier d’un surcroît de pouvoir d’achat (contre 33 %). Cerise sur le gâteau : les aides sociales incarnent une solution d’autant plus commode qu’elles apparaissent aux Français comme faciles à obtenir (71 % contre 10 % d’avis contraires).

Une note d’espoir dans ce paysage réfrigérant : seuls 32 % des Français pensent que les pauvres ont la fraude plus facile que les non-pauvres, 43 % ayant une opinion contraire.

 

Un vent réactionnaire souffle sur le social

Au fond de l’abomination, brille toujours une lueur d’espoir. Pourquoi les Français ont-ils une vision si caricaturée de la pauvreté ? Parce qu’ils ont le sentiment de trop payer pour les pauvres ! 65 % d’entre eux estiment en effet que la lutte contre la pauvreté rogne directement le pouvoir d’achat des classes moyennes.

Ce constat recoupe celui du Crédoc de septembre 2014 : « Historiquement et par rapport à de nombreux pays d’Europe, l’opinion publique française s’est toujours montrée plutôt compréhensive par rapport aux personnes vivant en situation de pauvreté. L’enquête « Conditions de vie et aspirations » du Crédoc, qui suit les inflexions du corps social chaque année depuis 35 ans, montre que depuis 2008, l’opinion porte un regard plus sévère sur les chômeurs ou les bénéficiaires de minima sociaux.

Nos concitoyens sont de plus en plus nombreux à craindre les effets déresponsabilisants des politiques sociales, à tel point que le soutien à l’État-providence vacille. Cette situation est atypique car, habituellement, en temps de crise, l’opinion publique attend généralement davantage d’intervention de la part des pouvoirs publics en direction des plus démunis », écrit l’organisme dans un communiqué.

 

À ATD Quart-Monde de communiquer !

Mais l’étude présente un intérêt plus vif que l’habituelle déploration sur l’état lamentable des opinions collectives – qui ne font guère avancer le schmilblick. Après l’administration du questionnaire, les enquêteurs ont proposé aux sondés un bref argumentaire détaillant la réalité des situations, chiffres à l’appui.

En moyenne, un tiers des sondés avoue avoir été convaincu par l’argumentaire et avoir changé d’avis.

Pour ATD Quart-Monde, « ces résultats mettent en relief le potentiel des médias dans la déconstruction des préjugés ». À ATD Quart-Monde donc de s’interroger sur sa manière de communiquer : pourquoi ne pas lancer de régulières campagnes nationales sur ce sujet des préjugés, dont l’impact est réel sur la brutalisation des rapports sociaux ? Pourquoi les journalistes ne seraient pas plus régulièrement approchés par l’association sur ces thèmes-là ? À La Lettre du cadre, on est preneurs !

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