NOUVEAUX OUTILS

 

L’innovation au service du dialogue social

27/11/2015 | par Julie Krassovsky | Actualités

dialogue_social_innovation © Sunny studio

En dehors du dialogue et de la prévention santé, y a-t-il encore une marge de créativité, s’agissant de l’organisation du dialogue social dans les collectivités ? Peut-être bien…

Les représentants syndicaux sont souvent critiqués pour leur position idéologique et pour leur goût du rapport de force, réel ou supposé, par les directions administratives. Celles-ci déplorent également un décalage entre les réalités managériales et financières qu’elles gèrent au quotidien et les exigences de qualité défendues par les syndicats.

Finalement, le dialogue social doit aussi parfois se rétablir entre les directions et leurs représentants syndicaux comme préalable à la mise en place d’une vraie démarche de prévention ou de lutte contre l’absentéisme en direction des agents. Quelques collectivités ont parié sur cet angle d’approche : favoriser le dialogue avec les syndicats pour permettre des négociations stratégiques ultérieures.

 

Une charte reconnaissant les parcours syndicaux

C’est le cas de la commune de Suresnes, qui se pose depuis quelques années comme une collectivité emblématique. Sa charte sur la reconnaissance du parcours syndical dans le développement de la carrière et l’évolution professionnelle est devenue la pierre angulaire d’une politique innovante de dialogue social. Signée en 2009 par les trois organisations syndicales représentatives (CGT, FO, CFDT), l’expérience est portée par une démarche qui s’appuie sur une pratique de terrain volontariste.

 

Objectif : lever les blocages nuisibles à l’action publique et aux conditions de travail.

 

Quel était l’objectif ? Surmonter les blocages nuisibles tant à l’efficacité de l’action qu’aux conditions de travail. Le dialogue ainsi orchestré avec les représentants syndicaux a permis de négocier d’importants accords sociaux : l’ouverture de la médiathèque le dimanche, l’intégration des gardiens de parcs à la police municipale, l’extension des horaires d’aide à domicile, un plan de lutte contre l’absentéisme. Et, cerise sur le gâteau, en juin 2015, l’adoption d’un régime indemnitaire au mérite jusqu’ici souvent décrié par les syndicats.

 

Béatrice de Lavalette, adjointe au maire, en charge des ressources humaines et du dialogue social à la ville de Suresnes : « Sortir d’une logique d’affrontement avec les syndicats »
« Le choix que nous avons fait à Suresnes est assez rare. Grâce au total soutien et à la confiance du maire, j’ai voulu sortir d’une logique d’affrontement avec les syndicats, traditionnellement répandue en France. Dès 2009, la charte signée avec les représentants syndicaux s’appuyait sur la mise en place d’un dialogue privilégié qui soit gagnant-gagnant. Les syndicats ont gagné une reconnaissance par la formation certifiante, ils enregistrent aujourd’hui une augmentation de la participation des agents aux élections et de nombreuses adhésions. Ils ont aussi obtenu un 13e mois pour les agents et une mutuelle collective. De son côté, en tant qu’employeur, la commune a pu signer l’ouverture de la médiathèque le dimanche, des accords de flexibilité sur les horaires de travail et l’adoption d’un régime indemnitaire au mérite. Beaucoup de collectivités nous contactent s’agissant de cette dernière mesure. En revanche, sur la charte, on sent encore une certaine frilosité à s’engager envers les syndicats. Pourtant, cette dynamique positive où chacun s’y retrouve est aujourd’hui la colonne vertébrale de toute notre politique interne. »

 

Une dynamique des relations sociales

Surmonter les réticences des syndicats par des gages de reconnaissance de leur engagement est une voie qui a également été testée par le conseil régional de la Martinique.

En charge des ressources humaines, du dialogue social et de la préparation « RH » dans le cadre de la mise en place de la collectivité unique, Danielle Laport a un regard aiguisé sur la façon de sensibiliser les agents à ce changement de structure. Sa méthode ? Adopter une dynamique très orientée sur les relations sociales pour faire comprendre aux agents que la collectivité unique n’est pas seulement une fusion mais l’émergence d’une nouvelle entité qui aura besoin des compétences de tous.

Pour faciliter une approche concertée du passage à la collectivité unique, la région a ainsi permis aux agents, depuis la fin 2012, d’accéder directement à la troisième année d’une licence universitaire, grâce à la seule reconnaissance d’un militantisme syndical effectif d’au moins cinq ans. À l’origine du contenu de la formation, Danielle Laport a assuré par ce biais un moyen de sortir de la posture revendicative des syndicats pour privilégier le débat. Une excellente manière de favoriser les conditions d’acceptation, par le personnel, de cette transition anxiogène !

 

Anne Roy, DGA ressources et moyens de la communauté d’agglomérations du Bocage bressuirais : « Un nouvel espace d’échange »
« La communauté d’agglomération du Bocage bressuirais est actuellement en pleine création. Elle se compose de la réunion de 27 structures d’origine et du transfert de quelque 600 agents (communes, CCAS, etc.). Pour organiser cette transition, nous avons mis en place assez rapidement une charte de dialogue social. Validée en avril 2015, celle-ci apporte un cadre d’action. Elle détaille toute la mise en œuvre du droit syndical, les possibilités pour les agents, les modalités du dialogue social et comment l’exercer au sein de la structure. C’est devenu un outil de référence. Nous avons également mis en place, en dehors des instances paritaires, des rencontres du dialogue social qui réunissent le premier vice-président des ressources humaines, le responsable RH, les membres titulaires du comité technique et du CHSCT et moi-même. Cette réunion se tient chaque mois et en deux temps. La première partie aborde en amont les dossiers qui seront présentés aux instances paritaires. L’autre partie relève du fonctionnement de l’agglomération. Cet espace d’échange fonctionne très bien, il permet de réguler les demandes, d’éviter les points de blocage dans un contexte de forte réorganisation. Passé la mise en place de la communauté d’agglomération, ces réunions vont évidemment perdurer, tous les trois mois, pour faciliter nos futures négociations stratégiques. »

Pas de commentaire

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Tous les champs sont obligatoires (votre adresse e-mail ne sera pas publiée)

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>