L'ŒIL DE L'EXPERT

 

Eric Marazanoff : « reclassement professionnel : le dialogue social doit encore progresser »

27/11/2015 | par Julie Krassovsky | Actualités

DOSS_Eric-Marazanoff

Éric Marazanoff, président de la Mutuelle nationale des fonctionnaires des collectivités territoriales (MNFCT), nous livre son avis d'expert sur le dialogue social.

Vous avez axé votre dernier forum sur le dialogue social et la santé au travail, pourquoi ces deux problématiques sont-elles liées ?

En tant que mutuelle, nous sommes évidemment sensibles à cette question. Notre rôle ne se limite pas à un rôle de réparation, nous sommes un acteur global de la santé de nos adhérents et plus largement du monde territorial. La santé au travail est une question centrale. L’avancée sur la problématique des risques professionnels et du bien-être au travail passe par une mobilisation des acteurs et des organisations syndicales pour améliorer la situation concrète des agents. Or, la prise en compte de la santé au travail ne peut progresser que dans le cadre d’une démarche concertée entre les acteurs, donc d’un véritable dialogue. Un dialogue aujourd’hui parasité par la situation sensible des collectivités territoriales.

 

Justement, le contexte tendu des collectivités met-il en danger la prévention ?

Avec la baisse des dotations, l’évolution interne des collectivités, les incertitudes quant à l’avenir, il y a en effet un risque que la santé au travail ne soit plus une priorité. Cette inquiétude s’est largement exprimée lors de notre forum. Même si ces dernières années, la fonction publique a beaucoup avancé sur cette question à travers des expérimentations diverses, des démarches de prévention engagées, les contraintes budgétaires fortes peuvent la reléguer derrière d’autres priorités. D’autre part, trop souvent les bonnes initiatives reposent, dans les collectivités, sur quelques professionnels. Aussi lorsqu’un départ de personnel survient ou un changement politique, la démarche prend fin.

 

Trop souvent, dans les collectivités, les bonnes initiatives reposent sur quelques professionnels.

 

Pour se pérenniser, la prévention des risques psychosociaux ne doit pas rester une affaire de professionnels de la profession, elle doit être partagée par l’ensemble de la collectivité, y compris bien sûr les élus.

 

Quels progrès restent à accomplir s’agissant du lien entre dialogue social et prévention santé ?

Lors du forum de cet automne, la dernière table ronde portait sur la question du reclassement professionnel. Celui-ci est aujourd’hui encore trop peu pris en compte dans le cadre du dialogue social. Ce thème est pris en charge par les élus syndicaux siégeant dans les commissions de réforme et les comités médicaux, mais insuffisamment présent dans les comités techniques et les CHSCT qui ont, eux, une approche collective, globale et préventive. S’il y a un point sur lequel le dialogue social doit donc progresser, c’est bien sur cette question du reclassement professionnel.

 

Qu’en est-il du dialogue concernant la protection sociale complémentaire dans les collectivités ?

Nous nous félicitons qu’il y ait une nécessité de mettre en place une aide à la complémentaire santé. Cependant, ce dispositif ne fait pas toujours l’objet d’une concertation avec les représentants syndicaux. Sans ce dialogue préalable, la garantie de réussite du dispositif n’est pas assurée.

Nous proposons alors que, chaque année, sur le même modèle que pour l’action sociale, il y ait une obligation de délibérer au sein de la collectivité sur la mise en place ou non d’un dispositif d’aide à la protection sociale complémentaire des agents. Cette initiative serait aussi une façon d’encourager le dialogue social sur cette question.

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