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Henri Cabanel : « J’irai faire campagne avec mes bilans ISO 26000 sous le bras »

23/01/2017 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

henri_cabanel © Photographe Sénat

C’est une première en France : considérant que les élus, plus que d’autres, ont un devoir d’exemplarité, Henri Cabanel, sénateur PS de l’Hérault, a décidé de s’engager dans une démarche du type évaluation en responsabilité sociétale des entreprises (RSE) avec un organisme tiers indépendant, Afnor Certification, « pour affirmer mes choix et assumer mes actes face à la société ». Un exemple à suivre ?

Henri Cabanel est sénateur PS de l’Hérault. Né le 9 mars 1959 à Béziers, Henri Cabanel a été élu sénateur de l’Hérault le 28 septembre 2014. Viticulteur, il est élu conseiller général du canton de Servian en 2003 lors d’élections partielles. Il devient en 2011 vice-président du conseil général, chargé de l’agriculture, de la pêche, de la conchyliculture, des ports et de la forêt. Devenu sénateur, il démissionnera du CG pour se consacrer pleinement à son mandat, conformément à ses engagements en faveur du non-cumul des mandats.

 

Quelles raisons vous ont poussé à prendre une telle décision ?

Une prise de conscience inquiétante : la montée de la défiance citoyenne vis-à-vis des élus. Tous les sondages démontrent que les Français font de moins en moins confiance aux élus (lire encadré). J’ai été invité il y a quelques mois à la remise d’une certification Afnor à un viticulteur héraultais. Les mots que ce dernier a prononcés m’ont poussé à m’intéresser aux modalités d’octroi de cette certification. Je suis membre de la délégation aux entreprises au Sénat. Nous constatons tous les jours les efforts des entreprises pour être exemplaires. Je me suis dit qu’il était normal que je fasse la même chose. Cette démarche a pris du temps. Pour obtenir la certification Iso 26 000 (1), j’ai déposé mon dossier en janvier pour obtenir le label en novembre 2016.

 

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Quels sont les prérequis pour obtenir la certification ? Sur quels aspects se prononce l’Afnor ?

Sur le sociétal et l’environnemental. L’organisme cherche à savoir comment je mets en place mon mandat, comment je structure mon action au quotidien. L’Afnor a pris soin de se pencher sur la manière avec laquelle j’associais mon équipe à l’ensemble de mes décisions. En général, le travail d’un sénateur est solitaire. Dès le début de mon mandat, j’ai affiché ma volonté de travailler dans le respect de l’avis de tous les membres de mon cabinet. Sur le plan environnemental, il est important de privilégier des déplacements doux, non polluants. Le train est recommandé plutôt que l’avion, les voitures hybrides plutôt que celles à essence. Je prépare mon planning en privilégiant le covoiturage dans les déplacements.

 

L’organisme va-t-il jusqu’à évaluer votre travail législatif ?

Bien sûr. C’est un critère important. Je suis présent trois jours par semaine à Paris. Mon implication sur le terrain est importante, dans l’Hérault. Je m’investis beaucoup dans le travail législatif, notamment en commission, là où les lois s’élaborent. Cette détermination est visible sur le site du Sénat. L’Afnor a poussé l’investigation jusqu’à interroger des élus avec lesquels je travaille régulièrement.

 

En quoi cette démarche peut-elle atténuer la défiance des citoyens vis-à-vis des élus ?

Je peux comprendre les réserves de nos citoyens. Elles se justifient souvent parce que je crois que, dans le cadre d’un travail législatif, tous les élus peuvent trouver des domaines à explorer. Je ne travaille pas au Sénat pour moi mais pour les habitants, les chefs d’entreprise, les retraités, bref toutes les catégories de population qui viennent me saisir parce qu’elles sont confrontées à des difficultés. Que je sois capable ou pas d’apporter des réponses positives à leurs attentes est presque secondaire. L’essentiel reste de montrer le niveau d’implication qui est le mien et que, sur ce point, il n’y a pas la moindre ambiguïté. Dans trois ans, je serai renouvelable. Je ferai campagne avec les trois bilans annuels de l’Afnor sur le niveau de mon implication.

 

État de défiance généralisée
Une récente enquête d’Harris Interactive pour le compte du jeune mouvement citoyen Le Réveil de la France montre que 80 % des Français jugent que leurs concitoyens sont « plus capables de trouver des solutions efficaces à leurs problèmes et ceux de la France » que les personnalités politiques. Les chiffres atteignent 84 % chez les 50-64 ans et 91 % chez les sympathisants du Front de gauche.

 

Une première évaluation de l’Afnor a été menée. Que dit-elle au juste ?

Une prochaine évaluation est programmée dans 18 mois pour voir si les recommandations ont été prises en compte. J’ai obtenu la note de 595 sur 1 000, je me situe au troisième niveau d’une échelle qui en compte quatre. J’ai des efforts à faire en matière environnementale et au niveau de la formation de mes trois collaborateurs. Il est capital que les citoyens disposent d’outils indiscutables pour juger de la qualité du travail mené par les élus. Car, franchement, nous ne sommes pas assez transparents. Prenons l’exemple des indemnités accordées pour les frais de cabinet ; elles doivent être publiées. Je n’ai pas de scrupules à engager une opération transparence sur l’ensemble de mes frais de sénateur, des voyages que je fais jusqu’aux repas que je prends avec des personnes qui entrent dans le champ de mon activité parlementaire. De même, je veux être très transparent sur la réserve parlementaire, qui permet de soutenir des projets locaux. Je vais mettre en place un jury, composé d’associations, d’élus locaux et de journalistes, afin qu’il choisisse les projets à financer avec les 130 000 euros annuels dont je dispose. J’aurai bien sûr mon mot à dire, mais dans le cadre de cette concertation.

 

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Comment réagissent vos collègues sénateurs ? Certains d’entre eux seraient-ils prêts à vous imiter ?

Certains d’entre eux étaient présents à la remise de ma certification. Peut-être attendent-ils que l’Afnor mette en place un cadre directement adapté au statut de l’élu et non celui de la responsabilité sociale de l’entreprise à partir duquel je suis évalué. En tout cas, certains affichent une réelle curiosité. C’est déjà ça.

 

 

 

 

 

Note

(01)La norme ISO 26 000 concerne la responsabilité sociétale des organisations, c’est-à-dire qu’elle définit comment les organisations peuvent et doivent contribuer au développement durable. Elle est publiée depuis le 1er novembre 2010. - Retourner au texte

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