DÉMOCRATIE MON AMOUR

 

Monde d’après : l’avenir se jouera collectif !

27/08/2020 | par Emmanuel Cattiau, Marjolaine Koch | Actualités

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Miser sur une action conjointe des élus, agents du territoire et des habitants pour trouver les solutions les plus adéquates possible permet à la fois de remettre la démocratie au milieu du village et de montrer concrètement la nécessité de s’impliquer dans la vie locale pour améliorer son quotidien.

« L’intelligence collective désigne la capacité d’une communauté à faire converger intelligence et connaissances pour avancer vers un but commun » (1). Le concept est arrivé dans nos collectivités au travers de formations en management, mais il a aussi été expérimenté par des élus avec les habitants. Le philosophe Pierre Lévy la décrit comme « une intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences ».

 

Cela remet en cause toute la représentation de l’ »élu sachant », du « maire bâtisseur »

 

Il est clair que cela remet en cause toute la représentation de « l’élu sachant », du « maire bâtisseur », des techniciens territoriaux experts et des habitants/usagers attendant des réponses à leurs doléances ou besoins.

 

TÉMOIGNAGE
La démocratie participative à bon escient
« Les deux premiers outils nécessaires pour développer la démocratie participative, c’est une oreille et une bouche, pour écouter et parler ! En termes d’usage des outils de démocratie participative, il faut commencer par évaluer le niveau de participation nécessaire :
• Niveau 1, l’information : l’élu prend une décision et informe de la décision. C’est basique, mais penser à donner une information claire et lisible, bien distincte de la communication, est important.
• Niveau 2, le niveau d’écoute : j’écoute ce que vous avez à dire, je prends une décision et j’informe de la décision.
• Niveau 3, la concertation : je débats avec vous, je prends une décision et je vous informe.
• Niveau 4, la participation : nous débattons ensemble et nous prenons la décision ensemble.
Un niveau de codécision n’est pas toujours approprié selon le cas de figure, c’est pourquoi il faut prendre le temps d’évaluer la stratégie à adopter. Chaque niveau déclenchera des choix d’outils différents, qui s’imposeront souvent d’eux-mêmes. »

Franck Plasse, enseignant à Paris Est Créteil et conseiller spécial du président de l’agglo Grand Paris sud

 

Replacer les citoyens au cœur du dispositif

Reposant sur le constat de l’échec de l’État-providence omniscient et omnipotent, décliné à la « sauce décentralisation », la mise en œuvre des outils d’intelligence collective mise sur l’expertise d’usage des habitants et revient à replacer les citoyens au cœur de tout dispositif de coconstruction des actions locales. Évidemment, des pionniers de la démocratie participative ont agi depuis de nombreuses années ; qui n’a jamais entendu parler de l’expérience à Kingersheim, où le maire de 1989 à 2020, Jo Spiegel, a mis en place notamment des conseils participatifs pour toutes les grandes décisions de la commune ? Mais il n’est pas le seul…

 

La mise en œuvre des outils d’intelligence collective mise sur l’expertise d’usage des habitants

 

En France, le mouvement « Démocratie ouverte », le collectif de l’innovation démocratique, est venu en 2012 structurer le propos, dans la foulée de l’impulsion de Barak Obama et Dilma Rousseff qui ont lancé en 2011 le « Partenariat pour un gouvernement ouvert » (ou Open Government Partnership), une initiative internationale qui pousse les pays à ouvrir leurs modes de gouvernance en étant plus transparents et en associant davantage les citoyens aux décisions qui les concernent (2).

 

Ouverture du gouvernement 
• Ouverture des données et transparence
• Facilitation du processus de vote
• Cartographie et visualisation des données publiques
• Exploitation et utilisation des données publiques
• Co-création des lois et décisions gouvernementales
Participation citoyenne
• Développement de réseaux citoyens
• Engagement de communautés locales
• Financement participatif
• Partage des données citoyennes

 

Ouverture du gouvernement, participation citoyenne

Lier l’intelligence collective, la démocratie participative et les civic-tech semble tout à fait naturel dans une société où le « soft power » des médias et des réseaux sociaux peut venir systématiquement empoisonner le débat démocratique, voire alimenter la théorie du complot. Le « contrepoison », incarné par la technologie civique (de l’anglais : civic technology) représente l’ensemble des procédés, outils et technologies qui permettent d’améliorer le fonctionnement démocratique des sociétés et des communautés, en renforçant le rôle joué par les citoyens dans les débats et prises de décision.

 

Le « soft power » des médias et des réseaux sociaux peut venir systématiquement empoisonner le débat démocratique

 

En 2015, un rapport de la Fondation Knight a classé les différents projets de la technologie civique en deux grandes catégories : ouverture du gouvernement et participation citoyenne (3).

Wikipedia est l’un des exemples les plus remarquables des outils de civic-tech, puisque le modèle repose sur le partage de l’information et la connaissance dans un but non lucratif. Et si nous inventions à notre tour nos propres Wiki territoriaux, agiles et facilitants ?

 

TÉMOIGNAGE
Intelligence collective : une nouvelle culture à développer
« Attention à ne pas partir tête baissée dans l’outil ou le « super-truc » que vous avez vu ailleurs en pensant que ça va marcher chez vous. Le risque est grand de se dire après coup que cela ne fonctionne pas. Ne pensez pas outil mais changement de culture : c’est le regard porté sur le travail collectif et son efficacité qu’il faut faire évoluer.
• Clarifiez votre intention, le « pour quoi » ? Sur quoi souhaitons-nous réfléchir ensemble, et avec qui ?
• Créez les conditions pour favoriser le « vouloir coopérer » : un travail sur le savoir-être et les « postures » peut s’avérer nécessaire. Ce n’est pas le plus fort taux de QI rassemblé autour de la table qui promet le succès de l’opération, mais bien plus un respect de certaines conditions d’écoute, grâce à des tours de parole réguliers, et du « contrat de coopération » passé avec les participants.
• Choisissez enfin les outils et exercices adaptés en fonction de l’intention des participants : générer de la créativité, prendre une décision, définir des indicateurs, tirer des enseignements…
Pour finir, n’oubliez jamais qu’un accompagnement est loin d’être inutile : faites-vous ce cadeau en début de mandat, vous ne le regretterez pas ! »

Sandra Chélélékian, directrice associée de Cap Nova

 

 

 

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