L'ŒIL DE L'EXPERT

 

Monde d’après : « La « marchabilité » est un concept que l’on développe de plus en plus »

27/08/2020 | par Marjolaine Koch, Emmanuel Cattiau | Actualités

DOSS_Expert_A.-Fagot

Les déplacements et la ville ne pourront qu'être différents dans notre monde d'après, selon Anthony Fagot. Voilà pour conclure ce dossier sur les bonnes pratiques que la crise sanitaire a pu engendrer...

Anthony Fagot est agent expert des questions de vélo, ex-directeur de la cohésion citoyenne à Armentière

 

Qu’a changé cet épisode de confinement dans notre perception des déplacements ?

Je pense que l’obligation de rester dans un rayon d’un kilomètre a eu un impact réel. On a vu beaucoup de gens se mettre à courir. Puis les vélos sont apparus en nombre avec le déconfinement. Les comptages de l’association Droit au vélo ont montré une hausse importante du nombre de cyclistes, jusqu’à 40 % de plus sur certaines portions. Le confinement, combiné à la crainte de fréquenter les transports en commun, a provoqué cette envie de liberté, aidée en cela par l’urbanisme tactique, des « coronapistes », qui ont aidé les plus frileux à s’essayer aux déplacements à vélo.

 

Il existe de véritables conflits d’usages entre piétons, cyclistes et voitures… Le rôle d’une collectivité est d’éviter ces conflits, quels conseils donneriez-vous ?

Cesser d’aménager des trottoirs partagés entre cyclistes et piétons, chaque usage doit avoir sa chaussée. Des pistes cyclables colorées pour les cyclistes, des trottoirs avec bordure pour les piétons, ne plus permettre aux véhicules de stationner sur les pistes cyclables pour éviter la mise en danger des cyclistes. J’espère sincèrement que la plupart des « coronapistes » deviendront pérennes. Il faut aussi travailler sur le stationnement des vélos en ville et devant les centres commerciaux, prendre en compte les nouveaux vélos comme le vélo-cargo, qui demande un autre type d’arceaux et un emplacement plus large… Il faut donc prendre en considération les besoins de chaque mode de déplacement et surtout, limiter la vitesse des voitures en centre-ville, à 30 km/h, pour apaiser les rues et donner envie d’utiliser d’autres modes de transport.

 

Le « rat running » consiste à créer des boucles fermées qui ne permettent plus aux voitures de traverser un quartier

 

La voiture, justement : comment en limiter son usage dans les lieux bien desservis ?

On peut systématiser les vélorues dans les rues en sens unique et développer le « rat running » comme aux Pays-Bas. Le « rat running » consiste à créer des boucles fermées qui ne permettent plus aux voitures de traverser un quartier et de considérer ces rues étroites, secondaires, comme un raccourci. Elles sont renvoyées sur les grands axes, ce qui limite l’afflux de voitures et permet aux autres modes de déplacement, piéton et cycliste, de trouver leur place. Enfin, les abords des écoles doivent être protégés en développant des zones de rencontre limitées à 20 km/h. On peut même passer au cran supérieur en fermant les rues des écoles aux voitures en heure d’entrée et de sortie scolaire, ce qui favorisera l’émergence des pédibus et des vélo-bus.

 

Certaines villes se sont démarquées en créant des jardins déplacés

 

On parle beaucoup du vélo, la marche est-elle suffisamment prise en compte comme un mode de déplacement à part entière, dans les villes petites et moyennes ?

Non, pas suffisamment. La « marchabilité » est un concept que l’on développe de plus en plus, les urbanistes sont en train de s’en saisir. Ajouter des arbres pour rendre les déplacements à pied plus agréables et surtout, aménager les centres-villes avec des places, des lieux de rencontre, de la verdure, même s’il n’y a pas de boutique. Certaines villes se sont démarquées en créant des jardins déplacés, des activités qui deviennent en elles-mêmes un centre d’intérêt et drainent du monde. C’est ce qui donne envie de choisir un autre mode de locomotion que la voiture. Enfin, il serait temps que chacun prenne conscience de sa consommation de CO2 et pour cela, développons les défis au sein des entreprises et des collectivités, pour développer cette prise de conscience.

 

 

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