PORTRAITS

 

Qui sont les nouveaux maires ?

04/08/2020 | par Séverine Cattiaux | Actualités

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Milieu social, centres d’intérêt, combats… Qu’est-ce qui distingue les maires élus aux dernières élections municipales ?

Chef d’entreprise, juriste, cadre territorial, ingénieur, enseignant… le profil sociologique des nouveaux maires sortis des urnes aux dernières élections ne varie guère des précédents. Les CSP + ont toujours très largement la main sur la gestion des 35 000 communes en France. Quid des 400 listes citoyennes porteuses d’un renouvellement sociologique ? Seule une poignée de nouveaux maires en sont issus. Grande nouveauté en revanche, le maire 2020 se féminise. La moitié des dix plus grandes villes de France est désormais aux mains de femmes, en grande partie grâce aux élues écologistes : Léonore Moncond’huy à Poitiers, Anne Vignot à Besançon, Michèle Rubirola à Marseille, Jeanne Barseghian à Strasbourg…

Autre caractéristique qui tient aussi aux édiles écologistes : ils ont exercé moins de mandats. À tout juste 30 ans, la maire EELV de Poitiers, Léonore Moncond’huy (voir notre interview) se revendique comme étant une « non-professionnelle de la politique ». Adhérent depuis quatre ans au parti EELV, novice en politique, Grégory Doucet, 46 ans, remporte Lyon, la troisième ville de France avec 516 000 habitants.

 

Relativement peu de nouvelles têtes

Contrairement aux apparences, ces municipales 2020 sont loin de connaître un fort renouvellement des édiles, c’est même tout le contraire, analyse Rémi Lefebvre, professeur de science politique. « On a tendance à beaucoup parler de la vague verte, mais ce qui est caractéristique de ces élections, c’est l’extraordinaire stabilité des équipes municipales et des maires en place. On n’a jamais vu autant de maires sortants réélus dès le premier tour depuis 2014 » poursuit-il. Un phénomène à relier à la période de crise qui a déclenché un réflexe légitimiste, argue Rémi Lefebvre. Un effet Covid incontestable a conforté les maires réélus, qui ont également bénéficié de la « prime aux sortants ». Celle-ci a d’autant mieux fonctionné que les électeurs n’ont pas « utilisé » ces élections pour sanctionner le gouvernement en place. Et pour cause, en 2014, le parti LREM n’existait pas.

 

On n’a jamais vu autant de maires sortants réélus dès le premier tour depuis 2014

 

Des maires surtout de gauche et de droite

Certes, les Verts ont fait la Une, mais cette « vague verte » dans les grandes villes tient plus de l’arbre qui cache la forêt. Globalement les villes ont en premier lieu été remportées par la gauche, socialistes en tête, et la droite, observe Rémi Lefebvre. Quant au recul des communistes, il se poursuit. Dans le département francilien de Seine-Saint-Denis, 13 communes sur 21 ont élu un nouveau maire très souvent au profit de la gauche et de la droite. Le socialiste Mathieu Hanotin a ainsi ravi Saint-Denis au PCF en place dans cette ville de la petite couronne depuis 1944. La droite gagne aussi quelques villes dans le département, comme Bondy. Aubervilliers, bastion communiste, tombe dans le giron de la droite représentée par Karine Franclet, investie par le parti centriste et soutenue par LR, LREM et le Modem. Le PCF reprend en revanche Noisy-le-Sec avec le retour d’Olivier Sarrabeyrouse, maire PCF qui avait perdu les élections en 2014. Mais ce retour n’est permis qu’avec l’alliance des écologistes et des socialistes. La déroute est cinglante pour le parti du président Macron, qui rafle seulement 146 communes de taille moyenne.

 

Cette « vague verte » dans les grandes villes tient plus de l’arbre qui cache la forêt

 

Des maires repeints en vert

Fait également marquant de ces élections, quelle que soit leur étiquette, les candidats se sont mis à l’écologie. Le maire PS de Montpellier, Michaël Delafosse, et sa majorité PCF-PS-EELV, comptent instaurer la gratuité des transports en commun et développer les aménagements cyclables. La nouvelle maire de droite d’Aubervilliers, Karine Franclet, a elle aussi verdi son programme en proposant un « plan vélo ainsi qu’un nouveau plan de circulation et de stationnement pour enrayer la pollution ». Le nouveau maire PS de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, projette « d’agir pour la sobriété dans l’usage des ressources et tenir l’objectif de neutralité carbone en 2050 ». Un écologiste n’aurait pas mieux dit. « Les maires socialistes de Nantes, Rennes avaient déjà un bon bilan écologiste, mais comme le danger venait des écologistes, elles ont encore verdi leur programme » explique Rémi Lefèbvre. Concurrencés sur leurs plates-bandes, les verts ont été poussés à mettre la barre encore plus haut : leur marge de manœuvre rétrécit.

Ainsi même en déclarant « un état d’urgence climatique », Jeanne Barseghian à Strasbourg ne fait que reprendre l’idée de la maire PS de Paris, Anne Hidalgo. Corollaire de l’écologisation des programmes, la figure du maire bâtisseur est en berne. Mathieu Klein, qui a fait basculer Nancy à gauche avec le PC et les écologistes, annonce « arrêter la bétonisation de la ville » et prendre « le virage de la transition écologique ». Pierre Hurmic, le nouveau maire écologiste de Bordeaux, a lui aussi l’intention de geler les programmes immobiliers et de lutter contre la minéralisation de la ville.

 

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Démocratie participative et sécurité ne sont plus des gros mots

La démocratie participative est aussi l’un des sujets prisés des maires 2020. Les budgets participatifs ont intégré quantité de programmes. Inspirés par la convention citoyenne du climat, les édiles les plus audacieux vont plus loin, à l’instar d’Agnès Vignot, maire EELV à Besançon, qui entend mettre en place une « assemblée citoyenne permanente concernant les grands chantiers et les politiques de la ville et de la communauté urbaine ».

 

La proposition de la vidéosurveillance s’est banalisée

 

La sécurité est un thème dont se préoccupent à présent tous les maires, relève également Rémi Lefebvre. La proposition de la vidéosurveillance s’est banalisée.

« Il y avait encore chez les candidats de gauche une espèce de répugnance qui semble tomber » commente le politologue. À Villeurbanne, le nouveau maire PS Cédric Van Styvendael, qui s’est rallié aux écologistes au deuxième tour, propose pour sa part de s’attaquer au problème sécuritaire en augmentant les effectifs de plus de 50 %, en maintenant la vidéosurveillance, et avec l’installation de deux postes de police supplémentaires.

Les écologistes n’éludent pas le sujet, mais s’opposent à l’armement des policiers municipaux, redoutant le glissement des fonctions de sécurité des biens et des personnes de la police nationale, vers la police municipale.

 

Les maires 2020 ont très peu tenu compte de l’intercommunalité

 

Des maires focalisés sur leur commune

Les maires 2020 sont toujours très centrés sur leur commune, et ils ont très peu tenu compte de l’intercommunalité. Alors qu’en 2014 le nouveau mode de désignation du fléchage des conseillers communautaires avait permis de mettre en lumière un tant soit peu les compétences intercommunales grandissantes, le soufflet est bien retombé. « C’est un peu paradoxal, s’étonne Rémi Lefebvre, on aurait pu penser que l’écologisation entraîne au contraire une approche intercommunale car beaucoup de nombres sujets se règlent à cette échelle : les transports, services publics, développement économique… ».

 

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Des maires qui délaissent l’emploi ?

Contre toute attente, l’emploi ne semble plus au cœur des préoccupations des maires, ou alors de manière indirecte. Et ce sont désormais les maires des villes moyennes frappées par la vacance commerciale qui se soucient d’attractivité.

À Auxerre, le nouveau premier magistrat de la ville, le LR Crescent Marault, a fait basculer la commune à droite après 19 ans de règne PS. Son obsession ? Enrayer le déclin de la ville, en tirant profit de la proximité de Paris. Il soutient pour ce faire une liaison ferroviaire avec la capitale. Et s’il veut « extraire les voitures du centre-ville », c’est pour « mener une vraie politique touristique » confie-t-il au journal L’Yonne Républicaine.

 

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