NOUVEAU PARADIGME

 

Editorial : urgence pour nos quartiers !

27/11/2020 | par Nicolas Braemer | Actualités

vue aérienne d'immeubles dans le Val d'Oise au nord de Paris ©AdobeStock

Les quartiers populaires paient le prix fort de la crise sanitaire. Au lieu de faire comme toujours, débloquer des sommes en urgence sans réellement résoudre les problèmes, il serait temps de changer de méthode. Ça tombe bien, cent maires viennent d’écrire au président pour lui faire des propositions.

Les habitantes et habitants des quartiers (à un moment, il faut aussi parler de celles et ceux qui y vivent et y souffrent, pas seulement de cette désincarnation des « quartiers », « zone », « banlieues »…) ont souffert infiniment plus que d’autres de la pandémie. Car habiter les « quartiers », c’est souvent mal habiter, dans des logements trop petits, délabrés, mal isolés, loin de tout, sans confort…

 

Une armée silencieuse et presque invisible

Elles et ils ont constitué une grande partie de cette armée silencieuse et presque invisible qui est allée travailler, mal protégée, dans des boulots mal payés mais qui a fait tourner l’économie de ce pays pendant le premier confinement. Elles et ils se sont retrouvés davantage au chômage, davantage sans revenus, davantage victimes de la grave dépression économique et sociale qu’engendre cette interminable crise sanitaire. La surmortalité a été chez elles et chez eux, plus élevée.

 

Ils ont constitué une grande partie de cette armée silencieuse et presque invisible qui a fait tourner l’économie de ce pays pendant le premier confinement

 

On pourra dérouler à l’envie les domaines dans lesquels les plus pauvres ont payé plus cher durant cette année 2020. Patrick Jarry, le maire de Nanterre, décrivait récemment les conséquences de la crise dans sa ville : un chômage des jeunes en hausse de 21 % en 2020 des offres d’emploi qui ont chuté de 36 % une aide alimentaire hivernale désormais nécessaire toute l’année à plus d’un millier de familles, l’arrêt quasi-total des activités culturelles et sportives…

Les quartiers populaires sont dévastés et il faut que plus d’une centaine de maires écrivent une tribune pour demander des mesures spécifiques pour leur population pour que l’État réagisse et promette de leur consacrer 1 milliard d’euros (1 % du plan de relance). Là où il aurait été naturel qu’on élabore toutes nos politiques publiques de crise en fonction des besoins des habitants.

 

Les quartiers subissent encore

Décidément, la France a du mal avec ses quartiers populaires. Et reconnaissons que ce gouvernement n’est pas le premier à entretenir cette situation. Nous pourrions voir la formidable énergie qui vit dans ces quartiers, les immenses besoins mais aussi les immenses forces de leur population, y trouver les ressources pour alimenter une vraie intégration républicaine, les mettre au cœur, comme bénéficiaires et comme acteurs, d’un grand projet national de transition climatique et social… Mais non, comme toujours, ils restent de côté et subissent encore.

 

Il y a peut-être là une nouvelle manière de voir les choses, « orientée » résultats, qui ne se préoccupe que du changement qui opère réellement, et pas des programmes ou des sigles

 

Pourtant, dans leur tribune, les maires proposaient un paradigme nouveau à l’appui du « changement de méthode » qu’ils réclament. Parmi leurs propositions concrètes figurait la création d’un conseil national des solutions, composé « d’élus, d’associatifs, de fonctionnaires, d’entrepreneurs et d’universitaires bénévoles » et dont la vocation serait « d’identifier, promouvoir et évaluer les solutions qui marchent sur le terrain ».

Il y a peut-être là une nouvelle manière de voir les choses, « orientée » résultats, qui ne se préoccupe que du changement qui opère réellement, et pas des programmes ou des sigles. Ce nouveau pragmatisme est absolument nécessaire en matière climatique, tant nous ne pouvons plus nous payer de mots, tant tout ce qui n’est pas fait sera payé « cash ». Il est temps désormais d’appliquer ce paradigme à nos quartiers. Et nous ferons alors vivre la conviction que l’urgence sociale et l’urgence climatique ne font qu’une.

 

 

 

 

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