MILLIARDS

 

Ranimer des quartiers en réa

24/02/2021 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

Doctors give resuscitation to a male patient in the emergency room. Cardiac massage ©AdobeStock

Après des années d’indifférence, le gouvernement a annoncé des mesures pour les quartiers en politique de la ville. Mais les milliards débloqués suffiront-ils à changer la donne ?

Il suffisait donc d’attendre. Le 29 janvier, pour la première fois du quinquennat, le gouvernement s’est réuni en Conseil interministériel des villes (CIV), à Grigny, dans l’Essonne. L’occasion d’annoncer le déblocage de 2,3 milliards et de nouvelles mesures, venant s’ajouter au milliard d’euros déjà promis pour les quartiers prioritaires dans le cadre du plan de relance. Le Premier ministre, Jean Castex, a précisé à l’occasion que la politique de la ville serait « le chantier prioritaire de la fin du quinquennat ». Éléments de langage qui auront du mal à emporter l’adhésion (mais d’autres s’y sont cassé les dents avant lui), tant la politique de la ville a du mal à se faire une place dans le paysage des politiques publiques.

 

Les acteurs associatifs sont sur les rotules, les maires colmatent les brèches. Les quartiers prioritaires sont en réa

 

Dérogatoire en son essence, créée pour corriger les dysfonctionnements du droit commun, la politique de la ville n’a jamais vraiment trouvé sa légitimité institutionnelle. Certains maires, confrontés à des situations sociales dures, se consolent en se disant, à juste titre, que sans elle, la situation serait sans doute bien pire. Et il est vrai qu’en matière d’éducation, de politique de peuplement, d’attractivité des quartiers, de légères améliorations se détachent dans les analyses les plus sérieuses. Mais cette satisfaction manque à l’évidence d’épaisseur : les acteurs associatifs sont sur les rotules, les maires colmatent les brèches. Les quartiers prioritaires sont en réa.

 

Nouvelles « nouvelles mesures »

Lors du CIV, Jean Castex a annoncé que les 2,3 milliards d’euros débloqués seraient destinés à la mise en œuvre de nouvelles mesures « concrètes, financées et applicables de suite », visant à améliorer le quotidien des habitants. L’État s’est calé avec les autres financeurs de l’Anru pour apporter à l’agence 2 milliards supplémentaires (200 millions de l’État, 368 millions des bailleurs sociaux et 1,4 milliard d’Action Logement). Le renforcement du NPNRU, souhaité par les élus de Ville et Banlieue, va permettre de lancer de grosses opérations à Marseille ou en Ile-de-France.

 

Les préfets sont appelés à la fermeté vis-à-vis des communes qui ne respectent pas la loi SRU

 

En matière de logement, les préfets sont appelés à la vigilance pour qu’aucun agrément de logement très social ne soit plus donné dans les communes dépassant 40 % d’habitat social. Par ailleurs, ils sont appelés à la fermeté vis-à-vis des communes qui ne respectent pas la loi SRU. Il s’agissait d’une demande forte du groupe de travail « logement et cadre de vie » du CNV (Centre national des villes), ainsi exprimée : « Éviter de concentrer les demandeurs de logement social les plus fragiles dans les quartiers politiques de la ville ». Autres mesures : la création, dès 2021, de 46 nouvelles cités éducatives, qui s’ajouteront aux 80 existantes ; les vacances apprenantes et autres Quartiers d’été, qui ont concerné un million de jeunes, sont reconduits lors des prochains congés.

 

Rien n’est pire qu’une politique de la ville institutionnalisée

En matière d’emploi et insertion, l’État a décidé de renforcer les moyens des 66 agences Pôle Emploi de France ayant le plus de demandeurs d’emploi résidant en QPV : 500 nouveaux conseillers (30 M€) seront recrutés en 2021, pour diminuer le nombre de chômeurs en allant vers eux afin de mieux identifier les obstacles qui sont les leurs. Pour les Cités de l’emploi, 36 nouvelles labellisations sont annoncées en 2021, s’ajoutant aux 24 expérimentées depuis 2020. Le gouvernement compte atteindre 200 Cités de l’emploi en avril 2022. Il va aussi fédérer celles de l’Ile-de-France en une « Cité des JO » afin de faciliter l’accès des habitants des quartiers aux postes créés pour la préparation de cet événement.

 

La politique de la ville est un lab’, un endroit où l’absence de normalité impose de courageuses décisions politiques

 

D’autres mesures complètent ce nouveau plan d’aide. Une petite giclée d’optimisme dans des quartiers où le chômage structurel est si fortement ancré qu’atteindre l’objectif du retour à l’emploi pour certains d’entre eux serait déjà une immense satisfaction. Dispersée, construite sous la dictée des évènements, la politique de la ville s’est institutionnalisée alors qu’elle a été conçue pour être le poil à gratter de décideurs publics qui la regardent de haut.

Comment en est-on arrivé là ? Par manque de foi républicaine, tout simplement… Parce que la politique de la ville est un lab’, comme on dit aujourd’hui. Un endroit où l’absence de normalité impose de courageuses décisions politiques que ni la gauche, ni la droite n’ont su prendre et où le sentiment de délaissement atteint désormais des sommets.

 

 

 

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