PAS D’AFFOLEMENT

 

La Cour des Comptes suggère de repartir des quartiers

26/02/2021 | par Stéphane Menu | Actualités

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Les rapports sur la politique de la ville se suivent et se ressemblent. Le dernier en date de la Cour des Comptes (2 décembre 2020), sacrément documenté, fait cependant entendre une petite musique différente, en identifiant une possible réponse plus efficace à l’échelle du quartier. En ces temps de différenciation territoriale, l’idée est à creuser.

Sans surprise, le dernier rapport de la Cour des Comptes constate l’échec de la politique de la ville à rendre les quartiers prioritaires plus attractifs. Pendant deux ans, les magistrats financiers ont mobilisé 25 personnes, mené des centaines d’auditions et produit des « cahiers territoriaux » portant sur huit quartiers populaires répartis dans quatre régions de France métropolitaine (Hauts-de-France, Ile-de-France, Auvergne Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur). L’objectif visait à mesurer l’impact des politiques publiques au cours de la période 2008-2018 sur l’attractivité desdits quartiers à travers trois secteurs clés : le logement, l’éducation et l’activité économique.

 

L’introuvable « politique du peuplement »

« En dépit des moyens financiers et humains déployés, cette attractivité a peu progressé en dix ans », assurent les magistrats. Pis encore, en matière d’activité, c’est d’un recul dont il s’agit. Les emplois francs peinent ainsi à trouver preneurs, les activités illicites se portent à merveille. Cette paupérisation grandissante serait en partie liée aux défaillances de la « politique du peuplement ».

 

L’image des quartiers, ternie par l’insécurité, réelle ou supposée, entrave aussi les efforts accomplis sur le terrain

 

Les familles les moins défavorisées quittent le quartier, remplacées par d’autres plus précaires ; un cercle vicieux qui barre le chemin à la mixité sociale. L’image des quartiers, ternie par l’insécurité, réelle ou supposée, entrave aussi les efforts accomplis sur le terrain. Parfois même, comme aux Minguettes, à Vénissieux, les opérations de rénovation urbaine, qui ont positivement impacté sur la vie des habitants, ne transforment en rien « l’image extérieure des quartiers ».

 

TÉMOIGNAGE
« On ne sait pas évaluer dans ce pays »
« La politique de la ville est d’autant plus un échec qu’il n’est pas dans l’ADN des décideurs publics dans ce pays d’opter pour des évaluations et surtout de réorienter les dispositifs quand ceux-ci s’avèrent inefficaces. Par ailleurs, je travaille beaucoup sur les discriminations au sens large. Il s’avère que ces dernières participent aussi de cette fracture que subissent les habitants des quartiers prioritaires. Toutes les campagnes de testing réalisées en France, dans les domaines de l’emploi, du logement ou encore des loisirs mettent en évidence la surexposition des musulmans de France aux discriminations. C’est une difficulté de plus qui pèse sur l’attractivité des quartiers populaires ».

Yannick L’Horty, professeur à l’Université Paris-Est Marne-La-Vallée

 

Vision ascendante

En matière d’éducation, malgré une amélioration sur les dix dernières années, les élèves enregistrent toujours des résultats scolaires inférieurs à la moyenne de leur académie. Les 1 514 quartiers désignés comme quartiers prioritaires de la politique de la ville, situés dans 859 communes, se collettent toujours aux mêmes difficultés pour endiguer le chômage et la pauvreté.

 

Le rapport souligne une « vision nationale prescriptive, assortie d’objectifs nombreux et imprécis »

 

Les magistrats financiers évaluent à 10 milliards d’euros l’effort de l’État, somme à laquelle s’ajoutent les dépenses de la rénovation urbaine et les aides des collectivités territoriales. Ils fustigent l’empilement des dispositifs et un manque de cohérence entre les actions de l’État et des collectivités. Le rapport souligne une « vision nationale prescriptive, assortie d’objectifs nombreux et imprécis » et propose de changer de méthode en pensant les projets à l’échelle du quartier et non de la commune, du département ou de l’agglomération, en fixant des objectifs clairs et rapidement identifiables par les habitants. Une excellente idée à creuser, face au rejet de tout ce qui a déjà été mis en œuvre.

 

TÉMOIGNAGE
« Un taux de chômage 2,7 fois supérieur »
« En 2019, et pour la cinquième année consécutive, le taux de chômage des personnes en âge de travailler (de 15 à 64 ans) a diminué dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville métropolitains (QPV) : il était de 22,5 % en 2019 contre 26,7 % en 2014 (Source : Enquêtes emploi de l’Insee). Toutefois, en dépit de la diminution du taux de chômage, la situation de l’emploi dans les quartiers reste toujours très dégradée par rapport à celle des autres quartiers des unités urbaines englobantes. Dans les QPV, en 2019, le taux de chômage était 2,7 fois supérieur à celui des autres quartiers des agglomérations englobantes (8,4 %). En QPV, comme sur l’ensemble du territoire, la crise liée à l’épidémie du Covid-19 stoppe la bonne dynamique de l’emploi. »

Jean-François Cordet, président de l’Observatoire national de la Politique de la ville

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