ÉTAPE DÉCISIVE

 

L’État double la mise sur la rénovation des copropriétés dégradées

28/04/2021 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

Old vintage lift at abandoned hotel lobby ©AdobeStock

Le budget consacré à la réhabilitation des copropriétés dégradées va doubler en 2021, ont récemment annoncé Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du Logement, et l’Agence nationale de l’habitat. Depuis 2018, 51 987 logements situés en copropriétés ont été rénovés ou sont sur le point de l’être.

Le 12 janvier dernier, Emmanuelle Wargon s’est réjouie du bilan du Plan initiative copropriétés, lancé en 2018 à Marseille : « J’ai constaté sur le terrain que des actions très concrètes pour aider ces copropriétés ont été lancées grâce à la mobilisation de nos partenaires et aux collectivités ». La ministre a tenu une réunion avec l’Agence nationale de l’habitat (Anah) puis annoncé dans la foulée qu’en 2021, le budget pour la rénovation des copropriétés dégradées va doubler pour atteindre 202 millions d’euros, dont 24,7 millions d’euros prévus par le plan de relance économique du gouvernement.

 

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Appel à la mobilisation collective sur les conditions d’habitat

Depuis le 1er janvier 2021, MaPrimeRénov’ englobe également les copropriétés pour mener à bien des travaux visant à réduire la consommation d’énergie dans les parties communes. 3.000 euros peuvent ainsi être accordés aux copropriétés dégradées, ou se situant dans un quartier en renouvellement urbain (NPNRU), soit 480 copropriétés où vivent 2 millions d’habitants. Dans le même communiqué, la ministre a précisé qu’elle entendait œuvrer à l’amélioration du « financement des restes à charge des copropriétaires ».

 

« La période que nous traversons appelle à la vigilance sur les conditions d’habitat »

 

Pour ce faire, Emmanuelle Wargon planche sur la création d’un observatoire des impayés de charges, où les collectivités locales seront impliquées. Le gouvernement entend par ailleurs mieux former les acteurs des copropriétés, afin qu’ils soient mieux à même d’anticiper les risques. « La période que nous traversons appelle à la vigilance sur les conditions d’habitat et sur la capacité à mobiliser les copropriétaires. C’est grâce à cette mobilisation collective en appui aux territoires que nous résoudrons les situations trop longtemps bloquées », affirme Emmanuelle Wargon.

 

Le Réseau des acteurs de la pauvreté et de la précarité énergétique dans le logement, utile rappel des professionnels

« C’est un réseau dont la force se situe dans sa structuration informelle », indique Marie Moisan, responsable de projets précarité énergétique au CLER (réseau pour la transition énergétique) et porte-voix (avec Claire Bally, salariée de Solibri, association spécialisée sur les questions sociales liées à l’énergie) de Rappel (Réseau des acteurs de la pauvreté et de la précarité énergétique dans le logement). Ce dernier réunit les acteurs d’horizons divers engagés dans la lutte contre la précarité énergétique dans le logement et donc l’objectif est d’apporter des solutions préventives et curatives durables aux ménages qui y sont confrontés. Créé par le CLER et l’association BCE en 2007, sous l’impulsion de l’Ademe, Rappel permet à ses mille adhérents de partager l’information disponible, de mutualiser les diverses expériences menées dans les territoires, et de diffuser les bonnes pratiques à l’échelle nationale (services locaux d’intervention pour la maîtrise de l’énergie, animation de fonds sociaux d’aide aux travaux de maîtrise de l’énergie, actions locales d’amélioration énergétique des logements des personnes défavorisées, opérations de sensibilisation ou de formation).

Diversité des points de vue
« L’objectif de Rappel est de mêler les points de vue, publics et privés. Entre les travailleurs sociaux et les entreprises qui interviennent pour effectuer les travaux, entre les agents publics et les représentants des fédérations professionnelles, les intérêts peuvent parfois être divergents. L’objectif n’est donc pas de prendre une position politique mais de faire en sorte que la diversité des intervenants trouve un endroit où se parler, sans arrière-pensée », précise Marie Moisan. Le profil des mille adhérents est « assez varié ». Chercheurs, entrepreneurs, agents, correspondants solidarité d’Engie ou d’EDF, etc. Ils échangent ensemble sur une plateforme et répondent aux questions posées à partir de leur expérience. « Pendant le premier confinement, nous avons mis en place un groupe de travail thématique dédié. Ça répond au fait que la précarité énergétique est à la connexion de nombreux domaines », conclut Marie Moisan.

Pour en savoir plus : www.precarite-energie.org/

 

De la passoire thermique au bâtiment basse consommation !

La tour des Aubépins, à Chalon-sur-Saône, a fait peau neuve, après quinze mois de travaux qui se sont achevés en octobre 2020. Désormais, cette ancienne passoire thermique relève des critères d’un bâtiment basse consommation (BBC). Un saut qualitatif énorme, avec, de plus, des économies d’énergie pour les habitants et des émissions de gaz à effet de serre en moins dans l’atmosphère. Pour y parvenir, il a fallu trouver la bonne équation financière : sur les 1,29 million d’euros de travaux, les partenaires engagés – région, département, le Grand Chalon, ville, Agence nationale de l’habitat (Anah)… – ont mobilisé 635 000 euros. Le reste, soit la moitié, a été pris en charge par les habitants.

 

Agir sur les copropriétés n’est pas suffisant et l’agglo entend aussi intervenir sur les logements vacants

 

Quatre autres copropriétés du Grand Chalon font partie de ce programme d’intérêt général (PIG), initié par l’interco en 2016 et validé par l’État. Soit deux cents appartements concernés. Quatorze copropriétés ont candidaté à l’appel à projets, cinq ont été retenues, essentiellement sur le critère du nombre d’habitants en situation de précarité énergétique. La crise sanitaire a repoussé le calendrier. Agir sur les copropriétés n’est pas suffisant et l’agglo entend aussi intervenir sur les logements vacants (2 000 recensés sur le territoire, dont la moitié sur la seule ville-centre), que la rénovation énergétique permettra de nouveau d’occuper.

 

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Au Val-Fourré, Neptune va se refaire une beauté

D’autres chantiers emblématiques sont sur le point d’être lancés. La copropriété Neptune (R + 17), dans le quartier du Val Fourré à Mantes-la-Jolie (Yvelines), érigée en 1971 et confrontée au vieillissement de sa structure, bénéficie depuis 2015 d’un plan de sauvegarde pour limiter les difficultés dont la lutte contre les marchands de sommeil. « Cette dynamique de soutien franchit une étape décisive avec le démarrage d’un programme de travaux ambitieux inscrit dans un contrat de performance énergétique (CPE) en février 2021 », indiquent la ville de Mantes-la-Jolie et l’établissement public foncier d’Ile-de-France (EPFIF).

Les travaux de rénovation de la tour Neptune comprenant 72 logements sont prévus sur quinze mois (trois mois de préparation, douze mois de chantier). Ils débuteront en avril 2021 pour une livraison en avril 2022. Le montant total des travaux est estimé à 3,3 M. d’euros TTC, subventionné à 98 % par les partenaires publics (28 % par la région Ile-de-France, 61 % par l’Anah, 5 % par la CU Grand Paris Seine et Oise et 4 % par la prime « Habiter mieux »). La part des travaux incombant aux copropriétaires est de l’ordre de 2 % avec un reste à charge prévisionnel de 50 000 euros (moins de 700 euros par logement). « Ces travaux s’inscrivent dans le cadre de l’opération de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national (Orcod-IN) de Mantes-la-Jolie, créée en 2020 et dont la coordination a été confiée à l’EPFIF, la 3e pilotée par l’établissement », assure Gilles Bouvelot, directeur général de l’EPF.

 

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