INTERVIEW

 

Thierry Falconnet : « Le Gouvernement doit créer un climat de confiance avec les maires » –

07/05/2021 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

Photo Falconnet copie ©DR

Thierry Falconnet est un maire raisonnable et n’entend pas s’éparpiller tous les matins sur les réseaux sociaux pour casser du ministre ou du préfet. « Je suis convaincu que le Gouvernement fait ce qu’il peut dans cette crise sanitaire ». Il en appelle juste à un dialogue plus nourri avec l’État, dépassant le formalisme, ayant le sentiment d’être consulté sans être écouté.

À 56 ans, Thierry Falconnet est maire de Chenôve depuis 2015, et président de Ville et Banlieue. Membre du Parti socialiste, il est par ailleurs vice-président de Dijon Métropole en charge du renouvellement urbain, des transports et des mobilités.

Les communes estampillées « politique de la ville » sont plus particulièrement exposées à la crise sanitaire. Comment vivez-vous cette situation sur le terrain ?

Très vite, je me suis aperçu, comme mes collègues, qu’au-delà de la crise sanitaire, la crise économique et sociale serait plus rudement ressentie chez nous. Le premier confinement a été un amplificateur des inégalités que nous connaissons déjà. Le plan de continuité pédagogique a été difficile à mettre en place, du simple fait que nos familles ne disposent pas toutes d’ordinateurs et d’abonnements à un opérateur. Une centaine de familles n’avaient pas de tablettes pour les devoirs, nous avons trouvé une solution. Mais c’est une mesure palliative. Nous avons décidé, dans la foulée, de lancer un vaste plan d’équipement numérique, permettant à chaque enfant entrant en CM1 de disposer d’un ordinateur portable avec une formation dispensée aux familles et à l’élève.

 

« Avec 2 milliards d’euros supplémentaires, la rénovation urbaine doit repartir de l’avant »

 

Cette discontinuité, elle se traduisait ailleurs, par exemple le fait de ne plus manger à l’école pour de nombreux enfants, à des tarifs très abordables, est très vite apparu comme une autre urgence à gérer. Nous avons été entendus par Julien Denormandie, alors ministre de la Ville, et Édouard Philippe, alors Premier ministre. Tous les deux ont acté la nécessité de débloquer une allocation spéciale versée aux familles les plus en difficulté, que l’on trouve généralement dans les 1 514 QPV (quartiers prioritaires de la ville) où vivent près de 6 millions de nos compatriotes. À Chenôve, nous avons doublé cette aide d’État d’une aide municipale. Nous avons soutenu les Restos du Cœur et le Secours Populaire financièrement, la demande d’aide alimentaire ayant explosé de 70 % chez nous.

 

Cette vulnérabilité des quartiers vous a-t-elle surpris ?

Cela confirme l’appréciation que nous en faisons, avec les autres maires de Ville et Banlieue. Ces quartiers connaissent des difficultés structurelles que des événements aussi graves que cette crise sanitaire mettent un peu plus en lumière. Ils sont toujours sur un fil. C’est pour cette raison que nous avons lancé, le 14 novembre dernier, cet appel des 200 maires au Président de la République sur le risque d’un décrochage républicain de nos quartiers. Cette mobilisation a débouché sur le Conseil interministériel des villes, le 29 janvier à Grigny, le premier depuis 2016 !

 

« Plus tard, nous aurons l’occasion de tirer les enseignements collectivement de ce qui a dysfonctionné »

 

Ce qui a permis de flécher 3,3 milliards d’euros sur les 100 milliards d’euros du plan de relance vers nos quartiers. On s’en réjouit même si ce n’est pas suffisant au regard des besoins. Avec 2 milliards d’euros supplémentaires, la rénovation urbaine doit repartir de l’avant. Car l’urgence est là : la montée de la pauvreté, une jeunesse sacrifiée, la difficulté à mener à bien la prévention de la délinquance, la lutte contre les stupéfiants, etc. Cet ensemble forme un cocktail détonnant.

 

Pensez-vous que le Gouvernement a été à la hauteur de cette crise ?

Je n’appartiens pas à la catégorie des élus qui tombent à bras raccourcis sur le Gouvernement, les préfets, etc. Dans cette crise, tout le monde a été pris de court. Je suis convaincu que le Gouvernement cherche à faire le maximum pour en sortir au plus vite. Je salue plus particulièrement les mesures concernant le chômage partiel, pour permettre aux entreprises de tenir. Cependant, j’ai un regret : les associations d’élus sont souvent consultées sans pour autant que leurs propositions soient suffisamment prises en compte.

 

« Le gouvernement doit pouvoir créer un climat de confiance avec les maires »

 

 Sur la fermeture des écoles et le fait qu’elles le soient toutes en même temps sur le territoire pendant les vacances, nous applaudissons la décision du Gouvernement mais nous n’avons eu de cesse de le répéter depuis le début de cette crise qu’il fallait mettre tous les élèves en vacances en même temps ! Le temps de l’évaluation viendra plus tard, nous aurons l’occasion de tirer les enseignements collectivement de ce qui a dysfonctionné.

Face à cette gestion verticale, les maires s’organisent-ils à leur manière dans les communes ?

Nous ne sommes pas irresponsables. Nous respectons la loi. Mais, dans nos communes, nous devons occuper les jeunes. Quand on apprend que les équipements seront fermés, nous savons que nous devrons organiser des activités en plein air, ne serait-ce que pour garder le contact avec ces jeunes. Ce sont les injonctions contradictoires qui peuvent nous mettre en difficulté, le fait que tel ministre annonce une chose et qu’un autre le contredise le lendemain.

 

 

Chaque fois qu’un ministre entend ce que nous disons, les projets se mettent en place

 

Tout simplement parce que nous avons des dispositifs à mettre en place en face des décisions gouvernementales. La consultation des maires précipitée sur les élections départementales et régionales a été mal vécue. Le Gouvernement doit pouvoir créer un climat de confiance avec les maires. Et chaque fois qu’un ministre entend ce que nous disons, les projets se mettent en place. Pour les vacances apprenantes, une fois de plus, Julien Denormandie a su être à notre écoute.

 

Comment vivez-vous cette situation sur un plan personnel ?

Je suis le maire d’un territoire vulnérable. À Chenôve, 29 % des jeunes de moins de 10 ans sont identifiés comme présentant des signes de vulnérabilité. Nous parons au plus pressé. Avec des fonctionnaires territoriaux à la hauteur, très engagés, dont je suis fier du travail accompli. J’espère que les habitants ressentent la même chose que moi.

 

 

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