OH, CANADA !

 

Montréal bat la campagne pour refaire aimer la ville

21/05/2021 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

Montreal skyline with yacht in foreground in the Lachine Canal ©AdobeStock

La pandémie favorisera l’étalement urbain en France comme ailleurs. À Montréal, la mairie n’entend pas rester inactive face à l’exode urbain. En améliorant le cadre de vie, elle participe d’une certaine manière à la lutte contre l’étalement urbain.

La crise sanitaire n’est pas finie. Mais déjà, certains se projettent avec certitude sur le monde d’après. Notamment de grosses entreprises qui ont clairement indiqué à certains de leurs cadres : vous avez aimé le télétravail ? Vous pourrez continuer à l’aimer… Bref, un certain art de vivre se dessinerait : deux à trois jours à la maison, le reste au boulot, une gestion professionnelle à la carte…

 

Lire l’article précédent : Face au désastre de l’étalement urbain, des élus inquiets et frileux

 

Entre 2019 et 2020, l’île de Montréal a perdu un total de 36 000 habitants, contre 28 000 l’année précédente

 

Avec cet accord tacite, les salariés sautent sur l’occasion : acheter enfin une maison apaisante, dans un cadre verdoyant, bien vérifier que la connexion internet fonctionne et l’affaire est dans le sac. En France, le phénomène est encore difficilement mesurable. On note juste une envie toujours plus forte des Parisiens de quitter leur ville. Au Québec, les premiers effets sont quantifiables. Selon l’Institut de la statistique, entre 2019 et 2020, l’île de Montréal a perdu un total de 36 000 habitants, contre 28 000 l’année précédente.

 

TÉMOIGNAGE

« Fournir des éléments clairs aux aménageurs sur l’état des friches »

« Pour lutter contre l’étalement urbain, la réutilisation des friches urbaines peut offrir la possibilité de construire du logement, des bureaux ou des usines… sans étendre les zones constructibles. Les sites trop pollués peuvent être assainis pour l’installation d’industries mais non pour y accueillir des logements ou des écoles. Il y a plusieurs degrés de dépollution débouchant sur des usages fonciers différents. Par exemple, la phytoremédiation permet, en l’espace de cinq ans au minimum, de faire disparaître la pollution. Cinq ans, c’est long mais ça permet d’envisager, pour les élus, des implantations d’activités en respectant le principe de la non-artificialisation des sols. L’outil « cartofriche », créé par le ministère de la Transition écologique et le Cerema, va dans le sens d’un meilleur recensement des friches, que l’on fixe entre 4 000 et 10 000 en France, mais nous souhaitons que des mises à jour régulières soient organisées via un comité de suivi. Les collectivités auraient à faire figurer obligatoirement dans leurs documents d’urbanisme les friches inventoriées avec les informations utiles aux aménageurs potentiels. Notamment un « indice de mutabilité » des friches pour que les aménageurs aient une perception immédiate de la complexité du chantier à mener. Les aménageurs doivent disposer d’éléments clairs sur ces friches pour les utiliser ».

Stéphanie Kerbarh, députée LREM, auteur du rapport parlementaire sur la revalorisation des friches industrielles, commerciales et administratives, avec le député Damien Adam

 

Donner de la place aux vélos, aux transports publics, aux piétons…

Au terme de la pandémie, plusieurs entreprises ont acté le fait que leurs employés ne seraient pas obligés de venir au bureau tous les jours. La Société de transport de Montréal a passé le message à plus de 2 000 de ses employés administratifs ; ils pourront télétravailler si cela les enchante ! Un phénomène que les experts de l’immobilier de bureau observent de près : si plus de salariés restent à la maison, certaines entreprises envisageraient de réduire la taille de leurs bureaux.

 

« Si on remplace les déplacements quotidiens courts par de longs déplacements hebdomadaires, on ne réduira pas le bilan carbone »

 

Mais Montréal n’entend pas assister à cette désertification urbaine sans réagir. Jeanne Robin, aménagiste, spécialisée en développement urbain durable, directrice adjointe de Vivre en ville, a répondu à quelques questions du journal Métro pour aider la mairie à relever ce défi. Elle part d’une évidence : « Si on remplace les déplacements quotidiens courts par de longs déplacements hebdomadaires, on ne réduira pas le bilan carbone ». Elle invite à créer « des milieux de vie où on peut se déplacer sans prendre chaque jour sa voiture ». Et de prôner quelques mesures radicales, comme la suppression de places de stationnement pour les destiner à des trottoirs plus larges et aux déplacements à vélo. Elle invite la ville à mettre en place ce qu’elle appelle une stratégie Vision zéro, à savoir le fait que les rues deviennent plus sûres et donc plus praticables pour les vélos et les piétons.

 

Créer une ville plus vivable

Le verdissement de la qualité de vie des Montréalais est aussi un moyen avancé pour éviter l’exode urbain. Message reçu par la maire de Montréal, Valérie Plante, qui envisage de créer un grand parc dans les prochaines années. Par ailleurs, la ministre fédérale de l’Infrastructure et des Collectivités, Catherine McKenna, a annoncé l’octroi de 400 millions de dollars (canadiens) sur cinq ans pour aider les municipalités du pays à créer des aménagements destinés aux transports actifs.

 

La lutte contre l’étalement urbain passe aussi par la construction d’une ville nouvelle

 

Ce fonds servira notamment à financer l’aménagement de sentiers, de pistes cyclables et de passerelles pour piétons. Bref, Montréal passe le message aux autres métropoles du monde : la lutte contre l’étalement urbain passe aussi par la construction d’une ville nouvelle, plus humaine, moins stressante, plus sûre…

 

« Les villes mènent des actions concrètes »

L’Observatoire des villes vertes a souhaité interroger les collectivités sur leur niveau de prise en compte de l’enjeu d’artificialisation des sols. « Pour cette 9e vague d’enquête, dix-huit grandes villes françaises ont partagé leurs stratégies et meilleures pratiques en matière de lutte contre l’artificialisation des sols », indique l’Observatoire dans un communiqué. « Alors que les collectivités sont de plus en plus volontaires sur le sujet, et s’associent à une pluralité d’acteurs, elles semblent aussi privilégier des actions concrètes et visibles pour préserver la biodiversité (végétalisation de toitures, verdissement de cours d’école…). En revanche, ces efforts restent majoritairement concentrés sur le domaine public, et pourraient pâtir d’un ralentissement des investissements dans les infrastructures publiques dû à la crise », décrit l’étude. L’Observatoire a pris le pouls des collectivités sur le sujet fin 2020. « Seize villes interrogées sur dix-huit déclarent s’être emparées du sujet de la lutte contre l’artificialisation des sols. Cette dynamique se structure à l’échelle politique et locale : après une première impulsion des services espaces nature en ville et urbanisme, les édiles ont anticipé la volonté du Gouvernement et apportent leur contribution pour contrer les conséquences liées à l’artificialisation des sols ». À Amiens, un observatoire dédié à l’évaluation du développement urbain et donc aux taux d’artificialisation des sols est en passe d’être créé. Les collectivités veulent donner l’impulsion mais « n’avancent plus seules : elles intègrent désormais des acteurs privés (citoyens, bailleurs sociaux et promoteurs immobiliers) dans leurs réflexions et projets de renaturation urbaine. Ainsi, la ville de Nancy s’appuie sur ses citoyens en proposant un financement des travaux de leurs jardins à hauteur de 70 % si les espaces verts sont visibles depuis l’espace public, lorsque Grenoble propose jusqu’à 8 000 euros de subvention pour des travaux remplissant les mêmes critères ».

L’Unep – les entreprises du paysage – et Hortis, organisation rassemblant les responsables d’espaces nature en ville, ont décidé de s’associer pour créer l’Observatoire des villes vertes.

 

Lire la suite du dossier, l’interview de Jean-Philippe Strebler :  »Beaucoup de réserves foncières seront inutilisées »

Pas de commentaire

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Tous les champs sont obligatoires (votre adresse e-mail ne sera pas publiée)

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>