PISTES VERTES

 

À Grenoble : le changement (version écolo) : c’est maintenant

17/04/2014 | par Séverine Cattiaux | Actualités

grenoble ©Jörg Sancho Pernas

En réunissant 40,03 % des voix pour sa liste Écologistes-PG-Rassemblement citoyen, contre 27,45 % pour celle de Jérôme Safar, le dauphin de Michel Destot, ex-maire PS, Éric Piolle, nouveau maire écologiste de Grenoble est arrivé à la tête de la municipalité grâce à un véritable « Coup d’État citoyen ».

Éric Piolle Né en 1973, bascobéarnais d’origine, 4 enfants, diplômé de l’INPG Grenoble, cadre dirigeant chez HP, puis créateur d’une start-up, militant au Réseau éducation sans frontières depuis les années quatre-vingt-dix, cofondateur de Collectif Roosevelt 2012… Éric Piolle est pour la première fois élu au conseil régional en 2010, après avoir envoyé un CV et une lettre de motivation au parti EELV. Ce citoyen, presque comme les autres, a été élu maire de Grenoble vendredi 4 avril dernier.

 

C’est comment un maire écolo dans une ville de 150 000 habitants ?

 

C’est un maire qui vit au milieu des habitants, qui ne change pas son mode de vie… C’est-à-dire que par exemple, là, tandis que je vous parle, je suis à vélo pour arriver en mairie, le midi, je mange à la cantine du personnel… On ne change pas sa façon d’être parce qu’on est élu. C’est aussi une modernisation de la vie publique… Nous avons baissé de 25 % le niveau d’indemnités des élus, qui avaient été augmentées de 25 % en 2008. Il faut que le rythme de la vie de Monsieur et de Madame Tout le monde s’applique aux élus… Et puis surtout, être un maire écolo, c’est poursuivre l’objectif de tourner la ville vers une transition sociale et écologique. Cela passe par la recherche de solutions qui sont bonnes pour tout de suite, mais qui sont en cohérence avec notre objectif de long terme.

 

Certains nouveaux élus exercent un mandat pour la première fois… Une difficulté ou une chance ?

Je pense que c’est une chance ! Il n’y a pas de difficulté particulière à cela, ce sont des gens qui ont des formes d’intelligence très diverses,mais qui ont une valeur d’engagement, un sens de l’intérêt général… Ce qu’ils n’ont pas en expérience, ils l’ont en fraîcheur, et en clarté d’objectifs qu’ils veulent mener à bien, qu’ils veulent traduire en actes. Moi, j’ai une expérience assez similaire au conseil régional, puisque les deux tiers des élus écolo désignés en 2010 n’avaient jamais eu de mandat, et même plus d’un tiers n’avaient jamais eu d’engagement politique, comme moi d’ailleurs. Et nous avons pris les responsabilités avec efficacité.

 

 Être un maire écolo, c’est poursuivre l’objectif de tourner la ville vers une transition sociale et écologique. 

 Comment allez-vous revenir sur les projets engagés par la précédente municipalité ? N’y a-t-il pas des contraintes juridiques et financières ?

On va voir ! Nous n’avons pas de position dogmatique… Mais ce qui a coûté beaucoup d’argent au contribuable jusqu’à aujourd’hui, c’est la façon de faire de la municipalité sortante, avec des projets qui arrivaient tout ficelés et des bras de fer qui s’engageaient avec les habitants, qui faisaient perdre beaucoup de temps, voire des années, dans le cadre de l’Esplanade (N.D.L.R. le quartier de l’Esplanade, entrée ouest de Grenoble), qui faisaient reculer la municipalité étape après étape […] Avec la Rocade nord, il y a eu 10 ans d’études, 40 millions dépensés et, à la fin, un projet abandonné… Je pense que cette méthode du projet dicté, sans concertation dans les phases de diagnostic et de construction de projet, c’est ce qui fait perdre du temps, et de l’argent…

 

Comment comptez-vous concerter différemment les habitants ?

En procédant d’abord par un diagnostic avec les habitants, en recueillant toutes les informations, les données des uns et des autres, en ayant un débat contradictoire, suite à quoi, nous établirons ensemble différentes pistes. Puis les services se mettront en route pour élaborer ces différentes options, ensuite le temps du choix politique viendra. Nous avons aussi différentes pistes pour susciter la participation. Dans nos propositions, il y a le tirage au sort, ou de permettre à des personnes de participer, ne serait-ce que matériellement… Il y a aussi les personnes qui ne sont pas prêtes à faire des réunions le soir, mais à investir du temps, depuis chez eux, par le moyen numérique. Je pense aussi qu’à travers notre façon de faire, si on arrive à être assez ouvert, et si les gens le ressentent, cela générera de la participation.

 

 J’ai été frappé, durant cette campagne, de constater que des acteurs, de tous horizons, économiques culturels ou associatifs, ne se sentaient pas reconnus pour ce qu’ils amenaient à la ville.

 

Grenoble, sous l’influence de Michel Destot et Geneviève Fioraso, a été en pointe sur des nouvelles technologies… Quel est votre souhait concernant le développement de cette filière ?

Je conteste déjà le fait que Michel Destot ou Geneviève Fioraso aient porté ce modèle-là, c’est un modèle qui préexistait à Grenoble, lié aux grands équipements européens et nationaux. Que ce soit le CEA, ou l’accélérateur de particules, ça n’est ni Fioraso, ni Destot. Ne nous trompons pas… Ce qu’ils ont fait, eux, c’est donner une image monolithique de la ville, essentiellement centrée sur les hautes technologies. Je pense que c’est une erreur […] J’ai été frappé, durant cette campagne, de constater que des acteurs, de tous horizons, économiques culturels ou associatifs, ne se sentaient pas reconnus pour ce qu’ils amenaient à la ville. Ce sentiment, je crois, peut rendre stérile leur créativité potentielle. Bien sûr, nous sommes fiers des nouvelles technologies, elles font partie de l’identité de Grenoble, mais c’est très ancien et cela continuera. La question est : comment valoriser à Grenoble, l’ensemble des compétences et des talents ? Et ce sera cela, notre rôle.

 

Comment allez-vous travailler avec vos 3 000 agents ?

On ressent une certaine souffrance au travail dans cette municipalité, c’est ce qu’on nous disait avant, c’est ce qui ressort beaucoup des discussions que l’on a avec les gens. Aujourd’hui, un espoir est né. C’est à nous de le cultiver, de le faire vivre, de retisser la confiance, pas à pas, par des actes concrets. Et puis il y a aussi une certaine proximité à retrouver avec eux et une façon de faire… Nous avons organisé une assemblée générale du personnel, le 10 avril, qui s’est bien passée. Nous allons faire une conférence sociale dans les semaines qui arrivent, expérience qui vivra tout au long du mandat. J’ai commencé à faire le tour des bureaux et des sites, depuis que je suis élu. Certains me disent, que c’est la première fois que des élus viennent les voir…

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