JUST ANOTHER BRICK IN THE WALL... *

 

Même en milieu scolaire, le contrôle biométrique se banalise

31/07/2014 | par Amaury Brandalise | Actualités

Biometrie ©rolffimages - Fotolia.com

L'utilisation des contrôles biométriques n'est plus réservée au seul domaine de la sécurité nationale. Sans vagues et sans débats, elle est maintenant entrée dans notre quotidien et celui de nos enfants. De quoi inciter la CNIL à repréciser les règles en la matière...

Ces dernières années, les dispositifs de contrôle biométrique ont connu un développement sans précédent, notamment pour l’accès des élèves à la restauration scolaire des écoles, collèges et lycées. Ainsi, pour accéder au réfectoire, les enfants entrent un code personnel, puis posent leur main sur une borne-détecteur qui identifie son contour. De manière étonnante, cette évolution, fort contestable pour des raisons philosophiques et hygiéniques, s’est effectuée en l’absence presque totale de débat et dans des conditions ne respectant pas toujours l’esprit et la forme des règles fixées par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (1). Aussi, il nous semble indispensable de rappeler quelques principes de bon sens.

 

Principe n° 1 : une cantine scolaire n’est pas le Pentagone

La biométrie désigne les techniques permettant l’identification des personnes à partir de leurs caractéristiques physiques et biologiques (empreintes, morphologie, contours, etc.). Ces techniques de reconnaissance sont extrêmement intrusives, puisqu’elles s’appuient sur l’extraction, la conservation et l’utilisation d’une image corporelle et intime de l’être humain. Pour cette raison, elles sont habituellement utilisées dans des domaines étroitement circonscrits, touchant à la sécurité pour l’accès à des lieux stratégiques à vocation militaire ou économique, qui sont exposés à un risque de terrorisme ou d’espionnage.

L’usage de ces techniques est totalement disproportionné par rapport à leur finalité.

Quels sont les motifs de sécurité nationale pouvant être invoqués pour contrôler l’accès d’enfants à un restaurant scolaire, me demanderez-vous ? Aucun, car une cantine n’est ni le Pentagone, ni une centrale nucléaire. L’usage de ces techniques est donc totalement disproportionné par rapport à leur finalité, surtout si l’on considère qu’il existe d’autres techniques plus adaptées et d’usage courant, comme le badge, associé ou non à un code.

 

Principe n° 2 : un enfant n’est pas un code-barres

Bien des fois, les règles fixées en l’espèce par la CNIL sont méconnues et mal appliquées par les gestionnaires de restauration scolaire : qui est responsable du traitement des données ? Qui est le destinataire des données ? Où et comment sont stockées ces données ? Chers parents, qui vous efforcez de résister aux mésusages de Facebook et autres réseaux sociaux par votre progéniture, saviez-vous qu’une image de l’anatomie de votre enfant est peut-être hébergée à votre insu sur un serveur informatique à la sécurité douteuse ?

Chacun, en fonction du rôle qui est le sien, doit s’interroger sur la banalisation de ces techniques intrusives et déshumanisantes pour nos enfants, qui les réduisent au statut de « code-barres » vivant. Un enfant, adulte en devenir, doit-il être reconnu en fonction de son identité ou d’une partie de son corps ? Quel message délivre-t-on à ces enfants, à l’ère de la marchandisation des corps et du culte de l’apparence physique ? Que l’on se définit par une partie de son corps ? !

L’utilisation de la biométrie n’est pas un choix technique mais philosophique.

Il faut refuser cette logique, et privilégier au sein de l’école de la République l’usage du badge, plus responsabilisant, en incitant les enfants à ne pas le perdre et à en faire un bon usage. L’utilisation de la biométrie n’est pas un choix technique mais philosophique, qui sous-tend un modèle de société devant être débattu et arbitré par les acteurs concernés.

Le 23 octobre 2012, la CNIL est revenue sur l’Autorisation unique n° AU-007, en considérant au final « …comme disproportionnée l’utilisation de la biométrie aux fins de contrôles horaires des salariés ». Allez, Mesdames et Messieurs les membres de la CNIL, encore un effort ! Et veuillez bien considérer qu’un enfant est un être d’égale dignité à un adulte.

 * Pink Floyd, 1979.

Note

(01)Pour les cantines scolaires : autorisation AU-009, délibération n° 2006-103 du 27 avril 2006 de la CNIL portant autorisation unique de mise en œuvre de traitements automatisés de données à caractère personnel reposant sur l'utilisation d'un dispositif de reconnaissance du contour de la main et ayant pour finalité l'accès au restaurant scolaire. - Retourner au texte

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