60 millions, et après ?

La Rédaction

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Après la Belgique, et sur intervention du Président en personne, la presse française semble avoir trouvé un terrain d'entente avec Google. On échappe fort heureusement à une Lex Google telle qu'envisagée par Laurent Joffrin et Nathalie Collin mais on se dirige quand même tout droit vers l'application d'un mercurochrome à paillettes sur une jambe de bois vermoulue...

Ainsi donc Google abondera un fonds d'aide à la transition numérique pour la presse de 60 millions d'euros ; une paille pour cette société affichant un bénéfice net de près de 10 milliards de dollars en 2011 ! Moins d'1 % de ses bénéfices, versés en une seule fois pour financer "des projets de modernisation sélectionnés par un comité composé de personnalités qui restent à définir" (on a hâte !), rapporte Numerama, qui s'est procuré l'accord. Numerama précise en outre que seule la presse d'information politique et générale, pure players compris (petit cadeau du patron à Rue89 après l'avoir contraint à quitter le Spiil ?), pourra bénéficier de ces crédits. Des partenariats commerciaux sont également prévus (publicité, Google Play).

Doit-on se réjouir de l'ajout de substance à la perfusion fichée au bras moribond de la presse depuis des années ? Car il s'agit bien d'un ajout, le fonds Google ne venant pas se substituer aux aides gouvernementales existantes, comme l'a affirmé François Hollande en personne ! Les éditeurs de (vieille) presse, représentés lors des négociations par Nathalie Collin, semblent ravis de l'accord, dont le grand gagnant reste quand même Google...

Car si les éditeurs de presse ont tout au plus gagné un sursis et de quoi se faire mousser dans les dîners en ville sur le mode "nous avons fait plier Google", si l'Etat se félicite discrètement d'avoir flanqué une peur bleue à Google en brandissant la menace fiscale, c'est tout de même bien Google le patron. Que sont 60 millions d'euros au regard des milliards engrangés chaque année ? Non seulement Google a acheté pour une bouchée de pain le silence du fisc et de la presse, mais en plus il réussit - deuxième effet Kiss-Cool - à renforcer la dépendance de cette dernière au moteur de recherche.

Illustration : "L'arrestation du Christ" (connu également sous le nom de "Baiser de Judas"), Le Caravage [domaine public], via Wikimedia Commons

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