A la Villeneuve, l'horreur absolue

La Rédaction

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Les habitants de La Villeneuve, ancienne cité utopique des années 1970 à cheval entre Grenoble et Echirolles, confiaient dimanche leur sentiment d'abandon, face au désoeuvrement des jeunes et à leur violence, facteurs ayant conduit à la rixe mortelle de vendredi selon eux.

"Comment a-t-on pu en arriver là? Il y avait des signaux d'alerte que personne n'a voulu voir!" s'indigne un jeune homme qui, avec quelques amis trentenaires, discute à l'entrée d'un immeuble du secteur des Granges, dans le quartier populaire de La Villeneuve, à Echirolles, plus paisible que La Villeneuve côté Grenoble.

Lynchés

Kevin et Sofiane, des amis d'enfance âgés de 21 ans, ont grandi ici. Ils ont été lynchés, vendredi soir dans un parc du quartier, par un groupe d'une quinzaine de jeunes munis de manches de pioche, de marteau et de couteaux.

"Ce sont des jeunes qui vivent dans le désoeuvrement, l'oisiveté. La source du problème, on le sait, elle vient de La Villeneuve" grenobloise, quartier régulièrement soumis à des faits de violence, a avancé la mère de Kevin, Aurélie Noubissi, pédiatre.

Il y a deux ans, le quartier avait connu trois nuits de violents affrontements après la mort d'un jeune habitant, tué lors d'un échange de tirs avec la police dans la nuit du 16 au 17 juillet 2010, après qu'il avait braqué un casino. Ces heurts avaient été suivis du discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, promettant une "guerre nationale" contre les "voyous".

Des exemples pour les jeunes

"Kevin et Sofiane étaient des exemples pour les jeunes. Ils avaient réussi à échapper à la délinquance et à la drogue", saluent les amis des deux victimes, qui étaient étudiant en master d'économie et éducateur sportif.

A La Villeneuve, quartier structuré autour de barres d'immeubles, d'un centre commercial séparant les deux communes et de vastes parcs, seul un jeune de 16 à 24 ans sur deux est scolarisé, selon un rapport de l'Insee de mars 2011.

Un "mauvais regard" entre le petit frère de Kevin et un adolescent à la sortie du lycée avait conduit vendredi à une dispute, puis à un affrontement entre deux groupes.

Un des agresseurs n'aurait pas supporté d'avoir dû présenter ses excuses, conduisant à "l'expédition punitive", selon le procureur de Grenoble, Jean-Yves Coquillat.

Et la police ?

"Les jeunes ont traversé Villeneuve armés et personne n'a rien fait", tempête Romain, qui ne comprend pas "l'abandon" des lieux par la police.

"Cela fait des années que nous interpellons les pouvoirs publics sur les problèmes de délinquance dans ces quartiers", peste Claude Jacquier, directeur de l'Observatoire des discriminations et des territoires interculturels, et habitant de La Villeneuve côté Grenoble.

Le militant associatif rappelle l'agression gratuite dont avait été victime, en avril 2010, un étudiant à la sortie du tramway de Grenoble par des jeunes en rupture scolaire d'un autre quartier sensible. Il déplore "le manque d'effectifs de police" et "l'abandon totale des institutions".

"Ces jeunes qui posent problème ne communiquent pas. Ils ont une réflexion basique, sont dans l'immédiateté, ils veulent tout tout de suite", analyse M. Jacquier, ancien chercheur au CNRS.

"Ils sont sans activité toute la journée, ne font aucune activité physique, ne sont pas fatigués. Alors, dès qu'ils ont une occasion de se défouler, ils le font sans en mesurer les conséquences", poursuit-il, alors que le taux d'activité dans ces quartiers atteint difficilement les 60%, selon le même rapport de l'Insee.

"Clairement, les jeunes ne savent pas quoi faire de la journée. Ils ont perdu les codes de la vie en collectivité", raconte Nathalie Piccarreta, qui a grandi dans le secteur des Granges où s'est déroulé le drame.

"Le quartier s'est paupérisé. On est devant deux générations sacrifiées qui ont été abandonnées et n'ont aucun repère", souligne cette quadragénaire qui, comme les amis de Kevin et Sofiane, "espère que leur mort n'aura pas servi à rien".

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