À lire : "Augmenter les rémunérations, accroître la considération"

Julien Damon

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Conceptual image of gender inequality. A women and a men with income difference

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La crise Covid débouchera peut-être sur une nouvelle ère en matière de reconnaissance des activités essentielles. Rien n’est écrit. Mais les pressions sont fortes en faveur de rémunérations décentes et d’une considération plus élevée pour des professions auparavant décriées, aujourd’hui honorées.

Vieux thème que celui du juste salaire. Les théories visant à établir les fondements d’une juste rémunération puisent jusqu’à Saint Thomas d’Aquin. Plus concrètement, l’Organisation internationale du travail (OIT) et sa définition du travail décent, appuyée sur la Déclaration universelle des Droits de l’homme, devraient suffire. Le thème prête habituellement aux incantations. La période donne l’occasion de nouvelles réflexions et propositions.De nouveaux équilibres nécessaires

Le sociologue américain

Jake Rosenfeld l’affirme. Non, nous ne sommes pas vraiment payés selon ce que nous valons. Les mieux rémunérés, en se surestimant souvent, comme les moins bien payés, se sous-estimant parfois, se trompent. Notre expert ne verse pas dans l’habituelle richophobie. Il souligne simplement l’incontestable progression du travail mal rémunéré et déconsidéré. Avec des travailleurs qui ne peuvent plus joindre les deux bouts, sauf à exercer, par exemple dans le secteur des soins à domicile, bien au-delà du plein-temps moyen.

Le patronat, incarné par exemple par Elon Musk, préfère proposer des gadgets aux salariés que de discuter avec les syndicats

Jake Rosenfeld revient sur le cas des routiers qui, presque deux fois plus productifs aujourd’hui qu’ils ne l’étaient dans les années 1970, ont vu leurs salaires baisser significativement en termes réels. La pression concurrentielle et le déclin de la syndicalisation expliquent, en partie, cette dégradation. Celle-ci se retrouve dans d’autres secteurs, manufacturiers traditionnels ou numériques modernes. Le patronat, incarné par exemple par Elon Musk, préfère proposer des gadgets aux salariés que de discuter avec les syndicats. Les difficultés s’avèrent particulièrement sévères pour les actifs à faibles qualifications.

Alors que faire ?

Parmi ses observations originales, le sociologue rapporte que les Américains, à rebours de ce que l’on pense d’eux en France, sont réticents dès lors qu’il s’agit de parler de leurs revenus. Dans un univers où grilles de rémunération et conventions collectives n’ont pas la même importance qu’en France, et où le secret salarial est une affaire très importante, il plaide pour que les rémunérations soient publiques, au moins plus aisément accessibles. Une telle publicité pousserait à davantage d’équité.

Jake Rosenfeld soutient la nécessité d’un salaire minimum plus élevé, le rééquilibrage de la part des revenus versés aux dirigeants et le renforcement du rôle des syndicats

Plus classiquement, Jake Rosenfeld soutient la nécessité d’un salaire minimum plus élevé, le rééquilibrage de la part des revenus versés aux dirigeants et le renforcement du rôle des syndicats. Il ne décrit pas de façon détaillée les voies et moyens pour atteindre tout cela. Mais il met en avant la puissance du choc Covid sur la nécessaire reconsidération de ces sujets, de ces emplois et de ces personnes. Les activités « essentielles » (à périmètre toujours discutable) ont été célébrées.

Trop mal payés

Les constats à la Rosenfeld prennent plus de poids. De nombreux actifs sont bien trop mal payés et disposent de couvertures sociales inexistantes ou imparfaites alors qu’ils sont même salutaires : chauffeurs de camion donc, mais aussi aides ménagères, épiciers de quartiers, aux horaires étendus et aux rémunérations étri-quées. Toutes leurs tâches n’ont pas intrinsèquement à être sous-payées et sous-appréciées. Un monde où ils seraient mieux payés n’est pas un rêve. Dans le passé, beaucoup l’étaient. Certains le demeurent aujourd’hui. Tous devraient l’être à l’avenir. u

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