À lire : vers la déconsommation ?

Julien Damon

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À lire : vers la déconsommation ?

Du grand au petit - La croissance

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Dans bien des cénacles, il est de bon ton de critiquer la consommation. Pour demain peut se profiler une consommation dite responsable, puisant notamment dans les principes et réalisations de l’économie de fonctionnalité et de l’économie collaborative.

« La société de déconsommation », Cécile Désaunay, Alternatives, Gallimard, 2021, 120 pages.

Peut-on envisager à l’avenir que la consommation matérielle diminue radicalement en France et dans d’autres pays occidentaux ? Différentes tendances, déjà à l’œuvre aujourd’hui, pourraient se combiner et s’accentuer, pour faire entrer le pays dans une logique de déconsommation matérielle durable.

Directrice d’études à Futuribles et experte impliquée du dossier, Cécile Désaunay rassemble les données, recense les initiatives et les idées (étiquetage environnemental, TVA circulaire, pratiques anti-gaspi), et trace les perspectives. De tout ceci ressortent des équilibres compliqués, au cœur de la transition écologique, entre dénonciations et célébrations, discours publics et réalisations privées, libertés contrariées et bien-être collectif.

Si les Français ne consomment plus autant qu’auparavant, c’est aussi parce qu’ils se montrent de plus en plus critiques envers l’accumulation matérielle et ses conséquences sanitaires, climatiques et environnementales

Une crise inédite de la société de consommation

En France, la consommation se réduit ou au moins ralentit en raison du vieillissement de la population, de taux d’équipement très élevés, de contraintes financières, de crise Covid. Elle se limite aussi par l’extension de comportements volontaires cherchant davantage de sobriété.

Si les Français ne consomment plus autant qu’auparavant, note l’auteur, c’est aussi parce qu’ils se montrent de plus en plus critiques envers l’accumulation matérielle et ses conséquences sanitaires, climatiques et environnementales. Ces critiques ne sont, bien sûr, pas nouvelles. Elles étaient déjà prononcées dans les années 1960. Mais elles connaissent depuis quelques années une ampleur inédite. Elles se centrent désormais sur deux volets.

Le mythe de ressources naturelles infinies, exploitables sans conditions et sans contreparties, est aujourd’hui largement remis en cause

Consommation et bonheur enfin décorrélés ?

D’une part, le mythe de ressources naturelles infinies, exploitables sans conditions et sans contreparties, est aujourd’hui largement remis en cause par les tensions croissantes sur ces ressources, et par les externalités générées par leur exploitation.

D’autre part, des travaux mettent en avant depuis de nombreuses années l’idée qu’au-delà d’un certain niveau de confort, la hausse de la consommation matérielle ne permet plus d’accroître le bonheur. Au contraire, lorsque le toujours plus se transforme en obsession, il peut générer des troubles psychologiques comme l’anxiété ou le sentiment d’insécurité.

Enfin, et surtout, les consommateurs se montrent plus sceptiques envers les promesses de la société de consommation. Ils prennent en effet conscience des contreparties de la consommation matérielle à outrance : impacts environnementaux, coûts nécessaires au renouvellement fréquent des équipements, risques sanitaires liés aux produits consommés (pesticides, perturbateurs endocriniens).

Les pouvoirs publics commencent à se heurter aux impacts environnementaux et climatiques de cette consommation, mais aussi aux revendications des citoyens et des associations

Un modèle économique à repenser

Jusqu’à présent, la priorité des pouvoirs publics et des entreprises a été d’inciter les ménages à consommer toujours plus pour entretenir la croissance. Néanmoins, tout comme les consommateurs, ils commencent à se heurter aux impacts environnementaux et climatiques de cette consommation, mais aussi aux revendications des citoyens et des associations. Ce qui les pousse à évoluer progressivement afin de promouvoir une consommation plus responsable.

Cécile Désaunay souligne que les Français sont nombreux à souhaiter vivre demain dans une société où la consommation prendra moins de place. Ils sont également nombreux à penser qu’il faut revoir complètement notre modèle économique, et sortir du mythe de la croissance infinie.

Extraits

« Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent pas pour que ça ne se vende plus ! » (Coluche).

« Le vide de sens laissé par la fin de la société de consommation devra lui aussi être compensé par l’émergence de nouveaux récits, de nouveaux imaginaires, capables d’embarquer les individus et la société tout entière ».

« Quelle place accorder à la consommation demain pour qu’elle contribue à la fois au bien-être individuel et collectif ? Grande question ouverte par la perspective de la déconsommation. »

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