Accord de numérisation de la BnF : les justifications de Bruno Racine

La Rédaction

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Bruno Racine, président de la BnF, s'est exprimé dans les colonnes du Monde daté de samedi. Il répond aux accusations de privatisation du domaine public et d'expropriation du bien commun exprimées par de nombreux acteurs culturels, notamment issus des rangs de l'infodoc et déjà évoquées à plusieurs reprises dans cette newsletter. Rien de bien neuf dans cette tribune, qui reprend presque mot pour mot celle publiée une semaine plus tôt sur le seul site du Monde et non dans son édition papier.

En particulier, sa position ne bouge pas d'un iota quant à la notion d'expropriation, qui met en lumière sa profonde divergence de vue avec ses détracteurs : "on ne peut être exproprié que d'un bien existant, alors que le but de ces accords est justement de créer un bien nouveau (les collections numériques)". Quand on parle de contenus (les oeuvres), Bruno Racine répond contenant (le support). Nous assistons donc là à un beau dialogue de sourds sur ce point pourtant central du débat !

Il met surtout un point d'honneur à défendre les accords en utilisant l'imparable argument du "c'était ça ou rien du tout" : la BnF n'ayant pas les moyens financiers, techniques et humains d'agir seule, elle a dû s'entourer de partenaires privés compétents (et donc ne travaillant pas gratuitement). Peu importe qu'ils se payent sur la bête en encaissant les juteuses redevances prévues au cours de la période d'exclusivité de 10 ans - généreusement remisées pour les partenaires français précise Bruno Racine - payées par les bibliothèques... et donc par l'argent public qui aurait peut-être pu être investi directement dans la numérisation. Sa démonstration donne en tout point raison à Lionel Maurel, qui qualifiait déjà mi-janvier la privatisation du domaine public à la BnF de "symptôme d'un désarroi stratégique".

A lire également :

- Les accords de numérisation mis en place dans d'autres pays sont bien moins contraignants : "Numérisation à la BnF : comment la France est en train de se faire rouler...", Lionel Maurel, S.I.Lex

- Deux très bons articles résument très bien les enjeux de ces accords : "Numérisation polémique à la BnF", Eric Chaverou, sur le site de France Culture et "Quand la Bibliothèque nationale de France privatise le domaine public", Jean Pérès, Acrimed.

- Un Storify réalisé par Thomas Fourmeux, qui retrace l'affaire depuis juillet 2012 et le lièvre soulevé par ActuaLitté : "Copyfraud de la Bnf - Rétrospective sur le copyfraud perpétré par la BnF".

- La BnF ne communiquera ses accords qu'après avis de la Commission d'accès aux documents administratifs. Une information intéressante, malheureusement peu mise en valeur par le titre racoleur de l'article d'ActuaLitté ("Exclusif : la BnF égare les accords de partenariats et saisit la CADA") et ses commentaires qui virent à la querelle de personnes. Même s'il est évident que cette procédure a pour but de gagner du temps, elle reste toutefois parfaitement légale dans la mesure où ces accords comprennent vraisemblablement des informations couvertes par le secret industriel et commercial.

Photo : Rameur, Jérémy Couture (CC BY 2.0)

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