Accueil des mineurs migrants : les départements forcés d’innover

Marjolaine Koch

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Accueil des mineurs migrants : les départements forcés d’innover

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Fin janvier, l’Observatoire national de l’action sociale (ODAS) diffusait une synthèse de son travail portant sur la manière dont les départements innovent face à la hausse du nombre de mineurs étrangers. Cette population, distincte des jeunes mineurs habituellement accompagnés par ces collectivités, nécessite d’envisager leur accueil autrement, et avec des moyens qui s’amenuisent.

En 2015, le nombre de mineurs et de jeunes majeurs confiés aux services départementaux augmentait de 19 % par rapport à l’année précédente. En 2016, suite au démantèlement de la « jungle » de Calais, le mouvement s’accentuait encore : le nombre de « MNA », pour mineurs non accompagnés, a crû de 25 %. Il y a embouteillage aux portes des services départementaux de l’aide sociale à l’enfance.

Lire aussi : Les collectivités en première ligne pour accueillir les réfugiés

Des besoins nouveaux et spécifiques

Une fois évalués, les adolescents jugés mineurs sont pris en charge par les départements. Leur profil, très différent des mineurs accompagnés habituellement par le conseil départemental, les contraint à mettre en place d’autres méthodes de suivi. Ces enfants ont traversé des étapes douloureuses avant d’arriver sur le territoire : des guerres, des famines, des situations de crise… ils ont dû partir seuls et quitter leurs proches alors même qu’ils ne sont pas encore adultes. Aussi, alors que les mineurs habituellement recueillis par le conseil départemental sont des enfants en carence éducative ou affective, les mineurs migrants ont d’autres besoins. Le premier : mieux maîtriser la langue française. Ensuite, ils ont souvent des problèmes de santé à régler. Enfin, un accompagnement psychologique peut être nécessaire suite à leur parcours migratoire.

En 2016, suite au démantèlement de la « jungle » de Calais, le nombre de mineurs non accompagnés a crû de 25 %

Leur détermination à aller de l’avant n’est pas non plus la même : âgés, pour la plupart, de 16 à 18 ans, leur souhait est de gagner leur autonomie en suivant une formation, dans l’objectif de trouver un emploi et de pouvoir aider financièrement leur famille restée au pays.

Devant cette double contrainte - répondre à la hausse croissante du nombre de mineurs migrants isolés, et s’adapter à leurs besoins - les départements ont développé des formules innovantes que l’ODAS a répertoriées. La classique prise en charge par les structures dédiées dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance, qui consiste à allouer 250 euros par jour et par enfant pour lui fournir accueil, hébergement, restauration et accompagnement, est désormais suivie d’une formule plus légère que développent de plus en plus de départements. Elle consiste en un hébergement et un accompagnement socio-éducatif plus léger, en colocation ou en foyer de jeunes travailleurs, pour un prix qui varie autour de 60 euros par jour.

Des solutions expérimentales

Ces projets expérimentaux partent du principe que pour favoriser l’autonomisation de ces jeunes qui sont justement dans cette quête, il est préférable de leur proposer un logement où ils pourront apprendre à cuisiner et entretenir les lieux, plutôt que d’être isolé dans une chambre d’hôtel. Outre l’adaptation du projet au public concerné, ce procédé a le mérite de permettre des économies substantielles, pour parvenir à prendre en charge le nombre croissant de jeunes migrants.

Parmi les solutions expérimentées, on trouve donc les appartements partagés entre plusieurs jeunes

Parmi les solutions expérimentées, on trouve donc les appartements partagés entre plusieurs jeunes : le taux d’encadrement est moins élevé, les adolescents s’intègrent dans un quartier et apprennent à vivre en autonomie. Une sélection des jeunes les plus autonomes est réalisée en amont. La plateforme d’accueil et d’accompagnement des Apprentis d’Auteuil de Vannes, par exemple, expérimente cette formule. Elle s’appuie sur la bienveillance des habitants du quartier, dûment informés et sensibilisés, pour disposer d’une sorte de parrainage collectif informel.

Lire aussi : Les départements oseront-ils expérimenter ?

Autre solution : l’accueil par des familles bénévoles. Encore rare sur le territoire, cette formule d’accueil citoyen ou de parrainage consiste à former des familles aux spécificités des mineurs migrants et de leur confier un jeune. Le suivi reste important pour que l’opération réussisse. Le département de Loire-Atlantique expérimente actuellement ce système avec une vingtaine de jeunes placés à temps plein dans les familles.

Ces démarches s’accompagnent bien sûr d’un suivi d’aide à la régularisation administrative et d’un soutien dans les démarches de formation. Dans l’Aisne, un dialogue entre le département, la préfecture et l’Éducation nationale a permis de clarifier la liste des formations qualifiantes reconnues par la préfecture comme pouvant donner accès à l’obtention d’un titre de séjour à la majorité. L’apprentissage est une voie qui, pour le moment, reste sous-exploitée : des partenariats sont parfois développés avec des entreprises locales, mais les départements ont encore du mal à s’orienter vers ce type d’offre. La raison en est simple : n’étant pas habitué à solliciter les entreprises, le personnel a généralement un réseau limité sur ce plan.

Après la majorité

Une grosse lacune apparaît pourtant dans ces initiatives, sur laquelle les départements n’ont que peu de pouvoir : lorsqu’ils deviennent majeurs, ces jeunes ne peuvent pas s’attarder dans les structures. Certains départements maintiennent une solution d’hébergement ou de soutien financier aux jeunes qui achèvent une formation qualifiante, mais beaucoup limitent ce soutien à six mois après la majorité, pour libérer des places pour les suivants. De ce fait, beaucoup d’ex-mineurs isolés se retrouvent sans logement et sont orientés vers les places d’hébergement d’urgence. À l’heure actuelle, les départements sont encore dans la phase de test de ces nouvelles solutions.

Il sera bientôt temps de dresser un premier bilan, pour vérifier l’efficacité de ces nouvelles formules.

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