"Andatu", le pari du Rhône pour insérer les Roms

La Rédaction

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Andatu ("pour toi" en langue romani) début 2012. Un projet pilote qui vise à l'insertion des migrants d'Europe centrale vivant en squats, et concerne désormais 400 personnes.

Dans l'appartement de Rillieux-la-Pape qu'il loue avec sa mère, Mihai Mitran, Rom de Roumanie, exhibe fièrement son titre de séjour et sa carte vitale, obtenus grâce à un programme d'insertion de la préfecture du Rhône.

Mihai, 42 ans, a intégré le dispositif.

Le "contrat" est simple: les familles migrantes sont logées en foyer ou logement social, reçoivent un titre de séjour d'un an assorti d'une autorisation de travailler, une CMU et le droit aux allocations sociales. En retour, elles s'engagent à prendre des cours de français, à scolariser leurs enfants et à ne commettre aucun délit.

Amputé des deux jambes après un accident, Mihai n'a jamais vécu en camp. Dès son arrivée à Lyon en 2009, il a été pris en charge par l'Armée du Salut. Mais pas question pour lui, qui a travaillé 12 ans en Roumanie "comme mécanicien, détective privé, et même télégraphiste dans l'armée", de "rester là à rien faire".

Grâce à Andatu, il développe une activité d'auto-entrepreneur en fabriquant des bijoux, qui lui rapporte "entre 800 et 1.000 euros par mois". Un stage à la Chambre de commerce de Lyon lui apprend même à créer un site internet pour les vendre.

Aujourd'hui, il est titulaire du bail de son trois-pièces, loué la première année par l'association Forum Réfugiés, missionnée sur le dispositif. Il est fier de sortir ses factures et ses cotisations Urssaf d'un trieur dans lequel elles sont soigneusement classées.

"La scolarisation des enfants est un succès"

Depuis son lancement en janvier 2012 avec une vingtaine de familles (94 personnes), Andatu a été "multiplié par quatre", et concerne près d'un quart des 2.000 Roms environ que compte le département, selon le directeur général de Forum Réfugiés, Jean-François Ploquin.
L'association assure notamment la formation et la recherche de logements pour les participants. "La scolarisation des enfants est un succès et les cours de français des adultes sont suivis avec assiduité", assure M. Ploquin.

Dans le "premier contingent" de bénéficiaires, tous ont pu accéder à un logement autonome après un an de suivi, et "une douzaine" a trouvé un emploi. Forum Réfugiés relève un seul cas d'exclusion du programme après "un délit grave".

Les antécédents judiciaires sont un motif de non-éligibilité à Andatu, précise son responsable, de même que le fait de s'être vu notifier une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) ou d'avoir reçu une aide au retour.

M. Ploquin explique que si deux Roms sur trois sont éligibles au programme, "les personnes qui sont à Lyon depuis longtemps, qui manifestent leur désir de rester, sont prioritaires", tout en précisant que "Forum Réfugiés intervient en aval de la sélection".

Une source proche du dossier confie au contraire qu'"il n'y a pas vraiment de critères, ce sont les associations qui repèrent des gens".

Une situation d'urgence peut aussi favoriser l'accès à Andatu, comme pour 60 familles après l'incendie meurtrier de leur squat en mai à Lyon.

D'après la même source, Andatu coûte environ un million d'euros (hors RSA éventuellement versés par le département), financés par l'Etat et l'Union européenne.

Aujourd'hui, Mihai Mitran n'envisage plus de retourner en Roumanie, "un pays dans lequel j'étais un moins que rien". Chaque mois, il verse 100 euros à une association d'aide aux jeunes handicapés, "pour donner quelque chose à la France, moi aussi".

Selon les estimations de l'Etat, corroborées par les associations, il y aurait entre 15.000 et 20.000 Roms installés en France, la grande majorité vivant dans des bidonvilles ou dans la rue.

Christine Cathiard/AFP

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