Apartheid territorial, social et ethnique. Et après ?

Camille Mialot

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Les récents propos du Premier ministre ne sont pas passés inaperçus. Si ce terme d'apartheid peut atteindre le service public dans ses fondements, il peut permettre d'aborder différemment nos missions de chaque jour.

Ces mots dans la bouche du Premier ministre d’une République dont la devise est liberté, égalité, fraternité doivent frapper tout agent du service public d’une interrogation profonde sur le sens de sa mission et son action au quotidien. Car l’apartheid au sens littéral est une politique publique délibérément conduite pour exclure, et tout agent de l’administration doit être considéré, dans un système discriminatoire, comme l’outil ou plutôt comme l’agent, conscient ou non, de cette politique.

Ce que suggérerait le Premier ministre qui dispose de l’administration au sens de la Constitution, c’est d’une certaine manière que chaque agent aurait failli à sa mission. Car le service public à la française repose sur quelques principes fondateurs dont l’égalité, et son corollaire, la neutralité, qui doivent nécessairement prémunir les usagers et les agents de toute discrimination. Pour les uns c’est un droit, pour les autres une obligation.

Il en va de même de la laïcité, c’est-à-dire l’absence de religion d’État ou publique, la laïcité étant, dans la conception française, liée indissolublement avec la liberté de conscience. L’État ne soutient aucune religion pour que chacun puisse choisir de croire, ou pas, et de croire en ce qu’il veut. Au-delà des grands principes, il y a le quotidien.

Aujourd’hui encore, et c’est là à notre sens une erreur fondamentale, la question du logement social est perçue essentiellement en terme quantitatif.

On a surtout entendu parler de l’école, car c’est là que tout se jouerait. C’est une vision un peu réductrice. Les collectivités, leurs agents, sont au premier plan. Par exemple, chaque plan local d’urbanisme, chaque opération d’aménagement ou de rénovation urbaine doit conduire les personnes qui concourent à leur élaboration à s’interroger sur le respect du principe de non-discrimination et son corollaire dans l’aménagement, le principe de mixité sociale de l’habitat et, plus largement, de mixité des fonctions urbaines.

Or, aujourd’hui encore, et c’est là à notre sens une erreur fondamentale, la question du logement social est perçue essentiellement en terme quantitatif : assez ou pas assez de logements sociaux ?

Il faut cesser de se cantonner à une vision uniquement quantitative, pourtant inscrite dans la loi, dans nos programmes locaux de l’habitat et autres PLU, car construire du logement social là où il y a en déjà trop, c’est générer de l’exclusion. Des efforts importants sont déjà réalisés au niveau local pour réduire les zones d’exclusion. Car le but, chacun l’aura bien compris, n’est plus de « traiter » l’exclusion et les zones d’exclusion, mais de les faire disparaître. C’est cela, le sens des mots du Premier ministre.

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