API or not API : et le public dans tout ça ?

La Rédaction

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Le débat est décidément sans fin. Et pour cause, puisque tout le monde a raison ! De quel débat s'agit-il ? De celui qui divise le monde des bibliothèques entre "anciens" et "modernes", entre gardiens du temple du catalogage et zélateurs du numérique, chacun caricaturant l'autre pour mieux défendre son point de vue. Sans se positionner radicalement dans un camp ou un autre (même s'il penche - juste un peu - vers le premier), le récent billet de Bertrand Calenge, qui a réactivé son blog pour l'occasion, rappelle cinq évidences, valables pour tous les métiers de l'infodoc.

Je vous en conseille, bien entendu, la lecture in extenso, mais l'idée générale en est la suivante : la compétence première attendue d'un bibliothécaire (ça marche aussi avec les archivistes et les documentalistes) n'est pas la programmation, à moins que le poste à pourvoir y soit spécifiquement dédié. Ce qu'on attend de lui, principalement, ce sont des dispositions intellectuelles lui permettant de dénicher l'information, de la structurer et de la rendre accessible à ses lecteurs (la Sainte-Trinité bibliothéconomique en somme), en s'adaptant, évidemment, à leurs besoins et à leurs usages et donc à leurs outils. Si la pratique courante des outils informatiques au sens large me semble indispensable depuis de nombreuses années, en maîtriser les entrailles n'a rien d'obligatoire dans la majorité des cas. En revanche, et Bertand Calenge n'insiste à mon sens pas assez là-dessus, curiosité et capacités d'adaptation à ces outils - existants et à venir - sont des compétences absolument essentielles pour ne pas finir écrabouillé entre deux Compactus (ou au placard)...

On pourrait discuter des heures des compétences nécessaires à l'exercice de nos métiers. Mais c'est oublier un peu vite que chaque contexte est unique, et que chaque public a ses spécificités. Avant de se demander si TOUT professionnel de l'infodoc doit savoir administrer seul son SIGB et ses déclinaisons pour le web, pour iPad et pour Android, il est bon se souvenir que TOUS les publics ne sont pas rivés à leur(s) écran(s). Reprenons l'exemple de la désormais médiathèque de Trifouillis-les-Bains : quand bien même elle serait municipalisée et embaucherait des professionnels de la profession, je doute, compte tenu de son public, de la pertinence de l'embauche d'un(e) as de la bidouille informatique. Pourquoi ? L'ADSL et la 3G sont disponibles dans le coin, rassurez-vous ; l'obstacle n'est donc pas technique. La raison tient simplement au public desservi, qui, pour l'instant, n'a dans sa grande majorité même pas idée de ce à quoi peut bien servir un iPad. Si les usagers de cette médiathèque ne sont pas pour autant des arriérés persuadés qu'une souris ne s'attrape qu'avec une tapette et du gruyère, ils ne voient pas l'intérêt de voir l'établissement décliner sa présence en ligne sur tous les supports possibles. Non, ils vont à la bibliothèque pour emprunter des livres, lire le journal et s'enquérir des derniers ragots du coin avec le bénévole de permanence. Et c'est tout. Je ne dis pas que dans 10 ans les besoins n'auront pas évolué. Mais pour l'instant, ils restent assez basiques et non informatisés. Je ne crois pas que la médiathèque de Trifouillis-les-Bains soit un cas isolé.

A l'inverse, il est évident que dans certains domaines professionnels comme en milieu académique, dans certaines communes aussi, en ce qui concerne les BM, l'hyperconnexion des usagers, sur tous supports, est une réalité avec laquelle il faut évidemment compter sous peine de perdre toute légitimité et in fine disparaître. Dans ces contextes, face à ces publics, il est indubitable que la technique a son importance, à condition que ces compétences ne s'imposent pas au détriment du service rendu.

A lire également :

- "Service public", Daniel Bourrion, RJ45. Une réflexion, prolongée de façon très constructive dans les nombreux commentaires, sur la notion de service public dans un contexte où le numérique est particulièrement développé et apprécié des utilisateurs.

- "Médiathèques, lutte des classes ? Le cas de Meudon", Catherine Simon, Le Monde des livres. La situation particulière de la bibliothèque bicéphale de Meudon : deux quartiers, deux publics... et des catalogues quelque peu différents.

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