Associations d'élus : pendant la crise, le (triste) spectacle continue

Nicolas Braemer

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La multiplication des associations d'élus produit parfois une réelle cacophonie quand il faudrait de véritables partenaires de poids lors des discussions avec l'État sur les enjeux territoriaux. C'est particulièrement regrettable en ces temps de crise...
Le constat est ultra-connu : il y a en France à peu près autant d’associations d’élus que de types de collectivités. On les compte par dizaines. Certes, chaque spécificité mérite d’être défendue : la ruralité, la petite ou la grande taille, la fréquentation touristique, le positionnement littoral ou montagnard… Il est d’ailleurs légitime que plus leurs problèmes sont pointus, plus, faute de trouver leur place dans les revendications des associations généralistes, ils expliquent l’action d’une association spécifique. Mais comment justifier qu’en plus d’une Association des maires de France, nous ayons des associations des petites, des moyennes et des grandes villes ? Qu’on ait droit à la fois à une association des présidents d’EPCI et des présidents de communautés urbaines ?
  Pendant ce temps-là, l’État joue des divisions des uns et des autres.

Aveu de faiblesse

On a atteint un certain point de ridicule quand en 2011, Martin Malvy, président de la Fédération (oui, parfois pour éviter de tous s’appeler association, on s’appelle fédération ou assemblée) des villes moyennes, demandait « la création d’une grande fédération des communes de France » rassemblant les dix-huit (!) associations d’élus municipaux pour avoir « plus de force face aux pouvoirs publics ». Évidemment, son collègue président de l’Association des maires de France, Jacques Pélissard, devait lui rétorquer que « l’AMF fédère déjà les associations catégorielles en son sein ». Quel multiple aveu de faiblesse : un président d’association catégorielle qui demande une réunion qui existe déjà, tout en défendant la spécificité de « ses » communes, un autre qui doit se défendre de fédérer suffisamment ! Pendant ce temps-là, l’État discute avec qui il veut et joue des divisions des uns et des autres.

Étriqué

Mais le plus grave est dans le fait que les présidents des régions, des départements, des intercos, des villes s’avèrent incapables (mais ils n’en ont pas la volonté) de défendre ensemble un projet de décentralisation. Comment ne pas être écœuré de voir Alain Rousset, président de l’ARF, crier victoire récemment, après une réunion avec Jean-Marc Ayrault, au cours de laquelle furent annoncés un certain nombre de transferts de compétences aux régions. Comme si l’enjeu, face au mal persistant que représente la ségrégation spatiale et économique de nos territoires, était la victoire d’un niveau de collectivité sur l’autre. Pendant la crise, le (triste) spectacle continue : incapables de dépasser la vision étriquée de leur gestion locale ou d’élaborer ensemble un projet cohérent de développement des territoires, les élus se battent comme des chiffonniers pour préserver ou accroître leur niveau de compétences.

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