Attractivité de la fonction publique territoriale : un rapport pour rien

Denis Courtois

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Attractivité de la fonction publique territoriale : un rapport pour rien

Au concert de louanges sur le rapport sur l’attractivité de la FPT pourraient se substituer des propos plus critiques. Sur l’absence de solutions innovantes notamment et sur l’incapacité à répondre aux vraies questions qui bloquent, au sein même des collectivités, la capacité à embaucher.

Le rapport sur l’attractivité de la fonction publique territoriale a été salué par différentes institutions et syndicats comme novateur et proposant des pistes nouvelles. À sa relecture (même si quelques propositions sont très intéressantes, en matière de logement et d’inspection du travail par exemple), il n’en est pourtant rien car il ne traite pas des causes essentielles du peu d’intérêt que suscite la territoriale.

Tant que la FPT ne sera pas représentée au plus haut niveau de l’État, sa voix ne sera jamais entendue
Ces causes sont pourtant simples, connues, mais ne sont pas plaisantes à entendre, surtout quand les rédacteurs du rapport et la très grande majorité des « experts » rencontrés appartiennent à un système qui les fait perdurer.

Le meilleur du pire du rapport
Finalement, il n’y a rien de vraiment « décapant » à part une solution sur le logement qui paraît astucieuse et non fumeuse. À part ça, aussi beaucoup de n’importe quoi… dont :
- l’autopromotion de Philippe Laurent sur le poids des employeurs territoriaux dans les discussions (mais en préservant l’autonomie des collectivités locales), la formation des élus…
- l’ode au marketing territorial…
- les concours sur titres réservés aux apprentis ;
- le souhait que les centres de gestion et le CNFPT travaillent ensemble : ça fait 50 ans que cela ne se fait pas et quand on veut en supprimer, les élus cachetonneux et les cadres intéressés sont sur la défensive.
Quant à une vraie collecte des données territoriales par des groupes de chercheurs, c’est ce que l’on appelle de l’incantatoire.

Lever les barrières internes à la FPT

Première cause : tant que la FPT ne sera pas représentée au plus haut de niveau de l’État, sa voix ne sera jamais entendue. Il est indispensable que les fonctionnaires territoriaux, quels que soient leurs grades et leurs fonctions, puissent intégrer sans barrière les administrations d’État, les cabinets et autres structures qui décident de ce qui est bon pour les collectivités et leurs collaborateurs. Osons une proposition pour le prochain président de la République : intégrer dans les cabinets ministériels un quota de territoriaux, d’hommes ou de femmes de terrain du domaine de compétence du ministère.
Il est plus que vraisemblable que les quotas de femmes ont fortement contribué à faire avancer nombre de dossiers qui les concernent directement. Il peut en être de même pour les territoires et leurs collaborateurs.

Osons un observatoire des rémunérations de collaborateurs pour montrer ces différences !


Ce qui nous amène à la deuxième cause, qui devrait aller de soi : en fixant des barrières internes (seuil des 40 000 habitants par exemple), la FPT se prive de voir évoluer dans ses grandes collectivités, mais aussi au sein de nombre de centres de gestion et dans la totalité des centres nationaux de la fonction publique territoriale (CNFPT) départementaux, des territoriaux qui ont exercé dans des collectivités moins importantes. Ce phénomène s’accentue dans les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), les régions et les départements. Pour que les « petites » collectivités, et leurs « petits » problèmes, soient représentées et écoutées au plus niveau, il faudrait arrêter de reproduire la différenciation instituée et entretenue par l’État, entre administration centrale et administration territoriale.

Il faut parler de la concurrence entre collectivités !

Ce n’est pas qu’en faisant du marketing, en promouvant la FPT, en créant un guide des bonnes pratiques ou des groupes d’études présents dans tous les rapports depuis des dizaines d’années, que des solutions seront trouvées. Il y a des collectivités qui payent mieux, qui ont plus d’avantages car elles ont plus d’argent. Peut-être aussi qu’elles prennent plus en compte les préoccupations salariales de leurs employés.

La frilosité du débat sur la participation des employeurs à la protection sociale le montre bien. En imposant un faible seuil minimum de participation, inférieur à celui de l’employeur-État, en ne voulant pas imposer (au nom de la libre administration) une « charge » trop importante aux collectivités sans moyens ou volonté, les élus employeurs valident cette différence.
Seuls des outils péréquateurs permettront aux collectivités n’ayant pas les moyens d’avoir une politique salariale attractive, en bénéficiant d’une contribution à un fonds (payé par les collectivités les plus riches) pour financer cette différenciation salariale. Osons un observatoire des rémunérations de collaborateurs à fonctions identiques dans les villes d’un même département ou d’une même région pour montrer ces différences !

S'il n'y avait qu'une proposition du rapport à retenir : l’accès au logement
L'idée de mobiliser des fonds de la caisse de retraite additionnelle des fonctionnaires (ERAFP) pour financer des logements aux loyers accessibles dans les zones tendues (ou non d'ailleurs) à destination des fonctionnaires territoriaux (qui paieraient des loyers modérés) permettrait de développer des expériences déjà menées à Lyon et Châteauroux. Rien n'interdit, par ailleurs et immédiatement, que des collectivités, en échange d'une garantie d'emprunt, bénéficient d'un quota de logements pour leurs fonctionnaires, comme le fait l'État !

Le concours est-il une religion ou un dogme ?

Quand, comme membre d’un jury et en tant qu’administratif, vous participez à un concours de médecins territoriaux, vous vous demandez bien ce que vous venez valider ! C’est la même chose dans beaucoup de métiers, notamment en tension (petite enfance, aide à la personne, techniciens…). Ne peut-on pas, au moins, expérimenter des embauches sur titres dans des métiers en tension afin d’accélérer les recrutements et pourvoir les postes vacants ? Ou bien devra-t-on encore attendre une loi, comme celle qui va être votée, pour permettre aux départements de recruter des médecins, qui ne soient plus affectés uniquement au PMI, mais aussi mis à disposition des territoires en manque cruel de généralistes ?

Concurrence entre collectivités : si le CNFPT le dit…
Le rapport « panorama des métiers », récemment publié par le CNFPT analyse les besoins et difficultés des collectivités locales à recruter, sur la base d’une analyse très fine et à grande échelle, région par région et par strate de collectivité. Il met très clairement en lumière que pour un tiers des collectivités, la concurrence entre collectivités est un facteur de difficultés de recrutement. Sans doute, à partir de ce constat, il serait judicieux de cibler les raisons qui poussent des collaborateurs à choisir l'une par rapport à l'autre… à moins de se contenter de continuer à parler « d'image de marque ».



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