Bien loin du Podium...

La Rédaction

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J'ai beaucoup aimé le Yann Moix de Podium, le livre. Un peux moins celui du film, dont la mièvre scène finale tuait la saveur à défaut du personnage principal - brillamment incarné par Benoît Poelvoorde. Et de moins en moins les suivants, jusqu'à l'indifférence, de la parution de Panthéon à la sortie du film Cineman. Le Yann Moix que les réseaux sociaux m'ont présenté cette semaine est loin, très loin de Podium. Loin, aussi, de certaines réalités qu'il semble méconnaître et à propos desquelles il avance pourtant des avis définitifs qui ont fait bondir plus d'un professionnel de l'information et des bibliothèques.

C'est via Hortensius, le tout jeune blog de Thomas Colombera, que j'ai découvert l'affront fait au travail des bibliothécaires par Yann Moix. Sa vision périmée de la bibliothèque idéale, sanctuaire de la Littérature et des Belles Lettres avec de grands L et un grand B laisse perplexe. On se demande même dans quelle monde il vit et si, comme le souligne Daniel Bourrion, il a seulement mis les pieds récemment dans une bibliothèque.

Je n'ai rien contre les auteurs dits classiques (encore qu'on pourrait déjà se demander sur quels critères on devient "classique"), mais cantonner la bibliothèque à un rôle de conservation de la bonne littérature officielle publiée en Pléïade est tout de même consternant.

Appuyer sa démonstration sur l'étymologie grecque du mot bibliothèque fausse de toute façon la réflexion. Il est évident que lorsque le mot a été formé, aucun autre support que le livre (biblion - βιβλιου) n'était envisageable. On pourrait toutefois discuter de la notion même de livre : Yann Moix parle-t-il de codex ou de volumen ? Selon sa vision de la bibliothèque, la conservation des tablettes d'argile ou de bois est-elle proscrite des rayonnages ? A moins que ce qui ne lui pose réellement problème soit le numérique, ce Malin qui tue les vrais artistes, viole nos enfants et en fait des terroristes...

Si Yann Moix a envie de se faire plaisir en se contentant de l'intégrale de la Pléïade bien alignée dans une bibliothèque en acajou dans laquelle trône un confortable fauteuil club en cuir, un coffre à cigares climatisé et une bouteille en cristal à demi pleine de 18 ans d'âge - allons, nous aussi, jusqu'au bout du cliché -, c'est son problème. Il a déjà acheté 99 % de ce qu'il lui reste à lire jusqu'à la fin de ses jours ? Je ne mets pas en doute la qualité de ce corpus mais je trouve tout de même dommage de s'interdire tout émoi littéraire contemporain ou futur. Mais c'est sa vie. La vie d'une certaine élite intellectuelle que je me garderais bien de qualifier d'autoproclamée, car elle convient sans aucun doute à certains. Mais avant de disserter avec une telle suffisance sur un sujet auquel on n'entend manifestement pas grand-chose, il convient de se demander si ce long monologue (aucun commentaire n'est validé) n'aurait finalement dû en rester qu'au stade de conversation de fin de soirée dans l'entre-soi feutré des bibliothèques en acajou. Un peu comme son (très) long billet sur Twitter, qui est, paraît-il, nettement moins bien que la vraie Lecture.

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