Carrière et salaire : l’Insee arbitre le match public/privé

Frédéric Gaydre

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Carrière et salaire : l’Insee arbitre le match public/privé

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L’Insee vient tout juste de publier l’édition 2014 de l’analyse qu’elle effectue tous les ans et qui porte sur l’emploi et les salaires. La livraison de cette année intègre une analyse comparative des carrières menées dans le secteur privé, petites et grandes entreprises, mais aussi dans les trois fonctions publiques. Croisées entre elles, ces données statistiques riches permettent de tirer des enseignements intéressants, non seulement sur le niveau de salaires à un instant t, mais également sur leur évolution dans le temps.
Au-delà des comparaisons entre secteurs d’activité, cette étude a le principal intérêt d’examiner les évolutions de carrières, donc de salaires, sur une durée longue (vingt ans).

Les informations disponibles dans l’étude de l’Insee

Les analyses statistiques se basent sur la notion de salaire net médian (primes comprises), lissé sur un mois, qui s’établit à 1 987 € dans le secteur public et à 1 925 € dans le secteur privé. Toutefois, cette comparaison globale ne prend pas en considération différents paramètres susceptibles d’expliquer les écarts salariaux, tels que l’âge, le diplôme, le temps de travail, le secteur d’activité ou la taille de l’entreprise.L’étude rentre dans tous ces détails et permet de comparer la situation de chaque catégorie de salariés par rapport au salaire médian selon : - leur âge, de 25 à 55 ans ; - leur appartenance au genre masculin ou féminin ; - leur diplôme, BEP (et moins) ou diplôme supérieur à Bac + 3 ; - leur affectation (fonction publique d’État hors enseignants, enseignants, fonction publique territoriale, fonction publique hospitalière, entreprises de moins de 100 salariés, entreprises de plus de 100 salariés).Un tableau permet de récapituler les informations salariales disponibles et donc d’évaluer le niveau de salaire rapporté au salaire net mensuel médian, en fonction de chacune des situations répertoriées.Les résultats obtenus peuvent être illustrés par une série de graphiques, permettant par exemple de comparer le niveau de rémunération des hommes et des femmes ayant un diplôme supérieur à Bac + 3. Ainsi, à 25 ans, un homme titulaire d’un diplôme supérieur ou égal à Bac + 3 est rémunéré légèrement moins que le salaire médian. À 50 ans, il atteint un montant plafond, qui décroît légèrement ensuite. En début de carrière, cette rémunération est sensiblement équivalente à celle d’une femme, ce qui n’est plus du tout le cas en fin de carrière.Au-delà de ces données, l’étude permet également de mesurer l’augmentation du salaire moyen constatée chaque année, dans chaque secteur d’activité, à 30, 35, 40 et 45 ans. Elle renseigne également sur le niveau de salaire atteint entre 40 et 45 ans en fonction du salaire obtenu à 30 ans.Enfin, l’étude s’intéresse à la mobilité entre les différents secteurs d’activité, mais également aux conséquences de cette mobilité sur le salaire de ceux qui ont tenté l’aventure, à un an puis à cinq ans.

Quelques enseignements tirés de l’étude de l’Insee

Quelques caractéristiques sont communes à l’ensemble des secteurs d’activité. Le montant du salaire et la dynamique de sa progression dans le temps dépendent du niveau de diplôme. Plus celui-ci est élevé, plus le salaire l’est et plus la progression de ce salaire est importante. L’écart de salaire entre les hommes et les femmes se constate pour tous les secteurs d’activité et pour toutes les catégories, salariés diplômés ou non. De même, les hausses de salaires les plus importantes se produisent autour de l’âge de 30 ans.Les progressions statistiquement observées sont de deux à trois fois plus rapides pour les diplômés.Par ailleurs, le niveau de salaire atteint à 30 ans influe très considérablement sur le niveau de salaire dont les salariés bénéficient entre 40 et 45 ans.

Comparaison des progressions de salaires à 30 et 45 ans

Enfin, quel que soit le secteur d’activité, il est observé une très faible mobilité avec seulement 6 % de salariés qui changent de secteur entre 30 et 45 ans. Ces changements de catégories sont les plus nombreux pour les plus jeunes et pour les plus diplômés. Par ailleurs, il convient de noter que les gains salariaux ne sont pas toujours au rendez-vous de ces mobilités, au moins la première année. Fort heureusement, à cinq ans, les situations salariales s’améliorent en général et la mobilité s’avère in fine gagnante.
Les salariés les moins diplômés gagnent plus dans la fonction publique d’État (hors enseignement) que dans les autres secteurs.
Pourtant, au-delà de ces caractéristiques communes, quelques différences sont notables selon les secteurs d’activité. Au niveau du secteur privé, quel que soit le type de salariés, les écarts de rémunération sont plus importants qu’au niveau du secteur public (hormis la fonction publique hospitalière, qui se rapproche des caractéristiques du secteur privé). Les salariés les moins diplômés gagnent plus dans la fonction publique d’État (hors enseignement) que dans les autres secteurs. De même, les progressions de salaire sont les plus fortes pour les hommes diplômés de la fonction publique hospitalière. Enfin, l’écart entre les hommes et les femmes est plus important dans le secteur privé et plus spécifiquement dans les petites entreprises.À 30 ans, la progression de salaire pour un diplômé s’établit à 5,8 % par an dans la fonction publique d’État, contre 4,7 % dans la territoriale et 2,3 % pour un enseignant. Pour un non diplômé, la hausse est limitée à 2,2 % dans les entreprises de plus de 100 salariés, contre 1,4 % dans la fonction publique territoriale et 1 % dans les entreprises de moins de 100 salariés.
Ces éléments statistiques sont très globaux, mais ils permettent tout de même de dessiner des tendances générales et de tempérer certaines idées reçues.
Enfin, la probabilité de changer de secteur d’activité entre 30 et 45 ans est très différente selon les secteurs d’origine : de 17 % pour les enseignants à 6 % pour les autres agents de la fonction publique d’État. Dans la territoriale et l’hospitalière, les probabilités s’établissent respectivement à 12 % et 15 %.Bien évidemment, ces éléments statistiques sont très globaux, mais ils permettent tout de même de dessiner des tendances générales et de tempérer certaines idées reçues.

Pour aller plus loin Présentation d’« Emploi et salaires » : http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/sommaire.asp?ref_id=EMPSAL14L’analyse complète 2014 : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/Empsal14.pdf Synthèse des rapports sur l’état à fin 2011 des collectivités territoriales : http://www.collectivites-locales.gouv.fr/files/files/Synthese_BS11_4.pdf

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