Ce que nous dit l’affaire Mélenchon

Nicolas Braemer

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Ce que nous dit l’affaire Mélenchon

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Volontairement excessives sur la forme, les diatribes du leader insoumis sont parfois justifiées. Tant que l’indépendance de la justice et de la presse ne sera pas au-dessus de tout soupçon, les politiques auront beau jeu de crier au complot.

L’affaire Mélenchon nous enseigne plusieurs choses. Il ne nous revient évidemment pas, surtout à ce stade des investigations judiciaires, de commenter les accusations portées contre le financement de la France insoumise. Rien sur le fond de l’affaire donc.

Sur la forme en revanche, nous avons à faire à un mélange d’inédit et de déjà-vu.

Violence volontaire

L’inédit, c’est la manière dont s’exprime le leader insoumis, cette violence verbale à l’encontre d’adversaires choisis comme tels, les journalistes abrutis notamment. On sait que cette manière de s’exprimer relève de la stratégie et que – Sophia Chikirou l’a exprimé ainsi – la dénonciation du complot médiatique est considérée comme un élément crucial ayant permis à Jean-Luc Mélenchon de décoller durant la présidentielle. En clair, c’est insultant et c’est fait exprès.

Ce qui est, tristement pourra-t-on considérer, classique, c’est l’axe de défense choisi. Mais qui révèle aussi des maux de notre démocratie.

Jean-Luc Mélenchon a beau jeu de crier au complot, comme l’ont fait à peu près tous les hommes politiques accusés de malversations avant lui

Du point de vue judiciaire, Jean-Luc Mélenchon a beau jeu de crier au complot, comme l’avait fait François Fillon il y a un an et demi, et comme l’ont fait à peu près tous les hommes politiques accusés de malversations avant lui. Et c’est parce que le politique a encore et toujours à faire la preuve qu’il ne tente pas d’influencer la justice que ces critiques sont encore possibles.

Disons-le donc : il y a encore mieux à faire et tant que les parquets (notamment dans les nominations) ne seront pas totalement indépendants, les politiques joueront cette partition.

Une presse rachetée par le capital

L’autre aspect important est celui de la presse. Là encore, la question de la liberté se pose. On a assisté ces dernières années à un tel mouvement de concentration dans la presse que la critique est légitime. Les quotidiens et hebdomadaires français pour une très grande partie, de même que les chaînes de télévision, sont désormais détenus par des grands industriels. À quelques exceptions près, ils ne leur accordent que l’indépendance qu’ils souhaitent, en fonction de leurs intérêts stratégiques et financiers.

La presse française ne sortira de cette ornière que si elle reconquiert les moyens de son indépendance

Celle-ci est parfois importante sur le travail journalistique, mais les actionnaires gardent la haute main sur les nominations et les limogeages à la tête des rédactions. Parce qu’elle était dans un état de grande faiblesse économique, la presse française a été en grande partie rachetée par le capitalisme. Elle ne sortira de cette ornière que si elle reconquiert les moyens de son indépendance, notamment par la définition de nouvelles règles claires et substantielles des pouvoirs publics.

Mais en attendant, Jean-Luc Mélenchon peut vitupérer, à raison parfois. Même si l’une de ses principales cibles est le seul « pure player » indépendant et financièrement viable en France.

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