Comment les ex-Fralib recréent de l’emploi

Stéphane Menu

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Comment les ex-Fralib recréent de l’emploi

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Les ex-Fralib n’ont jamais baissé les bras. Scop-Ti, leur nouvelle entité coopérative, est en passe de réussir son pari : celui de permettre à des femmes et des hommes de s’approprier leur outil de travail, sans rêver de devenir " milliardaires ". Du Marx dans le texte mâtiné de pragmatisme.

C’est un autre monde, l’antithèse de ce que l’on apprend dans les écoles de commerce. Une vision marxiste de la réalité économique, mais avec une fraîcheur renouvelée, sans la moindre pesanteur idéologique. Oui, il existe des salariés comme les ex-Fralib, dont l’intention n’est pas de faire du « fric » mais d’être simplement « heureux au boulot ».

Ici, la grille des salaires est stricte : 1.600 euros net le salaire le plus bas sur 13 mois, 1.670 euros net pour les salaires intermédiaires et 2.000 euros nets pour les trois cadres dirigeants. « On ne rêve pas de devenir milliardaires ». Gérard Cazorla, figure emblématique de ces ouvriers, est le président de Scop-Ti (Société coopérative ouvrière provençale de Thés et Infusions). « Parce qu’il fallait bien en désigner un », lâche-t-il dans un sourire.

Les vrais patrons, c’est ce corps unitaire des 57 salariés qui ont décidé d’investir leurs indemnités de licenciement dans cette société coopérative.

Cette belle aventure, lancée l’an dernier par les ex-salariés de Fralib à Gémenos (13), a démarré sa production en août dernier. Les vrais patrons, c’est ce corps unitaire des 57 salariés qui ont décidé d’investir leurs indemnités de licenciement dans cette société coopérative dont l’impulsion utopique s’estompe face aux résultats probants. « L’utopie, c’est quelque chose qui reste à l’échelle d’un projet fou, non réalisé parce qu’inatteignable. C’est tout le contraire de ce que nous vivons, nous y avons toujours cru », insiste le « patron ».

Les grandes surfaces jouent le jeu

Les sachets de thés et d’infusions vendus sous la marque 1336 sont désormais dans les rayons de la grande distribution ; plusieurs dizaines d’Auchan, d’Intermarché, de Carrefour jouent le jeu dans le Sud-Est. Et le phénomène est appelé à faire tache d’huile.

« On ne peut pas se passer de la grande distribution. Il faut qu’elle absorbe des volumes pour nous permettre d’amortir les coûts de l’outil. Mais nous ne nous détournons pas de notre projet originel, nous voulons travailler essentiellement avec les agriculteurs bio de la région ».

Dans les prochains jours, la production d’une nouvelle marque de tisanes destinée aux magasins bio sera sur les rails. Ce qui permettra d’envisager le sauvetage du tilleul bio, « menacé par la cerise pour des raisons de rentabilité économique ».

On permet aux citoyens de rendre effectif un projet dépassant le cadre économique classique, les consommateurs sont aussi en quête de sens.

Le pari de la visibilité puis de la crédibilité est donc en passe d’être gagné. « Nous avons des témoignages émouvants de personnes qui nous disent assurer notre promotion dans leur entourage immédiat, auprès de leurs voisins, de leurs amis. Quand on donne la possibilité aux citoyens de rendre effectif un projet dépassant le cadre économique classique, ils adhèrent. Les consommateurs sont aussi en quête de sens », prolonge Cazorla.

1336, c’est le nombre de jours qu’il a fallu mobiliser pour faire plier Unilever.

1336, c’est le nombre de jours qu’il a fallu mobiliser pour faire plier Unilever « dont la seule logique de croissance était financière. Les comptes étaient au vert, mais les patrons n’avaient pour objectif que de faire baisser les coûts de production ». Or, ils sont tombés sur un os, des salariés déterminés à ne pas être désignés comme les variables d’ajustement des cotations boursières (lire encadré).

Et Unilever renonça
C’est un combat titanesque qu’ont livré les ouvriers d’Unilever. Pendant quatre ans, après la décision du groupe anglo-néerlandais Unilever de délocaliser la production de Gémenos en Pologne, les « Fralib », ex-producteurs des thés Lipton et infusions de l’Éléphant, étaient devenus le symbole du combat contre les délocalisations, veillant jour et nuit sur leurs machines et multipliant les actions d’éclats pour médiatiser leur conflit.
En mai 2014, après avoir fait annuler en justice plusieurs plans sociaux, ils ont réussi à arracher à Unilever le rachat par Marseille Provence Métropole de l’outil de travail (19,2 M€), afin de mettre en place leur projet, tout en y investissant leurs indemnités. Pari réussi.

Embaucher tous les « coopérateurs »

L’usine a été calibrée pour produire 100 à 120 tonnes de thé en sachets cette année. « Pour l’heure, nous sommes dans les temps. L’objectif est de produire 200 tonnes en année pleine », poursuit Cazorla.

Au cours du premier trimestre 2015, Scop-Ti a dégagé un chiffre d’affaires de 460 000 euros, ce qui a permis la réembauche de 30 salariés en CDI.

Les machines sont actuellement à l’arrêt ; il ne s’agit pas d’un retour en arrière cauchemardesque : « Nous avons remporté deux contrats avec des marques de distributeur. Nous aurons à emballer du thé pour eux ». Cette bonne nouvelle va permettre de récupérer dans l’entreprise une dizaine d’ex-Fralib. L’objectif est clair : permettre, au plus vite, à la totalité des 57 « coopérateurs » de retrouver le chemin de l’usine. Et assurer ainsi la démonstration définitive que les 1336 jours de combat reposaient sur un projet réaliste.

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