Comment vit-on le changement politique ? Épisode 2 : direction Douai

Séverine Cattiaux

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Comment vit-on le changement politique ? Épisode 2 : direction Douai

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© aquaphoto

Après trente et un ans de règne à droite, Douai a été reprise par le PS aux dernières élections municipales. Il va falloir s’y faire : au programme, travail collégial et participation des habitants à haute dose.

Commune de 42 000 habitants dans le Nord, Douai fait figure de double exception. D’une part, la ville est l’une des rares à être passée à gauche aux dernières élections, à contre-courant de la vague bleue. D’autre part, ni le DGS, ni la DRH (tous deux à Douai depuis 2006), ni aucun cadre de l’équipe administrative n’a été débarqué. Plus classique, l’arrivée d’un directeur de cabinet, le maire cumulant la fonction de conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais. Quant au directeur du service de la communication (quatre personnes), c’est Grégory Leplan, le DGS même qui a assuré cette fonction depuis 2013. Ce dernier n’est pas étonné d’être resté : « le maire ne voulait pas changer pour changer […] Il était dans l’opposition lors du précédent mandat et connaissait la valeur des équipes. La plupart des directeurs de service sont en place depuis les années 2000 ».

Le maire PS, Frédéric Chéreau, en charge du personnel comme son prédécesseur, explique sa décision : « J’ai mis les choses cartes sur table avec mon DGS. Le marché était : si vous êtes en capacité de vous approprier le projet politique des élus, en mettant à son service les agents municipaux, il n’y a pas de raison qu’on ne continue pas à travailler ensemble ». Et de préciser : « Je suis moi-même fonctionnaire territorial. Je sais aussi ce qu’est l’exigence de neutralité des fonctionnaires territoriaux ».

« Si vous êtes en capacité de vous approprier le projet politique des élus, en mettant à son service les agents municipaux, il n’y a pas de raison qu’on ne continue pas à travailler ensemble. »

Un an après le « deal », le maire n’a aucun regret : « Je peux vous dire que le travail en commun est tout à fait satisfaisant… ». Grégory Leplan analyse : « nous avons en face de nous des gens très humanistes, avec qui il est facile de travailler. Une relation de confiance s’est instaurée avec des objectifs communs… » Un binôme qui semble bien fonctionner, mais les gros dossiers arrivent…

Du bulldozer… à un style collégial

Le style du maire PS contraste avec son prédécesseur Jacques Vernier, qui semblait vouloir tout maîtriser et endossait le costume d’adjoint au budget. « Jacques Vernier était un bulldozer » commente Pascal Vernez, secrétaire général du syndicat CFTC, premier syndicat à Douai.

Revirement toute avec l’équipe PS qui veut « créer des vrais binômes au sein de directions entre l’élu et le chef de service » annonce Grégory Leplan. On passe à un style très collégial. De juillet 2014 à janvier 2015, mise en place de séminaires mixtes territoriaux et élus sur la traque aux niches d’économies « pour faire face aux réductions drastiques des dotations de l’État » déclare Grégory Leplan. Sept groupes de travail ont planché sur l’énergie, la maintenance des équipements, la RH, les animations…

Revirement toute avec l’équipe PS qui veut « créer des vrais binômes au sein de directions entre l’élu et le chef de service ».

« Il y a des actions publiques qui mériteraient d’être renforcées, d’autres d’être diminuées avec le souci de rendre toujours un service de qualité aux habitants […] en regardant là où on pourrait faire des économies, notamment dans les budgets de fonctionnement » justifie le DGS.

Le constat ne date pas de l’arrivée de l’équipe PS à Douai : « ce travail avait déjà été amorcé entre territoriaux, avant l’arrivée de la nouvelle équipe. Nous avons réactivé ces thématiques ». Le brainstorming a porté ses fruits : 100 000 euros d’économie dans les subventions aux associations. Le groupe « énergie » a priorisé les investissements en 2014 et 2015. Moult gisements d’économies ont été détectés : optimisation des ouvertures de piscines, mutualisation des structures pour les clubs de retraités, fermeture envisagée de l’aquarium municipal, etc.

Marge de manœuvre faible…

Avec 805 agents, incluant le centre social, la masse salariale de Douai n’ira pas en augmentant. « Il ne s’agit pas de se donner une règle particulière du type « remplacer un départ à la retraite sur deux ». On regarde au cas par cas » lance le maire. Des postes sont toutefois sur la sellette : « nous avons par exemple beaucoup de concierges dans des logements » cite le maire. Le DGS ne veut pas en dire trop : « Il y a des sujets que je ne peux pas évoquer, parce qu’ils vont faire l’objet de discussions avec les instances paritaires ».

À l’avenir, à défaut de recruter, il faudra surtout redéployer. « Au sein de la collectivité, il est également intéressant de faire des appels d’air. On propose ainsi aux agents qui émettent des volontés d’évoluer dans la collectivité, de changer de métier, de changer d’environnement… » commente le DGS.

« On propose ainsi aux agents qui émettent des volontés d’évoluer dans la collectivité, de changer de métier, de changer d’environnement… »

En revanche, pour répondre à l’engagement politique d’améliorer l’attractivité de Douai, le maire PS a jugé bon de recruter un directeur du service des fêtes et de la vie associative — poste vacant depuis 2013.

Les élus PS ont également promis d’enrayer le déclin du commerce douaisien en perte de vitesse (programme de rénovation de façade, un cahier des charges pour les enseignes, une opération de sauvegarde patrimoniale). Or, la mairie n’a aujourd’hui qu’un petit service « commerce et centre-ville » d’une personne. Le maire « se laisse la possibilité de recruter « un profil soit animateur, soit urbaniste ».

Des catégories C fragiles

C’est le sujet de la « revalorisation du pouvoir d’achat des catégories C », qu’a immédiatement posé sur la table la CFTC, dès l’arrivée du maire PS. L’indice est gelé depuis 2010, le régime indemnitaire depuis 2006 rappelle Pascal Vernez. « Les finances de la commune sont saines, beaucoup d’emprunts vont se terminer en 2015. Ce serait bien qu’on puisse un peu penser aux agents en 2016 » suggère le syndicaliste.

La nouvelle équipe étudie déjà une participation à une mutuelle pour les agents… Depuis 2008, à l’initiative de la DRH, Hélène Opiola, Douai déroule un plan d’actions, d’information, de prévention et de formation en matière de santé auprès des agents (lutte contre le diabète, handicap, formation au secourisme etc.).

Un CHSCT, c’est très important, ça peut éviter les absentéismes au travail et permet aux gens d’être mieux dans leur travail.

Le DGS annonce la poursuite de ces actions « auxquelles le nouveau maire adhère ». La prochaine : sensibiliser les agents aux dépistages du cancer. « Tout est bon à prendre » commente Pascal Vernez, secrétaire général du syndicat CFTC, qui s’indigne cependant de l’absence d’un CHSCT à la ville de Douai. « Il n’y a absolument rien chez nous ! Cela fait quinze ans qu’il n’y a pas de document unique. C’est une catastrophe. Un CHSCT, c’est très important, ça peut éviter les absentéismes au travail et permet aux gens d’être mieux dans leur travail ». Sur ce point le maire et le DGS sont « à l’écoute ».

Le périscolaire : gros dossier

Cinquante animateurs ont été recrutés à la rentrée 2014 pour assurer les nouvelles activités périscolaires (NAP). Mais dix-neuf manquaient à l’appel ! Pour en finir avec les couacs, le DGS va « créer un service clairement identifié sur le périscolaire avec des petites révolutions, dont l’inscription et le paiement en ligne ».

L’idée est de « former les agents parfois en souffrance qui travaillent dans les cantines ».

Le maire souhaite aussi « un peu plus de qualité dans les contenus ». L’idée est aussi d’élargir la palette d’interventions des animateurs NAP sur le temps du midi dans les cantines, dans les centres de loisirs, et de « former les agents parfois en souffrance qui travaillent dans les cantines » indique le maire.

Le secrétaire général du syndicat CFTC saisit la balle au bond. Il a attiré, lui, l’attention du maire sur le problème du contrat des « dames de service » dans les écoles. Elles sont embauchées sur un mi-temps, mais font des heures supplémentaires depuis plusieurs années. Les titulariser sur leur temps de travail effectif permettrait un lissage du salaire sur toute l’année et, pour elles, de cotiser à une caisse de retraite plus avantageuse. « Le maire étudie le sujet et devrait régulariser ces situations » affirme le syndicaliste.

« Assez heureux »

Aux dires de la nouvelle équipe PS, les services douaisiens entrent dans l’ère de la co-construction de la ville avec les habitants. Cheville ouvrière de cette mutation : un nouveau service « participation citoyenne ». Il reste modeste : à son bord, une directrice (précédemment au service « vie des quartiers ») et une secrétaire mutualisée. Ce service joue un rôle pivot, interface entre tous les services de la ville, les dix nouveaux conseils de quartier et les quatre nouveaux adjoints délégués aux quartiers.

Les services douaisiens entrent dans l’ère de la co-construction de la ville avec les habitants.

« L’idée n’est pas de dire oui à chaque fois aux habitants, mais qu’on puisse dire : « voilà, ça, c’est une chose que l’on ne peut pas faire pour telle ou telle raison, ou ça, c’est quelque chose qu’on peut faire un peu plus tard, ou qu’on va corriger… » » prévient Frédéric Chéreau. À Douai, les jeunes sont désormais davantage consultés et sur tous les sujets : santé, emploi, logement…

La deuxième personne du service « vie des quartiers » a pris la direction du Pôle ressources jeunes. Pour Christelle Dhote, il s’agit d’une promotion et d’un nouveau travail en lien étroit avec l’adjointe en charge de la jeunesse (nouvelle délégation). En plus du nouveau dispositif de participation, les thèmes de « l’animation », et « l’accessibilité et la circulation » font l’objet de groupes de travail mélangeant fonctionnaires, élus et habitants. Selon Grégory Leplan, « les services techniques, les agents, sont finalement assez heureux de cette nouvelle participation citoyenne. Cela permet de faire un coup de projecteur sur leur travail, d’échanger avec la population […] Il ne faut pas qu’on reste dans notre mairie et qu’on applique tout le temps les mêmes méthodes ».

La mutualisation : un chantier aux abonnés absents
Pas un mot sur l’avancée du schéma de mutualisation des services entre communes et agglomération, en l’occurrence entre Douai et la communauté d’agglomération douaisienne (35 communes, 153 000 habitants). Le chantier est comme aux abonnés absents. Les collectivités savent qu’elles devront y passer. En attendant, faute de dialogue et de redistribution territoriale, un droit d’inscription dans les écoles de Douai pourrait être envisagé à la rentrée prochaine, pour les non-Douaisiens. Les prix d’entrée dans les piscines pourraient être plus élevées pour les résidents extérieurs.

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