"Dans le social, le politique passe au second plan"

Stéphane Menu

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© Fzant

L’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas) vit un moment rare de son histoire, puisqu’elle est présidée, depuis septembre, par une élue UMP de Nice, Joëlle Martinaux. L’adjointe aux affaires sociales de Christian Estrosi considère que l’approche de la problématique sociale par les élus de terrain n’est pas marquée par la césure idéologique droite-gauche. Elle entend le démontrer rapidement.

On a plutôt l’habitude de croiser au poste de président de l’Unccas des élus de gauche. Votre présidence sera-t-elle plus surveillée qu’une autre ?

Je suis urgentiste de métier. L’action sociale fait partie de ma vie. En tant que médecin, je côtoie la réalité du terrain, j’ai les pieds sur terre. Vous avez raison de dire que mon élection est une première pour la droite.Cependant, les élus qui m’ont portée à cette fonction viennent de tous les horizons. Dans le social, le politique passe au second plan. Évidemment, la vague bleue des municipales a facilité mon accession à la présidence. Cependant, notre candidature était peut-être mieux organisée que d’autres, tout simplement.Dans tous les cas, Patrice Kanner, aujourd’hui ministre de la Ville, membre du PS et ancien président de l’Unccas, m’a appelée pour m’encourager à poursuivre dans cette voie. J’étais déjà, d’ailleurs, sa vice-présidente. Ma présidence ne sera donc pas surveillée, mais peut-être plus observée qu’une autre.

En matière d’action sociale, la gauche et la droite produisent-elles des analyses convergentes ?

Oui, souvent, notamment sur les structures à mettre en place ou les équipements de proximité. Il y a cependant, d’un CCAS à un autre, des problématiques différentes. Telle commune mettra l’accent sur la précarité, telle autre sur les seniors, etc.À Nice, commune où je suis adjointe, les seniors et les personnes en grande précarité sont les deux priorités. Nous mobilisons près de 450 agents pour faire face à cette urgence. Dans le mandat précédent, nous avons construit un accueil de jour, puis un accueil de nuit pour les SDF pour un montant global de 8 M€. La volonté est de vraiment trouver des solutions pour les plus précaires.

Quelles sont aujourd’hui vos priorités à Nice ?

Notre nouvelle feuille de route prévoit notamment la création d’un guichet médico-social unique et de nouvelles structures de solidarité, la construction d’un Ehpad du futur ou encore la prise en charge de la maladie d’Alzheimer.

L’UMP, notamment à travers l’ancien ministre Laurent Wauquiez, pointe souvent les effets pervers de l’assistanat social. Ces prises de position vous gênent-elles ?

Les personnes en difficulté sociale n’ont pas décidé de l’être. Rien n’empêche un gouvernement de mobiliser des moyens importants pour les aider à en sortir. Je suis d’ailleurs plutôt favorable à une augmentation de certains minima sociaux, mais avec une prise en charge plus accentuée. Dans notre pays, le principe de solidarité est historique.
Je suis plutôt favorable à une augmentation de certains minima sociaux, mais avec une prise en charge plus accentuée.
Je veux travailler aussi à mieux former les agents des CCAS à la prévention de la précarité. Beaucoup de personnes viennent dans nos permanences pour réclamer une aide de 100 € alors qu’elles travaillaient quelques semaines auparavant ! Une meilleure prise en charge en amont évitera de nouvelles polémiques sur l’assistanat social.

Beaucoup de citoyens s’interrogent : l’action sociale, ce sont les CCAS ou le conseil général ?

Tout dépend des situations. Les familles, les enfants et les seniors concernent le CG, mais aussi les CCAS si les personnes sont isolées. Ensuite, il arrive fréquemment que nous croisions en effet les mêmes publics.

Cette relative illisibilité de la répartition des tâches nuit-elle à la qualité de ce service public spécifique ?

Il est vrai que j’ai souvent constaté une rupture de ligne entre les agents travaillant sur ce secteur, parfois au sein d’une même collectivité. Je crois que c’est lié au fait que le social impose un devoir déontologique de discrétion pour les assistantes sociales, et que ces dernières ne souhaitent pas trahir les personnes qu’elles suivent en se répandant dans les services.Les fritures sur la ligne avec le CG peuvent aussi être de nature politique, sur des divergences d’approche qui se sont renforcées dans le temps. Il faudrait éviter que de telles difficultés aient des conséquences pour les personnes concernées.Enfin, dernier point important dans le contexte de réforme organisationnelle des institutions, certains agents peuvent craindre d’être dépossédés de leurs prérogatives et jouent peu le jeu de l’échange productif.

La question ne se posera plus prochainement avec la disparition annoncée des conseils généraux…

Je ne sais pas si le gouvernement ira au bout de son intention. En l’état actuel, les CCAS n’ont pas les moyens de se substituer aux CG. Cependant, si réforme il y a, je dois avouer ma préférence pour la version intercommunale, définie sur la base du volontariat et non pas imposée par la loi.
En l’état actuel, les CCAS n’ont pas les moyens de se substituer aux CG.
Les Français restent encore très attachés à la fonction du maire. C’est le maire qui reçoit généralement les lettres les plus désespérées. C’est lui qui reste le mieux placé pour anticiper les besoins sociaux.

La solution se situe peut-être à l’échelle des CCIAS, la version intercommunale des CCAS ?

Les CCIAS peuvent en effet apporter des réponses pragmatiques dans les territoires communaux, où la mutualisation des moyens s’impose pour limiter les frais. J’encourage les communes à aller dans ce sens, même si pour l’heure le nombre de CCIAS n’est pas significatif.

Vous êtes adjointe à l’action sociale dans une mairie appartenant, à ce jour, à la seule métropole de France ((Nice Côte d’Azur, métropole issue des lois Sarkozy de 2010.)). Pourquoi la compétence sociale ne figure-t-elle pas parmi les compétences ?

Nous comptons, sur l’ensemble de notre territoire métropolitain, une cinquantaine de CCAS. Le premier objectif est de réfléchir à une organisation entre eux, avant de passer à une étape supérieure, pourquoi pas de CCIAS. Cependant, cette dernière formule me semble plus adaptée aux territoires très ruraux qu’à ceux à vocation urbaine.Joëlle Martinaux, présidente de l'UnccasMINI CVJoëlle Martinaux est élue présidente de l’Unccas pour six ans. Médecin urgentiste de formation, elle est déléguée régionale du Mouvement pour la France, adjointe au maire (UMP) de Nice, Christian Estrosi, déléguée à la solidarité, aux affaires sociales et aux handicaps, et vice-présidente du CCAS de la commune. Elle a pris la succession de Patrick Kanner, président depuis 1996 et désormais ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.

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