De l'art contemporain dans les monuments historiques

La Rédaction

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De vrais débats s'instaurent parfois sur les réseaux sociaux.  Ce fut le cas cette semaine sur la question de la production d'expositions d'art contemporain dans les monuments nationaux.La journaliste Claire Bommelaer, dans un quotidien national, écrit que les conservateurs sont de plus en plus favorables à l'accueil, dans les monuments nationaux, d'installations et d'oeuvres contemporaines pour élargir le potentiel des sites et stimuler la fréquentation.

Cela a fait réagir vivement, sur un réseau social bien connu, BH (site Louvre pour tous) : « Un monument, dit-il,  serait-il un monument s'il n'était pas figé dans le temps ? Un monument figé dans le temps n'est pas une vision romantique, c'est même le contraire, et juste une définition de ce qu'est un monument historique : on choisit de le conserver, donc de le figer, pour son intérêt historique ou artistique. L'art contemporain dans les monuments, c'est juste une mode imposée aux visiteurs, pour le pire et le meilleur ».Une internaute, SR,  réagit : « Pour ma part je pense que la démarche peut être intéressante dans certains cas. C'est comme partout, il y a du bon et du mauvais, mais il ne faut pas généraliser... »

Alors  "Mr Louvre" met un peu d'eau dans son vin : « Ce qui est critiquable, ce n'est pas le principe de la confrontation mais sa généralisation. Là où ça devient intéressant, c'est quand il y a une vraie rencontre, justifiée, avec du sens comme cela semble être le cas au musée Unterlinden entre l'oeuvre d'Adel Abdessemed et le retable d'Issenheim ».

Une autre internaute, CR,  renchérit : « : Les acteurs/ propriétaires du patrimoine sont terriblement conservateurs (...). J'encourage l'initiative du mélange des cultures et l'apport de l'art contemporain pour démocratiser le patrimoine ».

Mr Louvre lui répond : « Mais en quoi cela démocratise-t-il le patrimoine ? L'art contemporain a un public extrêmement restreint. Du coup c'est plutôt le contraire qui se produit, encore que cela ne fait forcément l'apprécier aux visiteurs, car ce n'est certainement pas en imposant quelque chose qu'on le fait apprécier ».

SR  rebondit : « L'art n'est pas montrer aux visiteurs ce qu'ils vont forcément apprécier, le visiteur doit au contraire questionner ce qu'il voit... »

CR enchaine  alors : « N'est-il pas un des enjeux actuels de la culture de permettre à de nouveaux publics d'apprécier ces monuments ? N'est-il pas intéressant de confronter les points de vue, les genres  et les différentes visions de l'art ?  Les biens du patrimoine ne sont pas figés et ne doivent pas exister pour leur seule conservation. C'est un devoir pour chacun de l'enrichir et de le réactualiser afin qu'il soit mieux compris et apprécié par tous. Faisons ce devoir d'ouverture si l'on veut pouvoir le conserver encore !  C'est aussi une manière d'inciter les investissements privés et de concevoir des projets nouveaux... Le patrimoine n'a t-il pas besoin de ça ?

Mr Louvre : « Je préfère les événements ponctuels type « Nuit blanche » qui amène un public plus large à découvrir l'art contemporain que l'art contemporain obligatoire pendant des mois dans les monuments, ce qui ne signifie pas qu'il ne peut y avoir des propositions intéressantes... ».

CR : « La Nuit blanche est pour le coup un évènement intéressant mais trop ponctuel et qui reste très élitiste.  Quand au patrimoine, son désintérêt est grandissant on ne peut pas le nier, et son public est vieux. Je pense qu'il faut encourager toute initiative visant à promouvoir la culture dans son ensemble. La confrontation de la création contemporaine au patrimoine est un acte d'ouverture que je trouve essentiel, l'art est affaire de questionnement, et quel meilleur moyen que de l'inviter la où l'on ne l'imagine pas ?  Je pense que les monuments doivent rester vivants et être des  lieux d'échange, des lieux mouvants... Pour autant la question de la "médiation" ou de l'accompagnement doit être une priorité, d'autant plus avec ce type d'initiative.
« Un monument est figé dans son état de conservation, mais je ne l'imagine pas mort... au contraire, puisse t-il s'épanouir dans son temps ! favorisons les initiatives et les échanges intergénérationnels ! favorisons les investissements extérieurs et les appels à projet !  Vive l'art contemporain ET vive le patrimoine ! ».

Et bien... si tous les débats sur les réseaux sociaux étaient de ce niveau, ce serait la mort des éditorialistes !

François Deschamps

EN SAVOIR PLUS : Exposer l'art contemporain dans les monuments historiques - Ecoutez les intervenants du colloque du 7 octobre 2010.

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