De l'émergence à l'existence : quel accompagnement des artistes ?

La Rédaction

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Je réunissais cette semaine, avec mon chargé de mission spectacle vivant, les directeurs de la quinzaine de salles de spectacle du département où je travaille. L'occasion de faire le bilan d'une période de sept ans durant laquelle nous n'avons pas ménagé nos efforts en faveur d'une politique du spectacle vivant à l'échelle départementale :
- Aménagement culturel du territoire avec l'encouragement et le soutien à un réseau d'une dizaine de Pôles locaux de diffusion culturelle (PLDC), au-delà du conventionnement avec les cinq plus grands équipements artistiques et culturels ;
- Aide à la création selon trois niveaux d'aide, complété par une politique de résidences-association  entre les compagnies et les pôles locaux de diffusion (environ 5 par an).
- Aide à la diffusion au sein du département (aide aux lieux et aux festivals, Saison Itinéraire bis du Domaine départemental du Château de Clermont, Festival de théâtre des pays de Savoie donnant lieu à une publication offrant un panorama de l'actualité de la création envoyé à 200 programmateurs de la région), ainsi qu'au niveau national (dispositif du Belvédère des Alpes au off d'Avignon).

- Aide à l'éducation artistique des collégiens (les Chemins de la culture) et aux publics éloignés de la culture (maisons de retraite)
- S'y ajoutent d'autres  dispositifs d'accompagnement : pour les jeunes compagnies de  spectacle jeune public (Les coups de pouces du Conseil général au « Bonheur des Mômes » du Grand Bornand) ; et en faveur des pratiques collectives en musiques actuelles dans trois salles (C'est ma tournée, Répétition sur écoute, Sortie de Pistes).

Il convient de préciser que nous n'agissons pas seuls, mais en concertation dans la mesure du possible avec l'action menée par l'Etat (réunions d'experts de la DRAC) et la Région (Fiacre, contrats de développement locaux), ainsi qu'avec d'autres partenaires et réseaux (Route des 20, Région en scène du Maillon).

Ce bilan a fait apparaitre notamment  l'intérêt des résidences-association, qui apportent aux compagnies des moyens supplémentaires pour le temps d'une création, mais aussi leurs limites quand elles s'adressent à des compagnies en émergence, peu dotées de compétences autres qu'artistiques (par exemple la capacité de se doter d'un chargé de diffusion) et ne pouvant s'appuyer sur un solide réseau de lieux de diffusion pouvant les soutenir dans la durée. Les résidences-association  ne suffisent pas seules alors  à structurer et asseoir le développement de ces compagnies. Ces jeunes équipes artistiques ont un réel besoin d'espaces facilitant le questionnement de leurs projets et leur mode d'organisation, afin  d'évoluer au niveau artistique, managérial et de leur gestion. Il s'agit d'essayer de les aider à passer de l'émergence à une existence pérenne, de les aider à penser leur projet dans la durée et à raisonner en terme de continuité et de pérennisation.

D'où l'idée de réfléchir à la création d'une démarche collective de soutien à une ou quelques compagnies durant deux ans ; ce collectif pouvant être constitué de l'ODAC, de communes et de leurs salles de spectacle, mais aussi potentiellement de structures régionales (culturelles et économiques), d'une banque mutualiste, etc.

Il faut dans un premier temps convaincre les pessimistes : ceux qui pensent qu'un bon artiste finira toujours par percer, que ce ne sera qu'un dispositif de plus avec le risque de concentrer les efforts sur quelques uns en en excluant d'autres (mais n'est-ce pas le cas de tout acte de programmation ?). Sans doute les responsables des grands équipements se sentent moins concernés par l'accompagnement de compagnies installées dans le département, car elles soutiennent déjà en coproduction les créations d'équipes situées sur tout le territoire national. Enfin, certains responsables de salle peuvent vouloir en revenir à la conception traditionnelle d'un Département « guichet », en soutenant que l'argent public mis là serait mieux utilisé par eux-mêmes, moyennant une augmentation de leur subvention !

Cependant, au-delà de ces quelques réticences, d'autres participants, eu égard à la diminution des capacités de soutien aux créateurs, estiment qu'il faut jouer « groupés » en rompant avec les démarches isolées des uns et des autres voire la concurrence entre eux , et que l'idée de la complémentarité voire de la mutualisation doit être encouragée pour accompagner certains projets.

Même s'il serait ridicule de vouloir reproduire tels quels  des  «modèles », il est intéressant de constater que la même prise de conscience a généré ailleurs des initiatives inédites qu'il est intéressant d'analyser.

Ainsi la NACRE, en créant voici six mois l'Atelier 26, a-t-elle mis en place un accompagnement in situ de quatre équipes artistiques de la région rhône-alpes. Il semble qu'il soit important que les compagnies sélectionnées soient à peu près au même niveau d'évolution pour que la mise en commun des problématiques soit productive.

De son côté en Gironde, l'IDDAC s'est associé notamment au C2RA Aquitaine, à Aquitaine Active et au Cnar Financement pour créer Créa'fonds, qui sélectionne des projets de création de compagnies souhaitant bénéficier d'une aide à la structuration économique et financière. Il s'agit d'amener les partenaires à s'investir dans une autre économie de la production dans une logique :
- de croisement de financements privés et de financements publics non traditionnels (offices municipaux qui interviennent sur une logique de création, IDDAC, OARA...)
d'accompagnement (fonds mutuel de production) et d'expertise sur la structure financière de la compagnie et sur l'impact de la production sur la structure.

On pourrait citer également circ que o !  Pyrénées de cirque qui regroupe 8 partenaires français et espagnols qui veulent créer, dans le cadre d'un programme européen de coopération transfrontalière,  une plateforme permettant  l'émergence d'une filière cirque, avec notamment pour objectif de renforcer l'emploi, l'économie et la création en accompagnant mieux les porteurs de projet.

Ou comment mettre un peu de solidarité collective pour aider des compagnies parfois isolées qui seules ne sauraient mobiliser les forces et compétences nécessaires pour faire décoller leur projet. Voilà la philosophie de l'affaire, ce n'est peut-être pas simple à élaborer mais cela a du sens !

François Deschamps

Photo : Cie "les 3 points de suspension"- c@tus

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