Des menances gouvernementales sur la liberté d'expression sur Internet d'après Google

La Rédaction

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Il n'y a pas que le géant américain qui se pose des questions sur la liberté d'expression sur Internet ; celui-ci révèle, en effet, dans un billet publié sur son blog officiel, qu'il fait régulièrement l'objet de requêtes gouvernementales demandant le retrait de certains contenus ou, pis encore, à la divulgation d'informations concernant ses utilisateurs.
A ce titre, Google propose, depuis deux ans, aux internautes du monde entier de consulter librement ces requêtes ; sur une plateforme entièrement dédiée ( Google Transparency Report ) il vient de mettre en ligne celles de la seconde moitié de l'année 2011.

Durant cette période la firme a ainsi reçu plus de 1 000 requêtes, dont près de la moitié émanait d'ordonnances de tribunaux. Par rapport au premier semestre 2011, cela représente une augmentation d'environ 13 %. Toutefois, si l'on s'intéresse au nombre d'éléments concernés par ces requêtes (une seule demande pouvant concerner plusieurs éléments), l'augmentation dépasse cette fois les 40 %, tous pays confondus !
S'agissant de l'hexagone, ce sont 31 demandes qui ont été émises durant ces six mois, dont 55 % furent « satisfaites intégralement ou en partie » ; outre les statistiques, vous pouvez surtout prendre connaissance des détails relatifs à ces requêtes (voir capture ci-dessous) : retraits de recherches Google, demande de suppression de 38 vidéos sur YouTube, pour des motifs concernant notamment la pornographie.
Selon la plateforme Google Transparency Report, ces augmentations n'auraient toutefois « rien de surprenant » : « nous offrons chaque année davantage de produits et de services, et nous disposons d'un grand nombre d'utilisateurs », ce qui expliquerait d'après Google la croissance du nombre de requêtes concernant des comptes d'utilisateurs.
Je vous livre un florilège de diverses requêtes émanant très souvent d'institutions gouvernementales : le ministère pakistanais des technologies de l'information a réclamé « la suppression de six vidéos YouTube qui faisaient la satire de l'armée pakistanaise et de hauts responsables politiques », et qui a été refusée par la firme de Mountain View. En revanche, Google a bloqué l'accès à une centaine de vidéos YouTube en Thaïlande, dans la mesure où celles-ci « auraient constitué des insultes à la monarchie, et de ce fait, ne respecteraient pas la loi thaïlandaise de lèse-majesté ».
L'Europe n'est pas reste non plus : en Pologne, l'agence pour le développement des entreprises a émis « une demande de suppression d'un résultat de recherche qui lui était défavorable, et de huit autres qui redirigeaient vers celui-ci », et qui ont été refusées par la firme de Mountain View. La réaction de Google fut la même en Espagne, où l'autorité de protection des données a demandé la suppression de « 270 résultats de recherche qui redirigeaient les internautes vers des blogs et des sites faisant référence à des personnalités publiques et des personnes ». Au Canada, le géant de l'internet a également refusé de supprimer « une vidéo YouTube dans laquelle un citoyen canadien urinait sur son passeport avant de le jeter aux toilettes ».
Le plus inquiétant, selon moi, sont les demandes de renseignements sur certains de ses utilisateurs ; ainsi, au cours du second semestre 2011, ce sont 18 257 requêtes visant à l'identification de plus de 28 500 comptes qui ont été envoyées au géant américain : par rapport à la période précédente, l'augmentation de ces demandes est de près de 17 %. Parmi l'ensemble de ces requêtes, 1 404 demandes concernent la France.
Au fait, oui, qu'en est-il pour la France ? Cocorico ! La France semble épargnée par le phénomène mais jusqu'à quand ? Que j'aime entendre nos édiles déclamer tous les jours et à une fréquence inégalable le mot « Démocratie » à un point tel que...
Pour conclure, je vous livre deux citations dont la première émane d'un écrivain tant aimé par nos édiles : « La censure est mon ennemie littéraire, la censure est mon ennemie politique. La censure est de droit improbe, malhonnête et déloyale. J'accuse la censure » (correspondance de Victor HUGO - 1830) ; la seconde épouse la modernité : »Je m'inquiète pour le jour, où, dans 10 ou 15 ans, ma fille me demandera : Papa, tu faisais quoi quand ils ont censuré la liberté de la presse sur Internet » (Mike GODWIN.
Bonne vacances à celles et ceux qui s'apprêtent à y être.

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