Des processus de médiation qui intègrent la création artistique dans l'espace public

La Rédaction

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Je vous ai précédemment parlé de projets participatifs dans le domaine du spectacle vivant. Mais des expériences de même nature associent dans l' espace public artistes plasticiens, photographes, urbanistes et architectes, sociologues et ethnologues, graphistes et médiateurs, avec le souci de casser les catégories préétablies, de mettre fin à l'étanchéité des secteurs, pour rendre complémentaires leurs regards sur un même territoire, afin de comprendre ce qui fait sens dans le fait de vivre ensemble.

Le réseau Empreintes organisait, en fin de semaine, des rencontres à la Chartreuse de Mélan de Taninges,  intitulées : « Monter un projet culturel pour et avec les habitants ». Ce fut l'occasion d'inviter Elisa Dumay pour parler de projets menés par son association De l'Aire, qui depuis 2002 agit depuis Crest dans la Drôme.

Ainsi à Bossieu (300 habitants), à partir du souhait de réhabilitation de la place du centre-bourg et de réactivation de lien social s'est développé progressivement un projet d'aménagement  « urbain » et de développement culturel. C'est passé notamment par de nombreuses rencontres  avec les élus et les associations locales : réunions, visites commentées du centre-bourg, ateliers d'urbanisme participatif (pour favoriser l'émergence des projets par les habitants eux-mêmes),  construction avec les habitants de mobiliers et terrasses, cuisine, jardin, fresque,  actions culturelles (concerts, films en plein-air, spectacles...) et un programme artistique (réalisation d'une grande fresque photographique avec l'aide des habitants, et en 2012 la réalisation d'une installation photographique permanente dans l'espace public).

D'autres projets ont été menées, par exemple  à Cobonne, autre petit village de la Drôme en 2006 et 2007, où une trentaine d'habitants ont pu  travailler avec des artistes-aménageurs (collectif Bruit du Frigo), une sociologue, un conseiller en développement et des architectes-paysagistes : des Colporteuses, la circulation de malles-médiathèques citoyennes ; un bar éphémère et lieu d'échanges et d'informations situé dans un abri-bus réaménagé pour l'occasion ; une grande cabane-kiosque réalisée en bois récupéré localement ; des balades-lectures du paysage permettant de dessiner les contours des principaux enjeux paysagers et urbains de la commune ; un reportage photo par une centaine d'habitants de tous âges sur leur quotidien...

Comme des randonneurs urbains, les mêmes sont partis durant plus de deux années  à la rencontre des habitants du quartier HLM de la Prairie à Crest (8 000 hab), pour les écouter et imaginer avec eux des actions dans l'espace public, avant d'expérimenter le croisement de différentes disciplines au service d'un projet urbain.

Que faut-il retenir de ces projets ?
Qu'il s'agit d'un  processus, d'une méthode (prenant appui sur la relation avec les habitants dans un cadre précis et sur la découverte d'un espace), de propositions sur-mesure, fonction non seulement de la commande initiale mais aussi du contexte, plus que d'un programme pré-établi avec le commanditaire.

Qu'il faut pouvoir passer du temps avec les gens (élus, associations, habitants), notamment dans des moments de convivialité car la notion de plaisir doit accompagner celle de l'engagement de ces personnes.
Il faut du temps aussi pour  dépasser cette cassure entre « ceux qui savent » (les experts) et ceux qui ne savent pas, redonner un peu de pouvoir aux expériences personnelles, au savoir sensible...
Il faut du temps car il ne suffit pas de consulter pour faire participer.
Il faut enfin prendre le temps de tester des  idées, ou bien la création d'aménagements urbains temporaires, avant d'engager l'action suivante.

Pour la municipalité, dont certains membres peuvent être méfiants à l'origine, c'est une vraie prise de risque (il peut y avoir des conflits, le fonctionnement communal peut être interrogé, cela demande de l'énergie et du temps ; l'association de l'Aire construit donc la relation petit à petit et  fait en sorte de ne jamais être en défaut par rapport à l'équipe municipale.

Les projets de cette association, au même titre que ceux qui sont référencés sur la plate-forme IPAMAC,  prennent en compte la culture comme élément d'un mieux-vivre ensemble dans les territoires ruraux et quartiers urbains.

François Deschamps

Pour mémoire, le dossier de la revue l'Observatoire n° 40 (été 2012), coordonné par Marie-Christine Bordeaux et Françoise Liot, est consacré à la participation des habitants à la vie artistique et culturelle .

Photo : © Association De l'Aire

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